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Néo Terra 2, la transition écologique de la Nouvelle-Aquitaine encore au milieu du gué

La Région Nouvelle-Aquitaine débattra ce lundi 13 novembre en plénière de sa feuille de route Néo Terra 2. Censée accélérer la transition énergétique, agricole et écologique, elle est critiquée pour ses « incohérences » par les écologistes, pour ses « oublis » par les centristes.

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Néo Terra 2, la transition écologique de la Nouvelle-Aquitaine encore au milieu du gué

« On reste seule région de France à avoir mobilisé plus de 400 scientifiques et à poursuivre la bifurcation que suppose pour les politiques publiques la crise climatique, avec l’engagement systémique de la Nouvelle-Aquitaine dans ce domaine. »

Alain Rousset s’est ainsi félicité ce vendredi en conférence de presse du lancement de Néo Terra 2, feuille de route du conseil régional qu’il préside en matière de « transition énergétique, agricole et écologique ».

Ce document de 104 pages sera discuté ce lundi en séance plénière, dont l’organisation est critiquée par les groupes d’opposition – ils regrettent que les interventions des scientifiques invités, dont la climatologue Valérie Masson-Delmotte, occupent une bonne partie de la journée, et ne grèvent le débat politique prévu le soir.

Vers une « situation invivable »

Suite d’un premier plan, adopté en 2019, Néo Terra 2 insiste sur d’autres dimensions peu présentes alors (dont la santé, suite au Covid) et prend acte de « l’accélération du dérèglement », poursuit Alain Rousset :

« Ce que nous disent le GIEC (groupe d’experts intergouvernementale sur l’évolution du climat) et les scientifiques, c’est qu’on ne tiendra pas le 1,5°C de réchauffement d’ici la fin du siècle (par rapport à l’ère préindustrielle), on sera plutôt entre 2 et 4°C et la situation risque de devenir invivable pour celles et ceux qui vivront sur Terre à ce moment, nos enfants et nos petits-enfants. »

2023 devrait être l’année la plus chaude jamais enregistrée, après une année 2022 marquée dans la région par les incendies, la sécheresse et les canicules. Et la région Nouvelle-Aquitaine « apparait comme l’une des plus impactées par le changement climatique et l’érosion de la biodiversité », relève la délibération : 7000 bâtiments sont soumis au risque d’érosion côtière du littoral, les trois quarts de la Nouvelle-Aquitaine « en insuffisance chronique » de ressources en eau, 316 espèces menacées…

La Nouvelle-Aquitaine « pas sur la trajectoire »

Et pourtant, souligne le texte, « la Région n’est pas encore sur la trajectoire la menant à l’objectif intermédiaire fixé dans le SRADDET en 2030 : le réduction de 45% des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 2010 et de la consommation énergétique ». Alors que cette dernière a baissé de 5,5% en 10 ans, il faudrait désormais faire aussi bien tous les deux ans…

Pour tenter d’y faire face, Néo Terra 2 décline 6 ambitions – « reconstituer les ressources naturelles pour l’avenir », « ancrer les solidarités au cœur des transitions », « se déplacer et habiter dans des territoires adaptés au changement climatique »… – en 20 objectifs.

Nombre d’entre eux sont en fait des grands principes (« encourager la persévérance sociale et relancer l’ascenseur social », « accélérer les transitions au service de la compétitivité économique et de l’emploi »…), listant des vœux pieux ou des actions déjà engagées par la Région.

D’autres sont plus précis, comme l’aide à la massification de la rénovation énergétique des logements (qui pèse 29% de la consommation régionale), avec l’ambition de rénover 120000 logements par an.

Les transports étant la première source de CO2 avec 38% des émissions de GES régionales, la feuille de route entend notamment « conduire la mutation des transports et l’essor du ferroviaire », avec un offre TER augmentée de 8,2% d’ici 2030 pour atteindre 120000 voyageurs par jour, la volonté de « maintenir une tarification attractive et solidaire » ou encore celle de « favoriser le déploiement en carburants alternatifs (électricité renouvelable, bioGNV, hydrogène) ».

GPSO au coin du bois

La délibération mentionne aussi, parmi d’autres actions déjà dans la tuyaux, la « participation active au Grand projet du Sud-Ouest (GPSO) ». Aussi, les élus écologistes au conseil régional n’ont pas manqué de dénoncer dans un communiqué les « incohérences » de Néo Terra 2.

Quand des objectifs visent à « préserver de l’artificialisation » les terres et « stopper la disparition alarmante de la biodiversité », avec notamment la création de trois nouveaux parcs naturels régionaux, les LGV Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax doivent être construites sur 4750 ha d’espaces naturels (Natura 2000, notamment), forestiers (2870 ha) et agricoles (1 240 ha), comme l’indique le rapport sur GPSO.

Alain Rousset estime pourtant que ses opposants agitent des « fake news ». Il affirme que les LGV permettront de soulager la RN10 – « axe le plus pollué de la région » -, et ne détruiront en réalité « que 700 hectares d’espaces naturels, qui seront intégralement compensés ». Un point de vue contesté par Christine Seguineau, vice-présidente du groupe écologiste :

« Ces 700 hectares, c’est déjà énorme, mais l’impact dépassera largement ce linéaire, puisqu’il y aura de nombreuses infrastructures, de nouvelles gares, une succession d’aqueducs qui vont détruire les cours d’eau dans la vallée du Cirons. Cela créera des ruptures dans les corridors de biodiversité. »

Fin du monde et fin de mois

Les écologistes déplorent le manque d’évaluation précise de Néo Terra 2 et des objectifs « totalement en décalage avec le constat des scientifiques ». Alors que ces derniers ont établi que 45% du PIB régional dépend de la biodiversité, ils critiquent par exemple le soutien financier de la Région à Flying Whales, qui prévoit la destruction de 48 hectares de zones humides, dont l’intérêt est capital pour prévenir les inondations.

Ce alors que la Région vante l’ »éco-conditionnalité » de ses aides, et un appui assumé à l’industrie locale et aux start-ups engagées dans les « transitions environnementales et sociales ».

« Le système actuel nous mène à l’effondrement, et les écologistes les plus militants nous y amènent, rétorque Alain Rousset. Le dirigeable est une solution de transport décarbonée qui va permettre d’économiser du CO2. L’usine de Flying Whales va imperméabiliser 15 hectares sur une forêt qui a brûlé il y a 4 ans, et créer 300 emplois dans une zone qui a des problèmes de déprise industrielle, et dont les habitants sont venus manifester massivement à Bordeaux pendant les Gilets jaunes. Si on ne fait rien, on maintient des milliers de voitures qui font l’aller-retour entre Bordeaux et le Blayais. Ce qui m’importe, c’est la fin du mois, en luttant contre la fin du monde. »

Mais les oppositions de tous bords au président de la Région pointent des « insuffisances » dans ce combat. Si les Verts se félicitent du maintien de l’objectif de sortie des pesticides de synthèse d’ici 2030, ils « regrettent vivement que l’agriculture biologique ne soit pas indiquée clairement comme le mode de production à privilégier par rapport à la certification Haute valeur environnementale (HVE) ».

L’océan et le vélo « oubliés »

Le groupe centriste estime pour sa part que des sujets ont été « oubliés ou maltraités », notamment l’océan et le littoral. « Ce texte manque et d’humilité et d’efficacité », tacle Jean Dionis du Séjour, maire (UDI) d’Agen.

« La Région doit bien faire son travail là où elle a la compétence exclusive, comme les lycées et les transports, et on est très loin du compte. Où sont les objectif quantifiés de décarbonation des lycées ? Comment va-t-on accompagner l’arrivée massive de la voiture électrique, alors que l’auto représente 90% des kilomètres parcourus ? Nous n’avons pas non plus de politique publique régionale sur le vélo, que la Région n’a pas vu arriver comme un moyen de transport de masse dans toutes les zones urbaines. »

Le maire d’Agen (qui a pourtant récemment interdit aux cyclistes de rouler dans le centre de sa ville) estime que la Nouvelle-Aquitaine pourrait par exemple « subventionner l’acquisition de vélos électriques, participer à la construction des pistes cyclables autour des lycées, apprendre aux lycéens à rouler à vélo… » Les centristes ont donc déposé 14 amendements à la délibération Néo Terra 2, les écologistes 20.

Néo Terra 2 évalue en 80 et 100 millions d’euros en plus par an les sommes « qu’il faudra réallouer au sein de l’effort annuel d’investissement vers des projets compatibles, ce qui reste réaliste pour une trajectoire annuelle d’investissement de 850 millions d’euros ».


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