Les Bordelais te saluent, Charlie
Société 

Les Bordelais te saluent, Charlie

actualisé le 08/01/2015 à 07h48

Pendant la minute de silence sur le Parvis des Droits de l'Homme (SB/Rue89 Bordeaux)

Pendant la minute de silence sur le Parvis des Droits de l’Homme (SB/Rue89 Bordeaux)

Pour rendre hommage aux victimes de l’attentat contre le journal Charlie Hebdo, près de 4000 personnes se sont rassemblées mercredi sur le Parvis des Droits de l’Homme à Bordeaux, avec beaucoup d’émotion.

« Quand on assassine des journalistes, on assassine la liberté d’expression, on assassine la démocratie », lance Pierre Sauvey, président du Club de la Presse de Bordeaux.

Il est un peu plus de 17 h ce mercredi et, du haut des marches de l’Ecole Nationale de la Magistrature, plusieurs milliers de personnes ont répondu présent à l’appel lancé en début d’après-midi par le Club de la Presse et relayé par les réseaux sociaux et la mairie de Bordeaux.

De nombreux responsables politiques, maires et adjoints de la Métropole, le président de la région Aquitaine Alain Rousset, et beaucoup d’anonymes de tous âges sont là, sur le Parvis des Droits de l’Homme.

« Nous nous attendions à un petit rassemblement de journalistes, de confrères, et nous voyons que ce sont les citoyens qui sont là pour dire leur refus de cette violence, de cette haine », poursuit Pierre Sauvey.

Après l’attaque de la rédaction parisienne de Charlie Hebdo qui a fait 12 morts, dont quelques-uns des plus brillants dessinateurs et caricaturistes français – Cabu, Charb, Tignous, Wolinski –, les manifestants veulent ainsi partager leur tristesse et leur colère.

« Amputé d’une partie de mes tripes »

Une minute de silence est respectée, suivie de longs applaudissements. Quelques affichettes ou banderoles sont brandies, surtout le fameux « Je suis Charlie » sur fond noir. Sophie Debusscher, 38 ans, tend fièrement le dernier numéro du journal satirique :

« Je suis sidérée, témoigne cette fonctionnaire au ministère de la Justice. Je crois que je n’avais pas pleuré comme ça depuis la mort de Mitterrand. Apprendre que Wolinski ou Charb ne sont plus là pour défendre nos droits, notre liberté d’expression… En France, on dirait qu’on ne peut plus s’exprimer. Mais on va se battre. »

Ici où là, des gens pleurent, se tombent dans les bras. La peine se lit sur de nombreux visage, comme celui de Bastien Bismuth :

« J’ai 57 ans, et je lis Charlie depuis que j’en ai 12, je me sens amputé d’une partie de mes tripes. J’aime l’insolence et l’intelligence de ses auteurs, comme Bernard Maris, et j’adhère à 150% à leurs idées, en particulier la dénonciation de la religion en tant que politique de contrainte et de régression. On ne sait pas qui a tué, mais c’est un acte politique, pas religieux. Moi, je suis délégué syndical CGT à la Maison de la promotion sociale à Artigues, je suis venu avec mon drapeau, mais j’ai préféré ne pas le déployer. »

« C’est le rire qu’on a voulu tuer »

L'hommage d'un dessinateur aux maîtres assassinés (SB/Rue89 Bordeaux)

L’hommage d’un dessinateur aux maîtres assassinés (SB/Rue89 Bordeaux)

Franck Bergez, enseignant en arts appliqués, tient lui un dessin de sa création (voir ci-contre) rendant un hommage à ceux qui lui ont donné la flamme, et sont partis :

« J’ai passé ma jeunesse à lire Reiser, Cabu, Wolinski, tous les auteurs du Charlie Hebdo de la grande époque. J’ai commencé la BD grâce à eux. Aujourd’hui, je suis entre colère et désespoir. On ne s’attendait pas à voir débarquer chez nous cette horreur qu’on voyait jusqu’ici au Pakistan ou en Syrie. »

Un dessin de Charb, où le dessinateur se représente embrassant un mollah, et intitulé « l’amour est plus fort que la haine », est projeté sur le mur du tribunal. Les applaudissements fusent, et redoublent quand la photo du directeur de la rédaction de Charlie apparaît. Musicienne de 45 ans, Perrine se dit « contente de voir tout ce monde réuni » :

« En attaquant un journal qui pousse à prendre une certaine distance grâce à la dérision et au sarcasme, c’est le rire qu’on a voulu tuer. Les assassins veulent renforcer la haine et la peur vis-à-vis de l’autre. J’espère bien que c’est le contraire qui va se passer, que les gens ne vont pas faire l’amalgame. Le risque est là. Tout à l’heure, j’ai vu une femme entièrement voilée entrer dans le tramway, et j’ai eu peur pour elle. « 

Une image de Charb, le patron de la rédaction de Charlie Hebdo, projetée pendant l'hommage (SB/Rue89 Bordeaux)

Une image de Charb, le patron de la rédaction de Charlie Hebdo, projetée pendant l’hommage (SB/Rue89 Bordeaux)

« Ils continueront de vivre en nous »

Un danger mis en relief mercredi par les responsables politiques de tous bords, et par l’écrivain Karfa Diallo, président de la Fondation du Mémorial de la traite des noirs :

« Cet acte d’une lâcheté innommable se comprend dans le climat de haine exacerbée par la crise économique et l’intolérance religieuse. Il est important d’éviter tout amalgame et je suis ulcéré qu’on lie le nom de mon Dieu à cet assassinat. Je suis musulman, et je n’ai aucun problème à ce qu’on critique ma religion ou mon prophète. Si je peux faire des visites du Bordeaux négrier, c’est parce que je suis protégé par ce même droit à la liberté d’expression. Et quand on voit ce monde ce soir, on sait que ses adversaires ne triompheront pas. Charb et Cabu partis, ils continueront de vivre en nous ».

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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