Politique 

Bordeaux Métropole s’est-elle désavouée à propos de la fusion Robert-Picqué/Bagatelle ?

L’hôpital militaire Robert Picqué quittera ses 27 hectares pour chercher une place sur les 7 ha de la clinique Bagatelle. Son personnel s’en trouve réduit des deux tiers. Les communistes dénoncent le non-respect d’une délibération du conseil de Bordeaux Métropole.

Le destin de l’hôpital d’instruction des armées (HIA) Robert-Picqué et de la maison de santé protestante (MSP) Bagatelle est scellé. Les deux établissement vont se réunir dans le projet Bahia (Bagatelle-HIA). L’accord définitif a été signé en décembre dernier.

Bien qu’il s’agisse d’un établissement militaire, Robert-Picqué accueillait déjà majoritairement des civils, rappelle Alain Juppé en conseil de Bordeaux Métropole ce vendredi. La deuxième structure hospitalière de Bordeaux (après le CHU) reçoit 30000 patients aux urgences chaque année.

L’établissement de la fondation protestante jouit d’une bonne réputation. Il est privé mais sans but lucratif, de secteur 1 (sans dépassement d’honoraire) et avec une maternité labellisée Amie des bébés.

Diagnostic et opération

Robert-Picqué quittera ses 26 hectares et se fera une place sur les 7 hectares de la MSP d’ici 2021. Les maires de Talence et Villenave-d’Ornon auraient préféré le transfert inverse, mais se sont heurtés au refus du ministère de la Défense, selon l’Agence régionale de santé citée par le Comité de défense Robert-Picqué. Des travaux de démolition et construction s’étaleront de 2018 à 2021 sur le site de la MSP. Dans son ensemble, les élus regrettent l’opacité autour de l’avancée du projet.

L’entrée de l’hôpital Bagatelle (Google street)

Lors du conseil de métropole, l’élu communiste Jacques Padie s’inquiète de la perte des deux tiers des emplois hospitaliers de Robert-Picqué, passant de 750 à 250 salariés.

En acceptant cet état de fait, le conseil se désavoue selon lui d’une motion votée à l’unanimité en mai 2016. Celle-ci demandait à l’Etat de « s’engager concrètement pour que cette offre de soins publique ne disparaisse pas du Sud de l’agglomération ». Elle proposait la création d’un pôle public de santé Bagatelle-Picqué préservant emplois, statuts du personnels et missions effectuées.

Membre de la commission de la Défense nationale à l’Assemblée nationale et élue métropolitaine PS, Marie Récalde « se félicite » au contraire que cette institution « dans la vie des Bordelais reste là » avec en ligne de mire une « optimisation du secteur de santé ». Seul point épineux à son sens : les déplacements complexes route de Toulouse.

Médecins contre mutin

Les médecins élus sont au soutien. Michèle Delaunay (PS) pense que le personnel rencontré a « compris » l’intérêt de la fusion. Nicolas Brugère (LR) estime que Bagatelle et sa « situation financière périlleuse » peut ainsi être sauvé. Il émet le souhaite qu’une partie de la vente des 26 hectares de Robert-Picqué par l’Etat puisse financer l’aménagement de la maison de santé.

Les communistes trouvent finalement un allié à droite, Patrick Pujol, édile mutin de Villenave-d’Ornon, qui attaque tout azimut :

« Il y a des personnels en difficulté malgré ce que je viens d’entendre. Le site de Bagatelle est contraint de composer avec une circulation très dense et des voiries sous-dimensionnées alors qu’il y avait l’autre site [de Robert-Picqué, NDLR] complètement ouvert avec des facilités pour stationner. En plus, on va devoir détruire le centre social Bagatelle pour une opération immobilière. Mais pour aller où ? Qu’a dans la tête l’Etat sur l’utilisation de ses terrains ? La Grande Muette l’a été durant les cinq ans de négociations qui viennent de passer. J’ai vu le représentant du ministère de la Défense aller devant les salariés pour dire que le site serait sauvegardé, puis ça a été le contraire. C’est le flou artistique le plus complet. Moi, je ne suis pas rassuré du tout. »

Le comité de défense de Robert-Picqué craint connaître la suite évoquant dans un communiqué de presse de mars dernier « un leurre destiné à effacer totalement l’hôpital public de ce secteur en forte densification » et laissant la « voie libre à l’établissement privé très lucratif “Clinique du Tondu” sur la rive droite, face au futur pont Jean-Jacques-Bosc ».

Faute de mieux, le maire villenavais espère au moins pouvoir ré-installer des services publics sur le terrain de Robert-Picqué, lui qui en manque et s’insurge depuis décembre en refusant de signer tout permis de construire. Le plan local d’urbanisme protège d’ailleurs une partie des bâtiments et du parc. Une fois les terrains libérés de l’hôpital, Bahia qu’à faut qu’on ?

L'AUTEUR
Xavier Ridon
Xavier Ridon
Rémois, devenu journaliste à Tours, installé à Bordeaux. Bref, file vers le Sud avec un micro et un stylo.
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