Enquêtes et actualités gavé locales


Pour les fêtes, la collecte des déchets de coquillages s’incruste assez à Bordeaux Métropole

Après Bordeaux et Le Bouscat l’an dernier, les communes de Saint-Jean-d’Illac et du Taillan-Médoc seront équipées de bacs pour collecter les déchets d’huîtres et d’autres mollusques auprès des particuliers et professionnels. Ils seront transformés en engrais naturel et vendus à une quinzaine de maraîchers et viticulteurs girondins. Pour sa troisième année, l’expérimentation pilotée par l’association Coquilles espère monter en puissance après avoir récolté 260 kilos avec deux bacs la première année et 3,5 tonnes avec treize bacs l’année suivante.

Cet article est en accès libre. Pour soutenir Rue89Bordeaux, abonnez-vous.

Pour les fêtes, la collecte des déchets de coquillages s’incruste assez à Bordeaux Métropole

À vos bacs ! Du 23 décembre au 9 janvier prochain, 31 points de collectes des coquillages et coquilles d’huîtres seront dispersés dans quatre communes, et mis à disposition des habitants. Bordeaux en comptera vingt-quatre, Le Bouscat et Le Taillan-Médoc trois chacun et Saint-Jean-d’Illac, un. Chaque bac fait 120 litres et peut contenir 45 kilos de déchets, rempli à ras bord.

À l’origine de cette initiative, l’association bordelaise Coquilles. Fondée en juin 2020, elle vise, selon Bénédicte Salzes, sa cofondatrice, « à mettre en place une filière de tri, de collecte et de valorisation des déchets coquillés ». En parallèle de ces collectes citoyennes, les restaurateurs et poissonniers seront aussi invités à participer.

Des services de ramassage sont notamment assurés par Les Détritivores, une entreprise de collecte de biodéchets, partenaire de Coquilles. Si le geste paraît simple, il est nécessaire de connaître quelques règles avant de s’y jeter, selon Bénédicte Salzes :

« Les coquilles vides, qui ne contiennent pas trop de chair sont privilégiées. Donc pas de moules, de bulots, et de bigorneaux. Attention également à ne pas confondre crustacés et coquillages, comme cela a déjà pu arriver. »

Bac de collecte à Bordeaux Photo : WS/Rue89 Bordeaux

3,5 tonnes récoltées

L’initiative a du succès. En deux ans, la collecte est passée de 260 kilos récoltés avec deux bacs à Bordeaux, à 3,5 tonnes dans treize points de récupération l’année d’après, à Bordeaux et au Bouscat. Cette année Le Taillan-Médoc et Saint-Jean-d’Illac sont donc aussi de la partie. 

Un succès que Bénédicte Salzes explique par « la volonté des villes de faire un geste pour la planète dans le cadre des fêtes ». 

Chaque commune finance son service de collecte. La fabrication des bacs (habillage bois), le service de ramassage, la coordination et la communication sont facturés par l’association. Le prix, variant cette année de 300 à 15 000 euros, dépend du nombre et du type de bacs commandés (avec ou sans habillage en bois). Un chiffre élevé mais qui représente peu en terme de revenu pour l’association :

« Cela équivaut à peu près à 1/4 de notre chiffre d’affaires. Mais comme on sous-traite à la fois la fabrication des bacs et la collecte, au final, la collecte représente environ 15% de nos recettes, soit 1500 euros. C’est ce qu’on reçoit pour l’organisation et la communication », détaille l’entrepreneuse.

Mettre la main au porte-monnaie

D’après Jean-Baptiste Thony, conseiller municipal délégué à la mairie de Bordeaux (à la politique zéro déchet) et conseil métropolitain en charge de l’économie circulaire et de la propreté, cette somme est nécessaire :

« Face à l’enjeu que représente la gestion des déchets, ce n’est jamais trop cher. Aujourd’hui, tout le monde est conscient du problème, mais personne n’est prêt à payer. Si on veut passer d’une économie linéaire à circulaire, il faut que quelqu’un mette la main au porte-monnaie », détaille-t-il.

Accompagner l’association Coquilles dans cette collecte est selon lui un « moyen supplémentaire d’accompagner les Bordelais et les commerçants, dans la transition écologique » : « Si chacun joue le jeu, l’idéal serait ensuite de trouver un moyen de poursuivre ce service à l’année. »

Cela représente aussi quelques économies pour les communes, puisque la redevance payée par Bordeaux Métropole à Veolia pour le traitement des ordures ménagères est calculée en fonction du poids des déchets.

Léa Laroumagne, chargée de mission en transition écologique et mobilité au Taillan, explique que cette collecte est une façon de poursuivre la transition écologique entamée par la commune. Pendant les fêtes, le Taillan-Médoc revalorise notamment ses sapins en composts ou copeaux, pour éviter de les brûler.

« On a vu que la collecte avait bien marché pour Bordeaux et Le Bouscat l’année dernière, donc on a voulu tester. Ce qui nous plaît aussi, c’est que Les Détritivores récupèrent les déchets à vélo. C’est une démarche verte de A à Z. »

Si la chargée de mission est enthousiaste vis-à-vis de la collecte, elle explique tout de même avoir recueilli certaines craintes de la part de commerçants, concernant d’éventuelles nuisances odorantes venant des bacs.

Des coquilles pour l’agriculture

Une fois collectées, les coquillages sont stockés dans des caisses palettes et séchés à l’air libre pendant six semaines. Cela permet de retirer toute la matière organique, ingérée par les insectes environnants. Ensuite, ils sont concassés par la société Ovive, implantée à La Rochelle, puis revalorisés en amendement calcique.

Ce produit minéral, utilisé en agriculture afin de désacidifier les sols, est généralement fabriqué à partir de chaux, dont la production émet beaucoup de CO2. L’alternative est durable et représente, à partir de coquilles et coquillages, une ressource renouvelable. 

« En plus de désacidifier le sol en rehaussant son PH, le produit améliore sa texture en le rendant plus souple, aéré et facile à travailler », précise Bénédicte Salzes.  

Pour l’instant, une quinzaine de maraîchers et de viticulteurs girondins achètent ces coquilles concassées pour leurs cultures. Une clientèle certes bienvenue, mais qui ne permet pas à l’association d’être rentable pour le moment. 

« Avec 31 bacs, on espère récolter entre 7 et 10 tonnes de déchets. Mais même cette quantité ne nous permettrait pas de consolider notre modèle économique, car nous vendons nos sacs entre 100 et 150 euros la tonne. On le fait surtout parce que c’est intéressant d’un point de vue environnemental. »

Coquilles d’huîtres broyées avec un petit concasseur Photo : Association Coquilles/DR

Internaliser le concassage

Selon Bénédicte Salzes, « l’association est aujourd’hui toujours en expérimentation ». L’idée serait d’abord de « valider un modèle opérationnel, avant d’aller plus loin ». Les bacs déployés pour les fêtes ne peuvent par exemple pas l’être à l’année, faute de moyens. 

« On aimerait les pérenniser, mais pour l’instant, on ne trouve pas le modèle économique adéquat. Nous n’avons pas les moyens de financer nous-mêmes la collecte toute l’année. Il faudrait qu’elle soit prise en charge par des collectivités comme la Métropole, mais pour l’instant ce n’est pas le cas », explique la cofondatrice. 

Selon elle, l’absence de rentabilité s’explique également par la sous-traitance (Les Détritivores et Ovive). À l’avenir, l’idée serait donc d’internaliser le concassage pour éviter une surcharge logistique, comme le transport des coquilles, en se procurant un concasseur d’un coût de 10 000 euros.

D’ici cinq ans, Bénédicte Salzes aimerait également créer « deux ou trois postes en insertion, dans des emplois de concassage, de stockage et de gestion des déchets », afin de développer un peu plus l’association. 

Échantillon de béton coquillier Photo : Association Coquilles/DR

Béton coquillé

Pour obtenir les fonds nécessaires, l’association espère à long terme développer d’autres filières de valorisation « à plus haute valeur ajoutée ». C’est notamment ce qu’elle tente de faire depuis un an et demi avec l’élaboration d’un béton coquillé, en partenariat avec l’Université de Bordeaux.

Cette matière, constituée à partir de coquille plutôt que de sable, sera esthétique et destinée à du mobilier et du design. Ce qui permet à la fois de réduire l’empreinte écologique, de pérenniser le modèle économique, et de mettre en valeur la coquille. 

« Il s’agira d’un béton qui servira de revêtement pour un sol, un plan de travail. On pourra aussi fabriquer du mobilier avec. Par exemple, on est actuellement en train de travailler sur un banc, qui sortira probablement en début d’année 2023. » 

Selon Bénédicte Salzes, ce type d’activité génère plus de demandes. Plusieurs designers sont déjà intéressés par cette matière unique. L’entreprise Terrain Vãgue souhaiterait par exemple fabriquer une pendule à base de cette matière, et l’entreprise bordelaise La Plastiquerie projette de faire des objets mêlant du plastique et du béton. 

En attendant de pérenniser ces projets, l’association reçoit environ 40 000 euros de subventions de la part la Région, du Fond social Européen, de la Ville de Bordeaux et de la Bande de France pour un an (2021-2022). Ce montant permet de couvrir les frais de fonctionnement. Pour la période allant de septembre 2022 à juin 2024, Coquilles a également reçu une subvention du conseil régional, l’AMI (Appel à Manifestation d’Intérêt), de 30 000 euros. Une somme qui ne lui permettra pas de se procurer le fameux concasseur. Pour ce faire, l’association espère devenir d’intérêt général d’ici le début de l’année prochaine, afin d’obtenir plus facilement de nouveaux dons.


#C'est Noël

Activez les notifications pour être alerté des nouveaux articles publiés en lien avec ce sujet.

Voir tous les articles

À lire ensuite


Plus d'options