Société  Vie pratique 

A vélo Starck, Bordeaux se la joue « Pibal la vie »

actualisé le 17/01/2015 à 16h11

Une rencontre de poids (Ludovic Lamarque/Rue89 Bordeaux)

Pibal et tourisme à Bordeaux (Ludovic Lamarque/Rue89 Bordeaux)

Après une première période de test effectuée par une vingtaine de Bordelais, le Pibal, du nom du bébé agile de l’anguille, revient modifié, fin prêt à « faire sa Starck ». Pour sa seconde rampe de lancement, Rue89 Bordeaux a enfourché le vélo/patinette jaune et gris. Verdict.

Cent soixante ! Tel est, pour l’heure, le nombre exact d’exemplaires en circulation à Bordeaux du Pibal, ce drôle de vélo hybride, mixant cycle et patinette, conçu (gratuitement) par la star des designers, Philippe Starck. Après quelques modifications opérées suite à l’essai du prototype par une vingtaine de cobayes bordelais, leur nombre va progressivement augmenter.

Pensés rustiques et néanmoins typiquement urbains, 500 vélos fabriqués par Peugeot sont destinés à remplacer, au fur et à mesure, les 4000 vélos mis en prêts gratuits depuis 2001 par la municipalité (dont 3000 à la circulation, 1000 en stock ou en réparation au Garage Moderne et 1% perdus ou volés). Ils complèteront aussi le parc de 1500 VCub répartis sur les 100 stations de l’agglomération.

Anne Walryck, l’élue en charge du développement durable et de l’écomobilité de la mairie de Bordeaux qui, avec et sans jeux de mots, en connait le plus un rayon sur la question, énumère et explique :

« Un lot de 140 vélos est prévu en septembre à l’occasion de la semaine de l’écomobilité. Les 200 autres sont programmés pour la fin de l’année. Compte tenu du montant de 420 euros l’unité, le remplacement sera progressif. L’idée étant que, si cette innovation propre à Bordeaux fait boule de neige ailleurs, on peut espérer une augmentation de sa fabrication par Peugeot et ainsi une diminution des coûts. On va garder le vélo classique plus léger pour ceux qui trouveraient le Pibal, proche des 16 kilos, trop lourd. La cohabitation avec le Vcub est parfaite.
Ce ne sont pas les mêmes usages, entre un vélo que l’on garde chez soi parce qu’on le peut et un autre plus adapté à l’emprunt ponctuel comme pour les touristes ou les étudiants notamment. On s’achemine vers une véritable diversification à laquelle il faut rajouter les vélos pour handicapés et même des tandems. »

Le Pibal, mode d’emploi

La maison du vélo (Ludovic Lamarque/Rue89 Bordeaux)

La maison du vélo (Ludovic Lamarque/Rue89 Bordeaux)

Pour obtenir le privilège d’emprunter le cycle flashy, exclusivement disponible à la Maison du vélo depuis le début de ce mois de juillet, il aura fallu participer à un jeu concours avec tirage au sort à la clef, organisé par Le Crush, start up locale, créatrice d’un nouveau concept de communication numérique… ou être journaliste.

Cycliste pratiquante à 100%,  j’avais d’entrée, il faut bien l’avouer, un a priori un tantinet défavorable pour l’engin, parce que pas vraiment fan de son allure, ni de son utilité. Qu’à cela ne tienne ! Testons avant de critiquer et sondons l’opinion !

Pas de passe-droit pour les conditions d’emprunt. Ce dernier, d’une durée d’une semaine dans mon cas, peut-être aussi de six mois non renouvelables (histoire d’éviter qu’il ne soit squatté) avant de passer à 1 an (le temps d’avoir plus de vélos) se fera dans les règles de l’art comme pour tout emprunteur lambda.

Une pièce d’identité, un justificatif de domicile et un RIB sont les documents à fournir auprès du personnel municipal. Si vous souhaitez un panier (qui pique du nez si trop chargé), il faut le préciser. Quant à l’antivol en U présenté comme le plus sûr, il est intégré sur le porte bagage (position qui demande un petit tour de main avant d’être à l’aise avec la manip) et une clef numérotée viendra enrichir votre trousseau.

Voilà ! Vous êtes paré ! Par 37° à l’ombre pour mon 1er jour, c’est parti pour une semaine expérimentale en Pibal !

Un vélo-percheron au gros capital sympathie

Le vélo de Starck n’est ni un fixie, ni un vélo hollandais, ni un VTC. Sa longueur et sa robustesse font de lui, aux dires même de son créateur, un percheron, doté d’une plateforme centrale pour le moins incongrue et d’un porte-bagage costaud de chez costaud.

Mais la conduite, pour peu que l’on se déconditionne de ses repères habituels, est d’emblée agréable. La selle est confortable et le freinage efficace. De nuit, outre le garde-boue et les roues réfléchissants, la lumière fend l’obscurité d’un large faisceau blanc en forme de V qui fait que, pour le coup, on voit bien et on est bien vu.

La vitesse automatique qui s’enclenche dès que l’on accélère devient vite un jeu, même si on mouline pas mal avant la prise de vitesse en descente ou au désenclenchement. Du coup la montée du pont Chaban n’est pas, contrairement à ce que l’on pourrait le redouter, une épreuve de force où l’on crache  tous ses poumons. Oui, Bordeaux n’est pas que plate !

C’est sûr, ça va se rayer

A contrario, faire de la patinette par temps caniculaire, bof ! bof ! Nous attendrons que la température baisse. Même si converser debout, les deux pieds sur la plateforme gravée du plan de Bordeaux, avec une copine qui marche à vos côtés, possède un côté régressif sympa. Par contre, cette option « pibalienne » est tout sauf pratique, dès lors que l’on ait à descendre des marches ou un trottoir trop hauts. Ça frotte, ça racle et c’est sûr, ça va se rayer.

Le vélo interdit aux moins d’un mètre 60 à cause de sa hauteur, élimine ainsi ceux qui pourront difficilement le soulever, des moins de 50 kilos aux personnes âgées.

Cependant, au-delà du côté technique et esthétique, il est un effet inattendu de la monture aux deux nuances de jaune qui se manifeste dès que vous l’exhibez. L’attrait irrésistible, l’effet « impulse » qu’il exerce sur ceux que vous croisez, toutes classes, tous sexes et toutes générations confondues. En attendant d’être banalisé, le deux roues branché fait indubitablement son petit effet.

Voyager avec le pibal (Ludovic Lamarque/Rue89 Bordeaux)

En Pibal et en tram (LL/Rue89 Bordeaux)

Du coup l’essai est vite renforcé par l’avis des gens ravis (connus ou inconnus) à qui je l’ai passé 5 minutes (des kinés, des skaters…) : des curieux (voire des envieux) qui l’ont admiré et m’ont abordée dans la rue ou dans le tram (où par chance il y avait peu de monde, l’intermodalité passant souvent difficilement auprès des passagers, qui plus est avec un vélo de cette envergure), ou encore des testeurs contactés.

Et vous le Pibal, vous en pensez quoi ?

De fait, dans un souci d’objectivité et de pluralité, j’ai interrogé d’autres utilisateurs et questionné, ça et là, plusieurs personnes disposées à donner leur avis. D’entrée ça fuse. Devant le Musée d’Aquitaine, un gars tatoué, la clope roulée à la bouche, qui discute avec ses potes assis sur les marches et qui tiendra à garder l’anonymat, se rue vers moi :

« Eh ! Mais c’est le nouveau vélo de la mairie ! Je peux l’essayer ? Alleeez, je vais pas l’abimer !!! »

Une rencontre (Ludovic Lamarque/Rue89 Bordeaux)

Examen sous toutes les coutures par un vif intéressé (LL/Rue89 Bordeaux)

Sébastien Soulard, photographe, déçu de ne pas pouvoir en emprunter un, l’examine sous toutes les coutures :

« Pfff ! J’aurais trop aimé en avoir un, mais je n’ai pas pu, ils sont réservés ! De toute façon je pars bientôt en Indonésie. J’espère pouvoir en emprunter un à mon retour, je le trouve vraiment beau. »

La scène se déroulant devant la Droguerie Pey Berland, caverne d’Ali Baba dont la maîtresse des lieu, Valérie Domas, extrait un modèle de carriole à vélo made in Germany, transformable en sac à dos. Pour le coup, le percheron deviendrait un break Volvo.

Alice Lacombe fait partie de la première vague de testeurs qui aura contribué aux améliorations après 2 mois d’utilisation, et qui a créé la page facebook « Mon Pibal et moi ».

« Ce vélo est génial ! Il donne vraiment une impression de sécurité. La béquille trop petite a été modifiée. Le changement de vitesse est déroutant au début, mais on s’y fait. A l’addiction d’usage se rajoute un peu la peur de se le faire voler. J’aurais aimé créer une communauté de “Pibaliens” mais je n’ai plus vraiment le temps. »

Avis aux amateurs !

Opération de com’

Ludovic Fouché et Jean-François Perrin, aux avis complémentaires, sont respectivement vice-président et ex-président de l’association Vélo-Cité CUB. Pour Ludovic :

« Techniquement la vitesse automatique est agréable mais pas au point. Pour moi, il en faudrait une troisième. Le désenclenchement est limite dangereux quand on roule vite et qu’on s’arrête de pédaler, on perd la reprise, il faudrait bloquer les vitesses pour éviter le problème de moulinage. Par ailleurs, une béquille centrale avec 2 pattes comme le VCub aurait été plus adaptée. La selle avec une attache rapide qui ne nécessite pas de clef aurait été plus pratique pour régler la hauteur. Mais je reconnais qu’il est rare de pouvoir susciter un tel engouement avec un vélo. Tout le monde vous regarde. Le Pibal bénéficie d’une aura incroyable. »

Et Jean-François Perrin de complèter :

« J’aime les vélos très rigides et maniables, celui-là l’est moins du fait de sa conception trottinette. Mais pour un spécimen de cet acabit, il est bien équilibré. En fait c’est un vélo de compromis, très cool pour faire du très cool. »

Stéphane Denjean, cycliste au quotidien et écolo dans l’âme, a un bon vélo et ne voit pas l’intérêt d’un modèle de plus pour la ville.

« C’est vraiment, il me semble, plus une opération de communication qu’une nécessité. On en fait beaucoup parce que c’est un vélo de designer dont ce n’est pas l’idée, puisque ce modèle existait déjà imaginé par un designer nordique. Après rien ne s’invente, je comprends que ce soit revisité, ça reste un beau vélo qui conjugue design et pratique. Personnellement, j’attends d’un vélo qu’il réponde à mon usage régulier. C’est ma voiture. J’ai besoin qu’il transporte des charges. Mais si ça doit faire faire du vélo aux gens et mettre le pied à la pédale c’est positif. »

Pibal_Depuis le pont

Nous deux et un pont (LL/Rue89 Bordeaux)

Futur bon plan pour âme seule

Voilà ! Ce sera aussi ma conclusion. Au bout d’une semaine, par temps chaud ou sous la pluie, de jour comme de nuit, sur bitume ou sur pavés, je me serai habituée à mon nouveau destrier jaune, booster de bonne humeur, capable de créer du lien dans la rue, comme seuls savent le faire les animaux et les enfants. Futur bon plan pour les âmes seules.

C’est finalement le cœur un peu serré que je le ramènerai, avec une certitude : le Pibal un peu bobo et pas très beau, spécialement conçu pour Bordeaux, a l’avenir devant lui. Et il vaut mieux. Avec le nombre d’habitants attendus, au cœur de ce que nos élus veulent voir devenir une métropole millionnaire, il va falloir plus que jamais privilégier l’usage de ses mollets. Demandez donc à votre santé, à votre porte-monnaie et à l’espace urbain…

L'AUTEUR
Isabelle Camus
Isabelle Camus
Journaliste à deux roues
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