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Des engagements pour la protection de l’enfance au cœur de la campagne municipale à Bordeaux

L’association Mouv’Enfants propose au candidats aux élections municipales de signer une charte pour la lutte contre l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants. Le texte entend transformer une cause souvent reléguée au second plan en priorité politique locale. Pierre Hurmic l’a signée, Thomas Cazenave et Nordine Raymond s’apprêtent à le faire.

Municipales 2026

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Des engagements pour la protection de l’enfance au cœur de la campagne municipale à Bordeaux

« Les enfants ne votent pas. C’est précisément pour cela que les élus doivent parler pour eux », écrit l’association Mouv’Enfants. À l’initiative de son antenne locale, la lutte contre l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants s’impose désormais comme un enjeu du débat politique dans la campagne bordelaise.

Le 25 février, l’association a annoncé dans un communiqué que plusieurs candidats avaient signé sa « Charte d’engagement pour la lutte contre l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants ». Le document, proposé dans le cadre des municipales 2026, repose sur un constat brutal : 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année en France, dont 80% dans le cercle familial. Selon la charte, « chaque classe accueille en moyenne 3 enfants agressés sexuellement ».

L’objectif est de faire de la commune un « territoire protecteur des enfants », sans se substituer à l’État ou au Département, qui ont la compétence, mais en assumant une responsabilité politique et morale.

Une charte pour structurer l’action municipale

Le premier des 8 articles de ce texte affirme les droits de l’enfant, conformément à la Convention internationale des droits de l’enfant, et engage la Ville à refuser toute « minimisation » ou « banalisation » des violences.

L’article 2 impose une exemplarité politique : déclaration sur l’honneur des colistiers attestant de leur honorabilité, mise en retrait immédiate en cas de mise en cause pour des faits d’inceste ou de violences sexuelles, dans le respect de la présomption d’innocence.

Le texte prévoit également la création d’une délégation municipale clairement identifiée (article 3), la formation des élus et des agents en contact avec des mineurs (article 5), la mise en place d’un protocole municipal de signalement (article 6) et le conditionnement des soutiens financiers aux associations à des engagements précis en matière de prévention (article 7).

L’un des points les plus structurants réside dans l’article 8 : la création d’un « document unique d’évaluation des risques de violences faites aux enfants » (DUERV-E) dans chaque lieu municipal accueillant des mineurs, avec actualisation régulière et évaluation annuelle.

« Quand un document unique d’évaluation des risques de violences faites aux enfants est créé, c’est un engagement fort d’un équipe municipale, souligne Cédric Martinez, représentant bordelais de l’association.

Pierre Hurmic premier signataire

Selon Cédric Martinez, Pierre Hurmic, candidat sortant, a été le premier maire français d’une grande ville à signer la charte – Il y voit un « signal politique fort ». Thomas Cazenave, ancien ministre chargé des Comptes publics, doit l’imiter le 3 mars, évoquant des échanges « détaillés » sur le programme du candidat. Nordine Raymond a quant à lui prévu de la signer le 6 mars.

Tous les candidats ont été contactés « selon une méthode identique », assure l’association.

« On utilise la page contact des candidats. On leur demande d’abord quels sont leurs engagements dans leur programme avec d’évoquer la charte. Une fois leurs engagements détaillés, nous proposons la signature », précise Cédric Martinez.

Un candidat, en revanche, n’a pas répondu : Philippe Dessertine. « On a zéro réponse de sa part », ni accusé de réception ni d’échange.

« Dans une campagne où la sécurité est omniprésente dans les discours, ignorer une démarche visant explicitement à protéger les enfants interroge profondément, écrit Mouv’Enfants dans son communiqué. Le silence n’est pas neutre : il constitue un choix politique. »

L’association précise par ailleurs ne pas solliciter les candidates de l’extrême droite, Julie Rechagneux (RN) et Virginie Bonthoux-Tournay (Reconquête!), estimant que certaines prises de position, notamment contre le Planning familial, ne correspondent pas à ses valeurs.

Un sujet transversal

La clé de la charte réside dans une structuration politique complète. « Si le maire élu ne structure pas la protection de tous les âges de l’enfance, ça va de 0 à 18 ans, s’il ne leur donne pas une place prépondérante dans une mandature, ça ne fonctionnera pas ». Il évoque notamment la question des recrutements et des délégations de service public.

« On peut demander qu’à l’intérieur des conventions, ils mettent des engagements fermes de la part des structures associatives, [afin que] les agresseurs soient mis hors d’état de nuire. »

La signature de la charte ne constitue cependant qu’un point de départ. Cédric Martinez espère qu’une délégation sera clairement identifiée et « si l’administration ne lui donne pas de pouvoir à cette délégation, elle ne sera pas écoutée ».

Un rendez-vous est d’ores et déjà envisagé après le scrutin avec Pierre Hurmic, s’il est réélu, pour échanger sur la mise en œuvre concrète. L’association se dit prête à accompagner tous les maires élus dans la structuration du DUERV-E.

Présidée par Arnaud Gallais, membre de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE), Mouv’Enfants mène des actions coup de poing et des campagnes de sensibilisation depuis 2023. On lui doit l’alerte lancée contre Shein, qui avait commercialisé une poupée sexuelle d’apparence enfantine.


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