Bras de fer entre Verts et maire au conseil municipal de Bordeaux
Politique 

Bras de fer entre Verts et maire au conseil municipal de Bordeaux

La campagne des municipales s’invite au conseil municipal. Pollution atmosphérique, 5G, émissions de CO2… l’opposition critique vertement le bilan de mandature sur l’écologie, accusant la majorité de ne « pas être à la hauteur des enjeux ». Nicolas Florian dénonce en retour l’ « écologie punitive » qu’incarnerait Pierre Hurmic, désigné par les sondages comme son principal rival aux municipales.

Le résultat des élections européennes à Bordeaux, puis les diverses enquêtes d’opinion ont montré que l’environnement serait un sujet majeur, et le candidat écologiste un des principaux acteurs des municipales de mars 2020.

A quatre mois du scrutin, ces questions ont donc occupé une grande partie des débats ce mercredi au conseil municipal, qui abordait notamment le rapport de développement durable 2018 et le bilan de mandature 2014-2020. Et les échanges à fleuret moucheté qui prévalaient depuis le départ d’Alain Juppé sont bien finis.

Talonné par l’écologiste Piere Hurmic dans les sondages, Nicolas Florian, le nouveau maire, veut démontrer que « la mutation écologique », selon ses termes, est bien engagée, avec notamment une baisse de l’usage de la voiture, de 50% à 29% des déplacements dans Bordeaux, tandis que ceux à vélo ont grimpé de 8 à 15%.

Atmosphère, atmosphère…

Il souligne son apport personnel – « plan canopée », la démarche zéro plastique… Et il affirme qu’il « ne tolèrera plus sur les quais de Bordeaux des paquebots qui font du bruit, des fumées noires et qui polluent », demandant que soit « fixée une échéance pour alimenter en électricité les navires afin d’éviter qu’ils fassent tourner leurs moteurs pendant l’escale ».

« Vous n’êtes vraiment pas au rendez-vous de ce que sont les impératifs écologiques et climatiques », lui lance pourtant Pierre Hurmic.

Le conseiller municipal et candidat EELV à la mairie de Bordeaux attaque notamment la majorité sur la lutte contre la pollution de l’air, « un de [ses] échecs les plus manifestes ». Il évoque l’augmentation des taux de NO² (dioxyde d’azote, gaz émis principalement par les véhicules, notamment diesel) et de PM10 (particules fines) dans l’atmosphère.

La faute à l’augmentation du trafic routier, et donc selon Pierre Hurmic, aux politiques transport menées par la même majorité à la métropole. Conséquence, poursuit-il : des taux de pollution au dessus des normes dans plusieurs crèches et établissements scolaires de la ville, notamment Anne Sylvestre, près du pont d’Aquitaine, ou l’Assomption Sainte Clotilde, sur les boulevards.

Peur sur la ville

Anne Walryck, adjointe en charge du développement durable, lui répond qu’il a « profondément chagriné » les parents de l’école Anne Sylvestre « en leur faisant peur » et « en instrumentalisant » ce problème – pourtant révélé par Sud Ouest. La majorité estime en outre que les pics de pollution ne peuvent être seulement imputables à la ville et à la métropole.

L’autre élue écolo au conseil municipal, Delphine Jamet, embraye sur une autre source possible de pollution, en critiquant le choix de la Ville d’être un des 11 territoires nationaux d’expérimentation de la 5G en France. C’est Bouygues Télécom qui déploie ce réseau mobile à Bordeaux. 

« Cette technologie suppose que de nouvelles antennes se rajoutent à celles de la 4G, précise Delphine Jamet. Or 170 scientifiques demandent un moratoire (jusqu’à ce que les dangers potentiels pour la santé humaine et l’environnement aient été évalués par des scientifiques indépendants de l’industrie, NDLR). Et la ville de Bruxelles s’est retirée de cette expérimentation, estimant que ses citoyens ne doivent pas être des cobayes. La 5G pose un problème de santé environnementale lié au rayonnement électromagnétique, mais aussi d’exploitation des terres rares pour l’industrie dans des pays faisant peu de cas des droits de l’Homme. Nous devons débattre démocratiquement » de cette technologie.

Point 5G(odwin)

Nicolas Florian s’agace :

« La grande différence entre nous, c’est que vous avez une vision et un projet punitifs et privatifs, nous avons une vision pragmatique et évolutive. Avant de tirer des conclusion sur la 5G, on doit avoir des éléments objectif,  quoi de mieux que de mener une expérimentation pour cela. (…) On ne peut pas regretter la fracture numérique [et ne rien faire], je ne serai jamais le maire de la régression sociale. Mais je ne prendrai aucune initiative avant d’en avoir débattu avec l’avis d’experts. »

Autre preuve de son rejet de « l’écologie punitive », le niet catégorique du maire au péage urbain, le stationnement résidentiel payant étant pour lui une forme efficace de péage. La pique touche Hurmic :

« C’est vous l’écologie punitive ! Si on ne prend pas des décisions aujourd’hui contre les émissions de gaz à effet de serre (responsables du réchauffement planétaire, NDLR), ce seront les dirigeants de demain qui devront prendre des décisions punitives, draconiennes, impopulaires pour rattraper votre retard. »

Les écologistes pointent en effet la dégradation du bilan carbone de Bordeaux Métropole : entre 2007 et 2016, les émissions ont augmenté de 4% à cause de « la démographie, de la nature des produits achetés et de la mobilité motorisée ».

« Vous nous enfumez »

Celui de la commune n’a pas été réalisé, déplorent les Verts. « Vous essayez de nous enfumer », lâche même Pierre Hurmic, reprochant à la mairie de présenter un chiffre plus favorable, celui de la baisse à Bordeaux de 7,5% des émissions de gaz à effet de serre, mais uniquement liées aux consommations d’énergie, excluant ainsi les émissions liées à la consommation de biens et de services. 

« Votre bilan concerne des émissions liées à un peu moins de la moitié des gaz à effet de serre, il est tout à fait partiel donc partial. »

Pierre Hurmic salue les efforts de la municipalité, notamment en termes d’énergies renouvelables (réseau de chaleur sur la rive droite, centrale photovoltaïque à Labarde en 2020, expérimentation d’hydroliennes…). Mais rappelle que l’objectif pour contenir le réchauffement global à +2°C par rapport à l’ère préindustrielle impose à la métropole de réduire de 40% ses émissions en 2030.

« Cela veut dire qu’il faut quadrupler nos efforts si nous voulons être à la hauteur des enjeux qui nous attendent. »

« Propos d’estrade »

Le maire reproche à l’avocat son « côté procureur arrogant et obséquieux », et « ses propos d’estrade ». « Il y a ceux qui parlent et ceux qui pratiquent », lâche-t-il, reprochant à l’opposition de ne pas avoir fait de propositions constructives pendant le mandat.

Scandalisés, les Verts crient depuis le fond de la salle.

« Qui est monté au créneau pour dénoncer le projet immobilier de la Jallère (finalement enterré par Nicolas Florian, NDLR) ? interpelle Pierre Hurmic. Reconnaissez-nous notre opiniâtreté comme l’avait fait Alain Juppé sur des sujets tels que les budgets participatifs, la pollution des paquebots, les perturbateurs endocriniens, etc. »

Plus tard, plus posément, Delphine Jamet ajoute :

« Vous avez pris en considération certaines choses. Ce que je regrette aujourd’hui, c’est qu’on aille pas assez vite et assez loin pour que nous n’ayons pas à décroître, à un moment, de manière drastique. (…) Qu’on me dise qu’on va continuer sur un système de croissance, ce n’est pas possible, l’utopie est de votre côté. Moi non plus je ne veux pas de régressions sociales. Mais je ne vois pas où on va, à part dans le mur. »

« Je sais où », assure Nicolas Florian :

« Nous voulons démontrer que la sobriété est une source d’économies, donc de pouvoir d’achat, cela fait partie des facteurs pédagogiques. Bien évidemment c’est ce qu’on essaye de faire et que l’on fait. »

Le débat devrait durablement se poursuivre. Au moins jusqu’en mars.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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