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Il a parcouru 10 000 kilomètres à vélo pour sensibiliser des élèves au dérèglement climatique

Timothé Jacques, un Libournais de 24 ans, vient de sillonner l’Europe à vélo durant 10 mois. Le jeune diplômé de Science Po Bordeaux a été suivi par plusieurs écoles primaires et élémentaires, en France et à l’étranger.

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Il a parcouru 10 000 kilomètres à vélo pour sensibiliser des élèves au dérèglement climatique

Depuis son retour en France il y a trois semaines, Timothé Jacques est sur un nuage. « Génial », « incroyable », « irréel », lâche le jeune homme toujours sous l’effet de son périple de 10 mois durant lesquels il a parcouru 10 000 kilomètres en solitaire à travers une quinzaine de pays en Europe.

Souhaitant « faire une pause » après son diplôme de l’Institut des études politiques de Bordeaux, ce Libournais de 24 ans s’est lancé muni d’un vélo et d’une tente, avec pour objectif le Cap Nord en Norvège. Pour conjuguer son amour du voyage et sa passion pour l’écologie, il s’est rendu dans plusieurs établissements scolaires, afin d’évoquer les mobilités douces et le dérèglement climatique.

Sensibilisation 

Au total, une trentaine de classes en France, en Italie, en Allemagne et en Finlande, ont accueilli le voyageur. Sur place, il a animé des ateliers pour des élèves dont le niveau varie du CM1 à la seconde.

« Voir quelqu’un débarquer avec un vélo chargé de sacoches, de sacs et d’une tente, intriguait les élèves. Certains étaient déjà très sensibilisés, d’autres moins. Je n’étais pas un prof donc mon but était de leur parler de mon projet et du dérèglement climatique de manière ludique avec des jeux, des quizz, de l’interaction », témoigne-t-il.

Une fois par mois, à partir de janvier, le voyage est également rythmé par des visio-conférences avec 7 écoles élémentaires publiques libournaises. À l’occasion, Timothé Jacques répond aux questions des élèves « dans le rôle d’un journaliste ».

Tiffany Partimbene, référante éducation Europe à la mairie de Libourne, reconnait une véritable plus-value pour les écoliers de la ville. Présente à chaque appel, elle décrit des enfants « captivés » par le récit du voyageur :

« Pendant une heure, il montrait des photos, son trajet, répondait aux nombreuses questions des jeunes. Ils voulaient savoir comment il dormait, comme il mangeait, s’il était en sécurité, s’il avait pu rencontrer d’autres élèves, etc. »

« Source d’inspiration »

Lui-même ancien élève d’une école élémentaire de la ville, Timothé Jacques a trouvé le fil pour intéresser les petits libournais, notamment de part son jeune âge :

« Les enfants étaient plus à l’écoute. C’est pas un discours de papa, maman ou des grands-parents. Du fait de sa proximité en âge avec les enfants, il avait des propos plus adaptés que les hommes politiques ou les journalistes. Il s’est mis à leur portée et ça a marché », précise Tiffany Partimbene.

Adeline Dupré, directrice de l’association Jeun’s Attitude où Timothé Jacques est intervenu avant son départ, décrit une « source d’inspiration » pour ces jeunes adolescents.

« Avoir son témoignage leur a ouvert plein de possibilités. Ils voient que s’ils veulent faire quelque chose, qu’ils y croient et qu’ils travaillent, il n’y a pas beaucoup de barrières. Ils peuvent réaliser leurs rêves s’ils s’en donnent les moyens. »

Pour Thierry Marty, adjoint au maire à l’éducation et vice-président délégué à la jeunesse de la Cali (qui a accordé une aide de 500 euros à cette initiative), c’était l’occasion « de montrer à la jeunesse qu’on peut avoir des expériences à l’étranger ». La ville de Libourne bénéficie depuis deux ans des accréditations Erasmus+ et Erasmus+ jeunesse pour encourager les échanges internationaux.

« Les jeunes ont du mal à partir à l’étranger. Ils se mettent beaucoup de frein par peur de se lancer. Alors souvent, ils se limitent à des formations le plus près possible de chez eux. Tout ce qui peut contribuer à leur donner l’envie d’aller plus loin, comme le projet de Timothé, c’est positif. »

Timothé dans une classe à Montechiarugolo, en Italie Photo : crédit Timothé Jacques

Apprendre à s’ennuyer

Non seulement d’intérêt général, ce long voyage était aussi l’occasion pour Timothé de vivre une « aventure » en solitaire. Après son départ d’Europe de l’ouest, un détour par l’Europe de l’est, il pédale jusqu’aux pays baltes, avant de rejoindre les pays nordiques en bateau. En Finlande, il se souvient des centaines de kilomètres parcourus seul, entre deux villages. Des forêts à perte de vue et du soleil qui, au printemps, ne se couchait plus. 

« Ma plus belle expérience a été de m’ennuyer. Les journées sur un vélo sont à la fois longues et courtes. On pédale en moyenne 7-8 heures et au début, j’avais tout le temps de la musique ou des podcasts dans mes oreilles. Au fur et à mesure, j’écoutais plus rien… »

Le soir, à l’heure du bivouac, une « routine vitale et rodée » s’installe. Trouver de l’eau, un endroit où dormir, manger, vérifier l’état de son vélo. Le quotidien de l’aventurier l’éloigne notamment des réseaux sociaux, en dehors de rares souvenirs postés sur le compte Instagram de son association Laskoul

Campement en Finlande Photo : crédit Timothé Jacques

Nouveau projet 

D’étape en étape, Timothé Jacques fait des rencontres, noue des amitiés. Plusieurs fois hébergé, il dit s’être senti « privilégié » face à « tant de générosité ». De quoi nourrir ses souvenirs de moments positifs, parmi ceux où des incertitudes se sont installées. 

« Après la Grèce, je ne pouvais pas aller plus vers l’Est. En décembre, les températures sont trop basses et camper aurait été dangereux. J’ai compris que j’allais devoir faire une pause dans mon voyage et j’ai tout remis en question. Ce qui est difficile dans ces moments, c’est que les gens s’en fichent de ce que tu fais. Que t’avances ou pas, ça ne changera rien pour personne, sauf pour toi. »

Puisqu’il ne peut pas continuer vers l’Est comme prévu, il décide de rejoindre l’Angleterre pour y passer l’hiver au prix d’une entorse à ses engagements : prendre l’avion. 

« J’ai cherché plusieurs jours comment partir en bus, ou en train. J’ai appelé une dizaine de compagnies, j’ai posté des messages sur des groupes Facebook, mais ça n’a pas suffi. À chaque fois, on me disait qu’il m’était impossible de voyager avec mon vélo », se désole le Libournais.

A Pärnu, en Estonie Photo : crédit Timothé Jacques

Pendant un mois et demi, il pose ses sacoches à Oxford. Il en profite pour se reposer et faire du bénévolat. Cette destination lui permet ensuite de poursuivre son voyage vers le Nord.

« Je suis parti en vélo alors que je n’y connaissais rien et sans préparation. Je n’avais jamais fait de grande aventure. J’y suis allé seul et tout s’est bien passé. C’est rassurant de savoir qu’on peut se débrouiller et compter sur soi », conclut le jeune voyageur.

De retour en France après presque un an d’absence, Timothé Jacques a « un projet écologique en commun » à déterminer avec les élèves et les enseignants des sept établissements libournais qui l’ont suivi. Il a créé une cagnotte en ligne pour son financement, ouverte jusqu’en octobre prochain.


#dérèglement climatique

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