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A tout juste 18 ans, une lycéenne srilankaise à Bordeaux sommée de quitter le territoire français

Arrivée du Sri Lanka en 2019, Shenaya Fernando Onel vient de recevoir une Obligation de quitter le territoire français émise par la préfecture de la Gironde. La lycéenne, qui suit une spécialité scientifique à Magendie, a le soutien de ses enseignants et ses camarades qui témoignent de sa forte détermination pour s’intégrer.

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A tout juste 18 ans, une lycéenne srilankaise à Bordeaux sommée de quitter le territoire français
« Qu’est ce qu’une lycéenne doit faire de plus ? » (WS/Rue89 Bordeaux)

Derrière son sourire radieux, ses yeux pétillants et son visage poupon, elle cache une inquiétude et beaucoup de questions. Depuis cette rentrée, en terminale au lycée Magendie, un courrier reçu le 6 septembre est venu assombrir son avenir et ses ambitions. Une obligation de quitter le territoire français (OQTF) a été émise par la Préfecture de la Gironde.

« Je ne comprends pas cette décision. Je ne comprends pas pourquoi ils disent que je ne suis pas intégrée. Je ne comprends pas pourquoi ils disent que je n’ai pas de proches. Et pourquoi ils disent que je ne prouve pas mon insertion dans la société française », énumère la jeune femme d’une voix fluette dans un français maitrisé.

Shenaya Fernando Onel tient son téléphone à la main. Les quatre pages de la lettre du préfet, numérisées, défilent sur l’écran. Elle n’en croit toujours pas ses yeux :

« Pour moi, j’ai créé une vie que j’aime beaucoup. Je prépare mon avenir ici et je veux devenir vétérinaire. Je suis bien entourée et tout le monde est motivé pour m’aider, mes amis et mes profs. »

Détermination et soutien

« C’est incompréhensible » abonde Sandrine Nebout. La professeure de français qui coordonne l’unité pédagogique pour élèves allophones arrivants (UPE2A) à Magendie ne tarit pas d’éloges sur son élève :

« Je l’ai vu évoluer, je l’ai vue arriver enfant à 14 ans et maintenant jeune femme parfaitement responsable. Je suis totalement admirative de son courage et sa force. Elle a très rapidement appris le français avec détermination pour vraiment s’intégrer. »

La lycéenne, qui a eu 18 ans en avril dernier, a derrière elle le soutien de son lycée. Une première pétition a été lancée par Sandrine Nebout auprès des professeurs. A peine « déposée dans la salle des profs, elle a reçu l’adhésion de tous » :

« Les lycéens se sont rapidement emparés du sujet et ont voulu l’aider, poursuit l’enseignante. Ils ont lancé une pétition papier qui a remporté un grand succès et après on a pensé à une pétition en ligne. Et c’est impressionnant, elle explose. »

Depuis le 25 septembre, cette pétition a dépassé les 20000 signatures, grâce aux « élèves [qui] se sont mobilisés sur tous les fronts » ajoute Sandrine Nebout. « Ils ont fait des vidéos et les ont mises sur les réseaux sociaux ». La situation de Shenaya Fernando Onel a ainsi mobilisé de nombreux syndicats d’étudiants et de collectifs militants.

Famille menacée

Shenaya Fernando Onel est arrivée en France, en décembre 2019, à l’âge de 14 ans, avec son père Felix et sa mère Shanika. D’abord à Paris « grâce à un visa touristique de 14 jours » précise Felix Fernando Onel, et ensuite à Bordeaux, « après avoir demandé l’asile politique ». La préfecture de Paris les a transférés à Bordeaux où ils sont d’abord hébergés par le Cada (Centre d’accueil pour demandeurs d’asile) à Eysines.

« Nous sommes originaires de la ville de Ja-Ela, raconte le père de famille, dont la traduction des propos est assurée par sa fille. J’étais engagé dans un parti politique de l’opposition et j’ai dénoncé le trafic de drogue dans ma ville, mené notamment par des députés. J’ai été menacé de mort. »

Cet ancien responsable d’une marque d’aliments en conserve a décidé, avec son épouse, employée dans une entreprise de textile, de fuir vers l’Europe. Avec leur fille unique, la France était la promesse d’une nouvelle vie « en sécurité ». Felix Fernando Onel a même obtenu un emploi d’aide-cuisinier dans une société de restauration collective et a pris à sa charge la location de son logement actuel à Bègles.

Déboutée de sa demande, la famille a multiplié les recours, notamment auprès de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA). D’échec en échec, ils ont persévéré, déterminés à faire preuve d’intégration. « Nous connaissons cette famille depuis deux années », témoigne l’équipe du Réseau Paul Bert, centre social à Bordeaux qui accompagne les personnes en difficulté. « Ils sont adhérents et participent aux animations famille et à l’accompagnement à la scolarité. »

Shenaya Fernando Onel a le soutien de ses enseignants et camarades de lycée Photo : WS/Rue89 Bordeaux

« L’impression de tout bien faire »

Au lendemain de ses 18 ans, Shenaya Fernando Onel doit reprendre à zéro son dossier administratif. Elle est confiante. Surtout après avoir obtenu un 15/20 à l’oral du bac français.

« Je suis bien dans le système de l’éducation nationale. J’ai l’impression de tout bien faire. Qu’est ce qu’une lycéenne doit faire de plus ? »

La réponse de la préfecture a été un choc pour elle. « Je l’ai vu pleurer en lisant cette lettre » rapporte Sandrine Nebout. 

« Elle a appris l’histoire de la France. Elle a lu les œuvres du patrimoine littéraire français. Elle s’est intéressée à la culture française comme peu d’élèves ont pu le faire. Dès son arrivée, elle a tout mis en place pour apprendre le français. Elle a tout fait pour réussir. J’ai d’autres élèves qui avancent plus lentement pour plusieurs raisons. Shenaya fait partie des rares élèves qui ont une détermination impressionnante. »

« Injuste »

« Pour nous, ce n’est malheureusement pas la première famille intégrée que nous côtoyons qui reçoit cette obligation », surenchérit-on au Réseau Paul Bert.

« Nous sommes toujours fortement étonnés de ces décisions que nous qualifierons d’injustes. Nous la soutenons dans ce moment difficile et admirons son courage pour se battre pour sa famille. Elle a su mobiliser seule tout son lycée. Sa générosité et son altruisme lui ont permis de convaincre de nombreuses personnes pour signer une pétition qui devient virale. »

« Les justifications ne nous conviennent pas » complète Sandrine Nebout, selon qui « à aucun moment [la préfecture] a pris la peine de bien étudier la question ».

Contactée ce samedi, la préfecture a fait savoir que le préfet Etienne Guyot « s’est engagé à réétudier son dossier si elle dépose un recours ».

Les proches soutiens de la jeune femme affirment qu’ « une demande de recours gracieux auprès du préfet va être déposée ». En attendant, son avocat, maître Uldrif Astié, a déposé un recours devant le tribunal administratif de Bordeaux permettant de suspendre l’OQTF. L’espoir provisoire pour Shenaya Fernando Onel d’aller au bout de sa terminale et obtenir son baccalauréat.


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