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Réforme des retraites : des milliers d’irréductibles à nouveau dans les rues de Bordeaux

Selon les comptages de la police et de l’intersyndicale, entre 5200 et 30000 personnes ont manifesté ce mardi 6 juin à Bordeaux, 14e journée de mobilisation, pour demander à l’exécutif de faire machine arrière sur la réforme des retraites, sans être dupes des chances de réussite.

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Réforme des retraites : des milliers d’irréductibles à nouveau dans les rues de Bordeaux

Alors que la réforme des retraites a été promulguée et les premiers décrets d’application publiés, ils étaient encore entre 5200 et 30000 à manifester leur colère, ce mardi 6 juin à Bordeaux. Une mobilisation moindre que lors des précédentes, mais une affluence significative pour une cause que beaucoup jugent perdue.

Entre 5200 et 30000 personnes ont défilé depuis la place de la Bourse Photo : SB/Rue89 Bordeaux

En tête de cortège, les représentants des syndicats, toujours unis, tenaient ainsi à mettre la pression sur l’Assemblée nationale, dans l’attente que la proposition de loi du groupe LIOT soit débattue ce jeudi 8 juin, avec l’article prévoyant de revenir un âge légal de départ à la retraite de 62 ans.

« Cette réforme ne permet pas de discuter sereinement des autres sujets sociaux, le gouvernement aurait tout intérêt à la retirer et à faire la paix, estime Eric Boileau, président de la CFE-CGC en Gironde. On ne lâchera pas, notamment notre proposition sur un temps de cotisation égal pour tous, et tant qu’on est pas au 1er septembre, date d’entrée en vigueur de la loi, tout est jouable. »

« Quand c’est non, c’est non »

« Quand c’est non, c’est non en fait », abonde Sarah, chorégraphe bordelaise qui se protège du soleil estival avec un éventail. Si elle regrette qu’autant de temps se soit écoulé depuis la dernière journée d’action, le 1er mai dernier, ce qui a selon elle « démobilisé les troupes », elle entend bien continuer jusqu’au bout :

« En tant qu’intermittente du spectacle, je sais que je n’aurai de toute façon jamais rien à la retraite. Mais je suis indignée par ce gouvernement qui ne veut pas taxer les plus riches et ne nous donne pas voix au chapitre. On n’est même pas traité par du mépris, mais comme si le peuple était rien. »

Emma, qui travaille actuellement comme serveuse pour payer ses études, et manifeste avec l’AG féministe, en fait aussi une question de principe :

« On sait que ça ne sert à rien de manifester, mais on est toujours pas contents, et c’est le seul moyen démocratique qu’on a pour l’exprimer. On ne veut pas lâcher le combat, et que ces quatre mois de lutte n’aient servi à rien. »

Sous l’œil des drones

Proche du syndicat étudiant le Poing levé, la jeune femme aimerait que le mouvement soit plus radical. Mais contrairement aux manifestations précédentes, celle-ci n’est émaillée d’aucune dégradation ou altercation avec les forces de l’ordre. Les « black blocs » semblent absents du cortège.

Conséquence de la surveillance étroite – un drone de la police survolait le cortège – ou de la répression dont le mouvement fait l’objet ? Arrestations préventives, comparutions immédiates, interdictions de participer à des rassemblements… Les sanctions ont plu sur les opposants à la réforme, au point qu’une plainte pour entrave à la liberté de manifester a été déposée ce lundi matin par plusieurs organisations.

Grosse chaleur mais aucune incident pour la manifestation du 6 juin à Bordeaux Photo : SB/Rue89 Bordeaux

« Je suis Alex » et « Je suis Christophe », peut-on d’ailleurs lire sur des tracts accrochés comme des dossards sur le ventre ou dans le dos de manifestants. Des marques de soutien envers deux syndicalistes d’Enedis qui, après « 57 heures de garde à vue », seront jugés pour une coupure d’électricité géante lors d’une manifestation à Bordeaux. Laurent, salarié d’une autre filiale d’EDF, juge ainsi « inadmissible » qu’ils aient été « traités comme des terroristes ».

Coup d’après

Pour Stéphane Obé, de la CGT Gironde, la mobilisation du jour illustre le « rejet toujours massif de la réforme des retraites » et « la colère contre un président de la République qui veut décider de tout, tout seul » :

« Après avoir muselé la démocratie sociale, les articles 49.3 et 40 de la Constitution sont utilisés pour museler la démocratie républicaine, avec une proposition de loi qu’il refuse de faire voter. De notre côté, nous n’avons fait que demander une sortie de crise avec tous les moyens qui étaient les nôtres. »

Si les syndicats ne baissent officiellement pas les bras, ils préparent déjà le coup d’après, en incitant les salariés à organiser des AG dans leurs entreprises : « Pour être à l’offensive sur les négociations sur les salaires et les caisses de retraites ».


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