Le bar des sports virtuels arrive à Bordeaux
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Le bar des sports virtuels arrive à Bordeaux

actualisé le 30/09/2014 à 14h46

Gamer

L’e-sport explose grâce à l’augmentation du débit internet (Drabik/Flickr/CC)

Le premier bar bordelais dédié aux jeux vidéo et à l’e-sport doit ouvrir début novembre. Le dernier né de la franchise Meltdown est un lieu où l’on vient pour jouer mais surtout pour regarder des rencontres virtuelles. Découverte.

Une bière, des potes et un match. La recette a fait ses preuves. Mais au Meltdown Bordeaux il ne sera pas question de foot ou de rugby. L’établissement proposera un concept inédit en ville : les retransmissions de compétitions d’e-sport. Des championnats de jeu vidéo où les meilleurs joueurs du monde s’affrontent.

Des tournois seront aussi organisés sur place et les clients pourront accéder librement à des ordinateurs et aux dernières consoles de jeu. Pas de forfait à l’heure comme dans un cybercafé. Pas de pièce à mettre dans la machine comme dans une salle d’arcade. Le tout dans un décor métallique tendance post-apocalyptique.

Le concept de Meltdown Bar né à Paris en 2012 de l’imagination de Sophia Metz, Manolack Sana Nikone et Yann-Cédric Mainguy. Ils souhaitent proposer un lieu de rencontre pour les joueurs et créent le premier bar e-sport d’Europe.Le succès est immédiat. À tel point que le premier bar de 45m² est rapidement abandonné pour un local cinq fois plus grand.

Ceux qui tiennent les joysticks

Face à la demande, une franchise est créée en 2013. Depuis, des franchisés triés sur leur motivation et la solidité de leur projet par le trio fondateur dispersent la marque en France et en Europe. Lille, Montpellier, Liège, Berlin, Londres et d’autres ont précédé Bordeaux. Chaque nouvelle inauguration déplace un bon millier de personnes.

Vrai paradis pour les gamers, la franchise représente surtout une étape vers un nouveau statut pour le jeu vidéo. Celui d’un média plus ouvert et accessible. En Gironde, la franchise est portée par cinq associés à mille lieues du cliché du geek boutonneux et asocial.

La bande de trentenaires compte dans ses rangs un ingénieur informatique, deux anciens développeurs de jeu vidéo et un professionnel de la restauration. La plupart ont déjà des expériences dans la création d’entreprise.

« Les Meltdown sont la suite logique de l’institutionnalisation des sports électroniques. Il y a aujourd’hui autant de joueurs que de joueuses. Ce n’est plus une pratique marginale. C’est un pan de la pop-culture », estime Laurent Andriamifidy, l’initiateur du projet bordelais.

Un sport comme un autre ?

L’e-sport existe depuis le début des années 2000 mais se développe en parallèle de l’explosion du débit internet. L’arrivée récente de la fibre optique l’a transformé en spectacle.

Des plates-formes de diffusion en ligne, comme Twich, sont au jeu vidéo ce que la télé est au foot. Elles retransmettent en direct les tournois devant des milliers d’internautes. Le joueur est aussi devenu un spectateur.

Les grandes marques de matériel informatique ont senti le filon. Elles arrosent les compétitions à coup de millions contre un peu de publicité.

Les tournois se jouent maintenant dans des stades. Les meilleurs joueurs se sont professionnalisés et leur salaire mensuel se compte parfois en dizaine de milliers d’euros. Des commentateurs décryptent l’action lors des diffusions.

« En parallèle les éditeurs ont intégré à leur jeu des outils pour faciliter la diffusion. Beaucoup de jeux en ligne intègrent maintenant des statistiques en temps réel sur l’avancement de la partie par exemple », explique Laurent Andriamifidy.

Si l’e-sport n’est pas (encore) reconnu par le Comité international olympique (CIO) comme un sport, il reprend en tout cas nombre des codes d’une discipline classique. Et comme dans tous les sports, on peut préférer regarder :

« Je préfère assister à une partie de Starcraft (ndrl : un jeu de stratégie) plutôt que d’y jouer. Les meilleurs joueurs réalisent jusqu’à 300 actions par minute, c’est très impressionnant. On peut aimer jouer au jeu pour se détendre et apprécier aussi le show des professionnels. C’est un peu comme la différence entre une partie de foot entre potes et un match de ligue des champions le soir à la télévision », s’amuse Gwenaël Massé, l’un des associés.

Jouer seul est une pratique presque révolue (Drabik/Flickr/CC)

Jouer seul est une pratique presque révolue (Drabik/Flickr/CC)

Faire émerger une communauté de joueurs bordelais

Les Meltdown sont actuellement les seuls, en dehors d’internet, à capter ce public sorti des écrans. La force de la franchise est de proposer un lieu de rendez-vous et de rencontre à des joueurs souvent cantonnés à des relations virtuelles pour jouer ensemble ou construire une équipe.

« Le défi est d’offrir aux joueurs un lieu qui leur ressemble. Si nous faisons émerger une communauté de joueurs Bordelais autour du bar nous aurons gagné notre pari », explique Laurent Andiramifidy.

Le bar n’ouvrira pas avant un mois et sa localisation est pour l’instant tenue secrète mais il fédère déjà des centaines de personnes sur les réseaux sociaux. 1400 personnes suivent l’avancée des travaux sur la page facebook du bar là où les établissements bordelais les plus fréquentés peinent à en aligner plus de 500.

L’aisance des joueurs sur internet n’y est bien sûr pas étrangère. Mais l’équipe du Meltdown Bordeaux reprend aussi des codes de l’industrie du jeu vidéo dans sa politique de communication.

« Avoir une communauté qui se forme bien avant l’ouverture nous permet de procéder à des ajustements. Nous demandons aux gens les jeux qu’ils veulent voir, ce qu’ils veulent pouvoir faire dans le bar. La liste des jeux pratiqués ou retransmis va évoluer sans cesse », explique Gwenaël Massé.

La pratique n’est pas sans rappeler celle de l’accès anticipée, mise en place par les éditeurs de jeux. De plus en plus répandue, elle consiste à acheter un jeu en cours de finition pour soutenir financièrement ses développeurs et leur offrir les retours nécessaires à son amélioration.

Gwenaël Massé et Laurent Andriamifidy (Rue89Bordeaux/Yoann Boffo)

Gwenaël Massé et Laurent Andriamifidy (Rue89Bordeaux/Yoann Boffo)

Être un bar comme un autre

Faire venir les joueurs ne devrait pas poser de problème mais séduire un autre public pourrait s’avérer plus délicat. Le jeu vidéo souffre encore parfois des clichés.

« Le Meltdown doit aussi être un bar où n’importe quel badaud peut entrer et prendre un verre qu’il aime ou non les jeux vidéo. Le but est aussi de susciter la curiosité et d’initier un public nouveau », explique Gwenaël Massé.

L’établissement se veut aussi comme un lieu de découverte. Des conférences seront parfois organisées avec des professionnels du jeu vidéo venus faire découvrir leur métier et des jeux de course ou de karaoké plus accessibles seront aussi proposés.

Les parties seront commentées et vulgarisées. Mais le staff mise surtout sur les échanges entre les clients.

« Le but est aussi que des joueurs chevronnés initient des débutants ou leurs proches. Aller au bar ensemble est un excellent prétexte. Tout le monde n’est pas forcément branché jeu vidéo mais personne ne rechigne à boire un verre avec ses amis »

Du pain et des jeux

Le bar devrait accueillir tous les jeux les plus pratiqués en e-sport. Starcraft 2, Dota, League of Legend, Counter Strike, Street Fighter ou Hearthstone.  Des soirées découvertes seront aussi régulièrement proposées. L’occasion de découvrir des jeux moins connus ou suggérés par la communauté. À terme, le bar pourrait aussi proposer une collection d’anciennes consoles pour les adeptes de rétrogaming. Et pour accompagner tout ça, des cocktails d’inspiration vidéoludique.

L'AUTEUR
Yoann Boffo
Yoann Boffo
Journaliste indépendant.

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