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« Il nous reste la colère » : la lutte amère des syndicalistes de l’usine Ford à l’écran
Culture 

« Il nous reste la colère » : la lutte amère des syndicalistes de l’usine Ford à l’écran

par Victoria Berthet.
Publié le 30 novembre 2022.
Imprimé le 31 janvier 2023 à 21:07
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Jamila Jendari et Nicolas Beirnaert signent un long-métrage engagé sur les dernières années de combat des ouvriers de l’usine Ford de Blanquefort. Le documentaire sort en salle le 7 décembre prochain.

« Les autres caméras sont reparties, et nous, on va regarder dans le véritable cœur de cette lutte : les réunions. » Pendant 4 ans, les réalisateurs Jamila Jendari et Nicolas Beirnaert ont suivi le combat syndical mené par des ouvriers de l’usine Ford à Blanquefort.

L’une des plus grandes usines girondines – jusqu’à 3 600 salariés au début des années 2000 – a fermé ses portes le 1er octobre 2019. 849 salariés ont été licenciés. Le film est produit par Raffut et Urban Factory, société pour laquelle travaille aujourd’hui Philippe Poutou.

Syndicalisme

Début 2018, le constructeur américain annonce qu’il souhaite se désengager du site girondin. Les syndicats se mobilisent face à la menace d’un plan social.

La caméra suit Philippe Poutou et ses camarades de la CGT : Gilles Lambersend, Vincent Alauze, Patricia Laujac, Thierry Jeans, Jérôme Coutelle… On y voit les syndicalistes multiplier les actions et rassemblements.

« Mon père est entré à l’ouverture de l’usine en 1972, je ne voudrais pas, moi son fils, la fermer », lâche au micro un représentant syndical devant la préfecture.

En 2018, le groupe franco-belge Punch Powerglide se positionne comme repreneur. S’ensuivent de nombreuses réunions entre Bordeaux et Paris, des négociations téléphoniques, sous la houlette de Jean-Pierre Floris, délégué interministériel aux restructurations d’entreprises.

Mouvements sociaux

En novembre 2018, le pont d’Aquitaine est bloqué trois jours par des centaines de Gilets jaunes. « Ils réussissent ce qu’on a jamais été capables de faire », reconnaît Philippe Poutou. Pris de court, les syndicats peinent à trouver leur place au sein du mouvement. La phrase d’une Gilet Jaune, « on ne veut plus de syndicats, on veut être libres », lancée à une représentante départementale de la CGT, témoigne du rejet des corps intermédiaires.

Les samedis, de la place de la Bourse à Pey Berland, les rues de Bordeaux sont enfumées par les gaz lacrymogènes, la colère et la violence battent le pavé. Finalement, des t-shirts blancs, floqués du logo Ford sans le rouge de la CGT, se joignent à la marée jaune.

Les salariés de Ford dans une manifestation Gilets jaunes à Bordeaux (Urban Factory, Raffut)

Trahison

Les tensions entre les syndicats ne sont pas cachées, les échanges sont parfois tendus devant l’usine ou en assemblée générale. À coups de négociations et d’échanges, le salariés acceptent le gel des salaires pendant trois ans, une modulation du temps de travail et la perte de trois jours de RTT pour appuyer le plan de reprise de Punch Powerglidge.

Mais fin 2018, Ford annonce son désengagement et présente un plan social. Dans l’hémicycle, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, se dit « écœuré » par la « trahison » de Ford :

« Je veux dénoncer la trahison de Ford vis-à-vis des plus de 800 salariés du site de Blanquefort à qui je veux rendre hommage. Parce qu’ils avaient accepté de réduire leurs salaires, de réduire leurs RTT, de faire des efforts considérables. »

Mais le gouvernement et les élus n’iront pas plus loin dans leur action contre la multinationale. Le film retrace une résistance menée avec colère et énergie. Avec humour aussi, à l’instar d’une scène où les syndicalistes parodient une publicité avec Teddy Rinner, égérie de Ford, faisant du sportif un personnage de la lutte.

Il nous reste la colère, de Jamila Jendari et Nicolas Beirnaert, Urban Factory, Raffut, 1h36

L'AUTEUR
Victoria Berthet
Journaliste, diplômée de l'IJBA. Du terrain, des faits et de la nuance.

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