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Covoiturage : Boogi met Bordeaux Métropole en cadence

Au parking-relais de la Buttinière, 10 places sont réservés aux abonnés à Boogi (SB/Rue89 Bordeaux)

Au parking-relais de la Buttinière, 10 places sont réservés aux abonnés à Boogi (SB/Rue89 Bordeaux)

Boogi sera-t-il le BlaBlaCar du quotidien ? Bordeaux Métropole teste cette appli de covoiturage pour les trajets domicile-travail, développée par la start-up Instant System. Ce système d’auto-stop virtuel est le premier en France qui se combine avec les réseaux de transports en commun.

Bordeaux Métropole veut mettre les pendulaires à l’heure du covoiturage. A cause des déplacements domicile-travail, l’agglomération est en effet la quatrième la plus embouteillée de France (35 heures perdues pour chaque conducteur dans les bouchons en 2015). Or pour 5 voitures qui circulent sur la rocade, on dénombre en moyenne 6 occupants.

Et si tous ses parkings-relais affichent complets, les 3/4 des véhicules qui se garent à la Buttinière (Lormont) n’ont que leur conducteur à bord. Certes, la rocade passe à 2X3 voies, et le le parking-relais de la rive droite va s’agrandir (de 650 à 1000 places), mais les infrastructures ne sont pas extensibles à l’infini, et la Métropole a des engagements à tenir côté réduction de la pollution et des émissions de gaz à effet de serre. La lutte contre l’ « autosolisme » est donc un bon levier (de vitesse). Et Bordeaux Métropole a décidé de passer la première.

Cadeaux

Depuis le 17 mai, les automobilistes de la Buttinière sont encouragés à adhérer à Boogi. Cette application mobile, développée par la start-up niçoise Instant System, et présentée ce mardi lors d’un point presse à Lormont, permet de mettre en relation les conducteurs et passagers. Ceux-ci bénéficient de la gratuité jusqu’en juillet, puis s’acquitteront de 1 euro par voyage, quelle que soit la distance.

Les chauffeurs ne sont pas payés, contrairement au modèle BlaBlaCar – jugé « trop mercantile » par Philippe Grand, d’Instant System -, mais ils bénéficient de points donnant droit à des cadeaux et des avantages (places de concerts, tarifs réduits dans les transports en commun…). En outre, ils profitent de 10 places réservées à la Buttinière

Pourquoi ce parking-relais, d’ailleurs ? Car il est saturé dès 9h du matin par des automobilistes en provenance de Libourne et du quadrant nord-est, dont la moitié d’entre eux font les trajets tous les jours, pour la plupart tous seuls, selon une étude préalable faite pour Boogi.

Il est en outre desservi par le tram et les bus. Or, et c’est une particularité de Boogi par rapport à d’autres systèmes existants, l’application propose des solutions de covoiturage combinées avec l’offre de TBM (transports de Bordeaux Métropole), mais aussi celle des TER, et bientôt de TransGironde.

Philippe Grand, d'Instant System (à droite), présente les interfaces conducteur et passager de Boogi (SB/Rue89 Bordeaux)

Philippe Grand, d’Instant System (à droite), présente les interfaces conducteur et passager de Boogi (SB/Rue89 Bordeaux)

Le poids des habitudes

Mais faire covoiturer tous ce petit monde n’est pas simple, estime Brigitte Terrazza, vice-présidente de Bordeaux Métropole en charge des mobilités alternatives :

« Pour BlaBlaCar, c’est facile, on est sur de la longue distance, le retour financier est immédiat. Sur les trajets domicile-travail, on touche aux habitudes quotidiennes des gens, et beaucoup ont plein de raisons, bonnes ou mauvaises, de ne pas laisser ou partager leur véhicule – des enfants à déposer le matin, des courses à faire, des horaires décalés… »

Un rapide micro-trottoir dans le parking-relais le prouve. Femme de ménage, Isabelle, 42 ans, embauche à 5 heures du matin près de chez elle, à Bourg-sur-Gironde, puis vient faire le ménage à Bordeaux, et repart à Libourne. Si elle prendrait avec plaisir des passagers, elle ne se fait pas d’illusions sur ses chances d’en embarquer.

Virginie, qui vit à Artigues, et travaille dans un musée bordelais à partir de 9h30, un horaire qui, pense-t-elle, ne convient guère à d’autres salariés. Par ailleurs, la jeune femme (35 ans) affirme qu’elle n’accepterait pas des hommes seuls dans sa voiture – « Je me fais déjà assez de frayeurs quand je suis toute seule à la Buttinière ».

Plein d’idées

Il faut donc pour Boogi répondre à deux défis : atteindre une masse critique d’utilisateurs, et instaurer la confiance entre eux. Si l’application reprend le modèle d’appréciation bien connu des usagers de BlaBlaCar, elle fonctionne de façon plus réactive : les membres du réseau sont géolocalisés en temps réel, ce qui permet aux automobilistes de faire un détour (ou pas), et garantit au passager de ne pas trop attendre.

Pour l’heure, 30 personnes ont créé un compte Boogi. Instant System en espère plusieurs milliers, après l’extension du système à toute la métropole (déploiement espéré à l’automne 2016).

Parallèlement, la société développe une version payante dédiée aux entreprises, pour leurs plans de déplacements. Dès le mois de septembre, les 5000 salariés de l’Aéroparc de Bordeaux Mérignac, dont les 2000 du Campus Thalès, auront ainsi accès à Boogi.

L’appli pourrait en outre profiter de circonstances inattendues :

« On change souvent d’habitude quand on a pas le choix, philosophe Christophe Duprat, vice-président métropolitain en charge des transports. Si on n’a plus d’essence à la pompe, et qu’il y en a encore assez pour faire rouler une voiture pour 4 personnes, ce sera l’occasion de tester le covoiturage ! »

En France (et ailleurs), c’est quand on a plus de pétrole qu’on a des idées.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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