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Au QG du Rassemblement national à Bordeaux, un service d’ordre qui fait toujours désordre

Le dimanche 30 juin, après les résultats du premier tour des législatives, militants et cadres girondins du Rassemblement national étaient réunis au siège du parti à Bordeaux. Le service d’ordre présent sur place s’affiche, notamment, avec l’acronyme d’une société de sécurité qui dément assurer cette mission et dénonce « une usurpation de l’identité de l’entreprise ».

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Au QG du Rassemblement national à Bordeaux, un service d’ordre qui fait toujours désordre
Photomontage. Arrière plan : le siège local du RN le soir du premier tour des élections législatives, le 30 juin 2024.

Au 138, boulevard George-V, l’ambiance est à la fête en ce milieu de soirée électorale. Dans les locaux bordelais du RN, les militants se pressent autour du buffet en savourant leurs scores au premier tour des législatives.

Un peu à l’écart, des hommes arborent des brassard « D.P.S. » et sont en charge de la sécurisation de la soirée. Plusieurs figures du Rassemblement national viennent les saluer, notamment Laurent Lamara, candidat du RN (qualifié au second tour sur le Bassin d’Arcachon) et Edwige Diaz, qui vient d’être réélue dès le premier tour en Haute Gironde. Ils se tiennent informés du cours d’une manifestation contre l’extrême droite qui se déroule au même moment dans le centre-ville.

De gauche à droite : Laurent Lamara conversant avec le service d’ordre du RN le 30 juin, Edwige Diaz saluant une partie du groupe le même jour.Photo : SC/Rue89 Bordeaux

DPS et Drakkar Protection Sécurité 

Les initiales DPS renvoient vers deux entités : le Département protection sécurité (DPS), qui est le service d’ordre historique du Rassemblement national (ex-Front national) et la société D.P.S. Drakkar Protection Sécurité, créée par Arnaud Lagrave en octobre 2007. En 2021, la structure employait entre 20 et 49 salariés d’après les données accessibles.

Arnaud Lagrave, 46 ans, est un habitué des campagnes électorales sous l’étiquette du parti d’extrême droite : en 2012, il est candidat FN aux élections législatives dans la 1re circonscription des Landes ; il figure sur la liste emmenée par Christophe Bardin à Dax pour les municipales de 2014 ; l’année suivante, il se présente aux élections départementales pour le canton Adour/Armagnac aux côtés de Nicole Protoy ; puis aux élections régionales en figurant sur la liste FN de Jacques Colombier.

En parallèle de son engagement politique dans les campagnes du Front National, Arnaud Lagrave se démarque pendant le mouvement des Gilets Jaunes à Bordeaux. Le militant y est notamment photographié aux côtés de militants de l’extrême droite radicale locale, gants renforcés aux mains, face à des groupes antifascistes.

Arnaud Lagrave au cours d’affrontements pendant le mouvement des Gilets Jaunes. À sa gauche, Thomas Bégué, ancien secrétaire départemental jeunesse du Front National Bordeaux, fondateur du local « Le Menhir », lieu de réunion des groupuscules de l’extrême droite locale.Photo : Le Pavé Brûlant

Selon les informations disponibles sur l’entreprise, outre le lien d’Arnaud Lagrave avec la société Odal (signe nordique courant chez les suprémacistes blancs) spécialisée dans la gestion de placements financiers et immobiliers, le militant RN est présenté comme associé avec Jérôme Daboust sur DPS.

Contacté par Rue89 Bordeaux, ce dernier dément la présence de la société au siège du RN le soir du 30 juin :

« La société Drakkar Protection Sécurité a été rachetée par ma holding DBST INVEST le 22 décembre 2023. Elle n’a plus aucun lien avec Arnaud Lagrave, dont le passif n’engage que lui-même, ni avec le Rassemblement national. Tout cela est à l’opposé de mes convictions. Si des personnes qui ne font plus partie de la structure utilisent encore des équipements datant de cette époque, il s’agit d’une usurpation de l’identité de mon entreprise », dénonce Jérôme Daboust, actuel dirigeant de Drakkar Protection Sécurité.

Tovtatis Clan

Arnaud Lagrave et cette entreprise de sécurité privée furent notamment liés à Diéderick Meynier, qui dépose les statuts de la SARL en tant qu’associé le 18 septembre 2007. Également présent le soir du 30 juin, cet homme de 43 ans a débuté son parcours politique dans le Front National de la Jeunesse, avant d’enchainer les candidatures électorales sous l’étiquette du FN entre 2004 et 2020.

En 2020, lors des élections municipales à Bègles, il figure sur la liste de Maryvonne Bastères, actuelle candidate qualifiée au second tour dans la 3e circonscription de la Gironde. En 2019, il avait lui aussi participé à des affrontements durant le mouvement des Gilets Jaunes aux côtés d’Arnaud Lagrave.

De gauche à droite : Diéderick Meynier au siège du RN le 30 juin 2024, lors d’affrontements avec des militants antifascistes pendant le mouvement des Gilets Jaunes en 2019, son bras tatoué et lui-même posant avec un t-shirt affichant une croix de fer (décoration militaire allemande) pour le « Tovtatis Clan ».Photo : SC/Rue Bordeaux / Le Pavé Brûlant / Tovtatis Clan

Diéderick Meynier est à l’origine du « Tovtatis Clan », une association loi 1901 qui se présente comme une « réunion d’amateurs de motocyclettes autour de la culture rock’n’roll et de la culture celte ». Voilà pour la façade. Car, comme l’avait relevé le Pavé Brûlant en 2020, le club de biker fait en réalité office de refuge pour certains adeptes de la mouvance néonazie locale.

Un autre membre connu du « Clan Tovtatis » était également là : Sébastien Butel. Plusieurs fois présent sur des listes électorales du RN, il était élu au conseil municipal de Floirac. En 2014, il apparait sur une vidéo avec une rune d’Odal tatouée sur l’avant bras droit, un symbole utilisé sur l’emblème de la 7e division SS, connue pour ses atrocités commises contre les populations civiles des Balkans pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les références suprémacistes

Sur les réseaux sociaux du Tovtatis Clan, toutes les publications ou presque renvoient à la symbolique nazie. Dans les posts Facebook visibles, on retrouve une dague de botte M42 Infanteriemesser, utilisée par les troupes allemandes durant la Seconde Guerre mondiale, des brassards reprenant les codes de ceux arborés par les officiers de la Schutzstaffel (SS), des t-shirts siglés avec le symbole du Parti des croix fléchés, un mouvement politique hongrois fasciste, pro-allemand, antisémite, fondé en 1935…

En haut : des photos publiées sur le compte Facebook du « Tovtatis Clan ».
En bas : une réplique de couteau de botte M42, des SS dans une caserne berlinoise en 1938, l’insigne de la 38e division SS « Nibelungen ».Photo : Tovtatis Clan / Surplus Hector / Wikipédia

On trouve également toute une panoplie de symboles issus des codes de l’extrême droite : des drapeaux américains confédérés, revendiquant la ségrégation raciale aux États-Unis, aux guerriers de Sparte fantasmés pour leur sens du sacrifice au combat, les bikers néofascistes affichent régulièrement leurs inspirations politiques et historiques sur les réseaux sociaux.

L’emblème officiel du groupe reprend quasiment trait pour trait celui de la 38e division SS Nibelungen – la dernière division constituée lors du conflit en mars 1945, à partir, notamment, de membres des jeunesses hitlériennes.

Photomontage des publications du « Tovtatis Clan » visibles sur Facebook. Photo : SC/Rue89 Bordeaux

Nous avons essayé de contacter les cadres du parti lepéniste en Gironde pour les faire réagir à ces informations, sans succès.


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