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Sébastien, conducteur de tram : « On évite au minimum cinq accidents par jour »

Pour le seul mois de septembre 2022, cinq accidents ont eu lieu sur le réseau TBM, dont trois graves avec des cyclistes. Sébastien, conducteur, est en arrêt de travail depuis six mois suite à un choc psychologique. En juin dernier, son tram a été percuté par une camionnette. Comment a-t-il été accompagné pour surmonter l’épreuve ? Quelles sont ses appréhensions avant la reprise ? Témoignage.

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Sébastien, conducteur de tram : « On évite au minimum cinq accidents par jour »

Le choc a été brutal. Le 1er juin 2022, Sébastien, 45 ans, conducteur de tram et de bus depuis 11 ans chez Keolis Bordeaux Métropole, démarre son service sur la ligne C. Il quitte les Quinconces, direction Villenave-Pyrénées. Sur le trajet de retour, passé le Pont de la Maye, route de Toulouse, il raconte avoir apperçu une « masse blanche » passer sous ses yeux. Une camionnette, qui vient de griller le feu rouge, percute le tram.

Sous la force de l’impact, le tram déraille. La cabine du conducteur se désolidarise. Le chauffeur de la camionnette est blessé. Sébastien, comme tous les passagers, s’en sort sans blessures, mais les conséquences psychologiques nécessitent une interruption temporaire du travail.

Six mois après, il s’apprête à reprendre son poste à la fin de ce mois de novembre. En septembre, cinq accidents ont eu lieu sur le réseau, dont trois graves avec des cyclistes. Un bilan qui ne manque pas de l’interpeller.

Aides psychologiques

Sébastien explique que les conducteurs ne sont « jamais vraiment préparés » face aux « états de choc », dont l’ampleur reste imprévisible. La formation d’un conducteur de tram dure 5 semaines, avec examen théorique sur un simulateur et examen pratique définitif. La formation porte notamment sur le regard et les réflexes à adopter, à l’instar du bouton « coup de poing », qui permet de couper l’alimentation électrique, afin d’éviter tout risque d’électrocution.

« Quand c’est arrivé, j’ai eu l’impression que le choc avait duré longtemps alors que la collision a dû se produire en quelques secondes. J’ai été emmené par l’équipe de sécurité au Secop [Service d’Evaluation de Crise et d’Orientation Psychiatrique à l’hôpital Charles Perrens, NDLR]. On m’a donné des cachets pour dormir la nuit. »

Sébastien, conseillé par le médecin du travail, fait également des séances d’EMDR (psychothérapie par mouvements oculaires) pour tenter d’apaiser le traumatisme. Pour Jean-Pierre Borie, responsable de l’entité des Quinconces, l’important dans ces situations est de « garder le contact » avec les agents :

« Avec Sébastien, nous nous sommes vus dès le lendemain de l’accident. C’est important de garder un aspect humain, que les agents se sentent soutenus. Sur les accidents graves, il peut arriver que j’accompagne un conducteur au commissariat. Parfois même, ça peut être le directeur général ou le directeur d’exploitation. »

Conduire pour les autres

Un tram pèse 52 tonnes et mesure 44 mètres. Sa distance de freinage, elle, varie en fonction de la vitesse, mais peut s’étirer jusqu’à 50 mètres. Contrairement aux bus, il ne peut dévier de sa trajectoire et contourner un obstacle :

« Durant un service de sept heures, on évite au minimum cinq accidents. Les gens veulent gagner une minute, alors qu’ils peuvent en perdre beaucoup plus. Nous sommes obligés d’être vigilants pour les autres, il faut garder une grande concentration tout le temps. En tram, vous subissez la route, vous ne pouvez pas donner un coup de volant au dernier moment. »

Jean-Claude Veyrier est manager de conducteurs tramways depuis 2008. Il décrit une approche managériale « similaire pour les accidents corporels ou matériels » :

« Après un accident, il y a toujours une analyse détaillée qui est réalisée avec l’étude de la vitesse et de l’environnement. L’objectif est de réduire l’accidentologie. Après un arrêt suite à un accident, les conducteurs ne reprennent le travail jamais seuls, que l’événement ait été grave ou pas. »

Comportement à risque

Depuis le début de l’année 2022, 53 collisions ont eu lieu sur le réseau avec des véhicules légers. Ces accidents sont survenus plus particulièrement avec le tram. Selon Jean-Pierre Borie, cette accidentologie peut s’expliquer par la signalisation du tram, différente de la signalisation routière. Un feu rouge clignotant indique qu’un tram est à l’approche :

« C’est une signalisation ferroviaire. Il y a beaucoup d’accidents où des personnes sont en parallèle du tram, cherchent leur route. Au dernier moment, ils coupent la plateforme et changent de direction. Et c’est là que le tram arrive. »

Sébastien, après l’accident, sur le conseil de son médecin, a fait plusieurs trajets en tram en tant que « voyageur ». « Au début ce n’était pas facile, je me sentais étouffé », raconte t-il. Le conducteur appréhende la reprise, mais assure « ressentir le besoin de repasser sur les lieux de l’accident » pour tenter d’effacer cet épisode difficile de sa mémoire.


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