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Dossier #5 : Bordeaux, un centre touristique et toc ?

N°1 des 10 villes mondiales à voir de toute urgence pour le guide Lonely Planet, réputé des globe-trotters. Destination française à visiter en priorité pour le Los Angeles Times, « European best destination » de l’année 2015… N’en jetez plus : les classement se suivent et ne cessent de placer Bordeaux comme un horizon touristique incontournable.

De la la reconnaissance comme Patrimoine mondial de l’Unesco à l’Euro de foot, qui a offert une nouvelle vitrine à la ville, celle-ci a su il est vrai faire monter la sauce autour de ses façades XVIIIe , de son art de vivre et de ses atouts naturels. Résultat : avec plus de 6 millions de touristes estimés, 2015 a été une année record, sans doute battu en 2016. Une présence en ville chaque jour de plus en plus palpable…

Les retombées économiques (dont le calcul n’a rien d’évident) sont évaluées à près d’un milliard d’euros, et feraient vivre plus de 6000 personnes. De quoi donner des idées à pas mal de monde : 340 restaurants ont ouverts en un an, faisant de la ville de pierre la mieux dotée de France – 1657 adresses, soit un restau pour 285 habitants…). Et on compterait aujourd’hui plus de 11000 offres de location chez des particuliers, via Airbnb ou Abritel, selon un chiffre donné par Alain Juppé en marge de ses vœux de rentrée.

« C’est autant que de chambres d’hôtel à Bordeaux », souligne le maire de Bordeaux, qui s’inquiète désormais ouvertement de ce phénomène. Pourquoi ? Parce que de plus en plus de propriétaires du centre-ville consacrent leurs appartements à l’accueil de touristes, plutôt qu’au logement de Bordelais. Pour le conseiller municipal socialiste Matthieu Rouveyre, premier à tirer la sonnette d’alarme, l’écrasante majorité des offres sur Airbnb concernerait ainsi des biens immobiliers dédiés en permanence à de la location saisonnière.

Inversion de la courbe

Alors que Bordeaux manque déjà de logements, non seulement le site américain en soustrait plusieurs milliers du marché, mais il participe ainsi de l’augmentation délirante des prix (+204% en 15 ans) dans la métropole. Bref, il contribue à accélérer un mouvement enclenché depuis des années à Bordeaux, comme dans d’autres quartiers centraux des métropoles : le départ des classes populaires, et la gentrification.

Au dernier recensement Bordeaux a gagné 10000 habitants, confirmant que le centre historique, qui se vidait de ses habitants et se délabrait jusqu’aux années 1990-2000, est redevenu plus qu’attractif. Le fruit d’une politique de réhabilitation du patrimoine architecturalement réussie, mais pas sans effet sur la mixité sociale.

Or certains redoutent aujourd’hui une inversion de cette tendance démographique, à l’instar de la baisse de population enregistrée à Paris. On ne peut certes pas l’attribuer exclusivement à Airbnb, mais les effets des locations saisonnières sont si délétères que la mairie de Bordeaux n’exclut plus  d’y mettre le hola, pourquoi pas en plafonnant le nombre de jours de location par an, comme l’a fait la capitale.

Car c’est l’impact sur la vie de quartier du tourisme, conjugué à celui de la boboisation, qui pose question dans la ville de pierre. Rue89 Bordeaux est donc allé passer du temps à Saint-Pierre et Saint-Eloi, en proie à ces deux phénomènes depuis quelques années. Celui-ci va-t-il toucher Saint-Michel, Sainte-Croix et au delà ? Les réponses de Benoît Gandin, directeur d’InCité, la SEM en charge de la rénovation du centre historique, sont nuancées et instructives.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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