Société 

Grand ménage d’automne dans les squats de Bordeaux Métropole

actualisé le 05/10/2016 à 22h59

Déménagement des Roms vers Mérignac en novembre 2015 (Xavier Ridon/Rue89 Bordeaux)

Déménagement des Roms vers Mérignac en novembre 2015 (Xavier Ridon/Rue89 Bordeaux)

Ce jeudi matin, le terrain qu’occupaient environ 60 Roms à Mérignac a été évacué. Depuis bientôt un an, ils avaient quitté le squat 12 et avaient élu domicile dans la zone industrielle du chemin du phare, près de l’usine Thalès. Comme souvent dans ces expulsions, le calme dominait. Sur place dès 7h du matin, l’adjointe à la ville de Mérignac en charge de l’action sociale, Sylvie Cassou-Schotte a constaté les dégâts :

« C’est assez désarmant. J’éprouve beaucoup de colère car il y a une certaine violence psychologique, car elle n’est pas physique. Mais en face vous avez à faire à des personnes habituées qui connaissent ces situations. Il y a du désarroi. Ils ont fait des baraquements qu’ils détruisaient eux-mêmes. Quelques-uns, surtout les jeunes, stressent car il faut aider des personnes impotentes. »

Dans la matinée, l’un d’entre-eux l’a appelée : « Il errait sans savoir où aller. »

Amalgames

Alors qu’à Mérignac les Roms montaient dans leurs caravanes délabrées, d’autres membres de la communauté des gens du voyage cherchaient à élire domicile dans la commune. Les attelages se croisent puisque d’autres Roms expulsés du Haillan ont pris place il y a plusieurs semaines sur la route du Cap Ferret, non loin du Méga Macumba, boite de nuit mérignacaise. Ces mouvements ne peuvent qu’attiser, au mieux, l’incompréhension des riverains selon Sylvie Cassou-Schotte :

« Il y a des amalgames de fait entre les gens du voyage qui sont de passage et les Roms bulgares qui sont là depuis des années malgré leur caravane. Tout le monde est mis dans le même sac. »

Et la membre de la commission parcours d’insertion à la métropole de regretter le manque de « volontarisme politique » en la matière.

Confusion

Interrogé sur ce sujet lors de sa conférence de presse de rentrée, le Préfet de Gironde, Pierre Dartout estime n’agir que dans la continuité de la Justice :

« Il faut casser cette confusion que le préfet décide de l’expulsion. Nous sommes dans un État de droit. Si l’huissier ne réussit pas à faire partir les gens, il se retourne vers le préfet pour avoir le concours de la force publique. Je n’interviens pas s’il n’y a pas de décision de justice. »

Il a d’ailleurs appliqué celles-ci à deux autres reprises en moins d’un mois. Fin août, le squat La Chaufferie ouvert par des opposants à la Loi Travail rue du Cloître à Bordeaux a été évacué, tout comme l’ancien lycée agricole de Blanquefort occupé jusqu’à ce mardi par le collectif Sherby. Après quelques négociations infructueuses, « force est restée au droit », a asséné le préfet.

« La préfecture a décidé de faire appliquer les décisions. On ne va pas critiquer, mais on regrette qu’il n’y ait pas de propositions. »

Au squat du quai Deschamps (SB/Rue89 Bordeaux)

Au squat du quai Deschamps (SB/Rue89 Bordeaux)

Ruptures dans le suivi des soins, de la scolarisation, de la domiciliation sont les maux surgissant après une expulsion. Pour ce qui est des enfants, Pierre Dartout se dit « sensible » à la scolarisation des enfants dont il distingue « les réelles et les virtuelles ». D’ailleurs, son directeur de cabinet en charge du dossier affirme que tous les enfants qui étaient scolarisés dans le squat du Sherby ont déjà repris le chemin de l’école. Au chemin du phare, une quinzaine d’enfants étaient présents dont 7 inscrits en maternelle, primaire, collège.

Médecins du Monde redoute d’autres expulsions à venir avant la trêve hivernale : des bidonvilles à Bordeaux et Mérignac ont déjà reçu des décisions d’expulsions et d’autres sur la rive droite (où se sont retrouvés les Sahraouis) ou à Bègles, près des boulevards, attendent le sort qui leur sera fait. Un des membres, Morgan Garcia, se désespère :

« Cela fait 20 ans que les bidonvilles sont revenus en France et qu’on les expulse sans rien leurs proposer. »

L'AUTEUR
Xavier Ridon
Xavier Ridon
Rémois, devenu journaliste à Tours, installé à Bordeaux. Bref, file vers le Sud avec un micro et un stylo.
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