Faire du sport pour défaire le cancer
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Faire du sport pour défaire le cancer

"Les Elles du Lac", devant le Dragon Boat, participeront à la Vogalonga 2015 de Venise (DR)

« Les Elles du Lac », devant leur Dragon-boat, participeront à la Vogalonga 2015 de Venise (DR)

De plus en plus, le sport se met au service de la lutte contre le cancer, soit dans l’accompagnement des malades pendant leur traitement, soit dans la sensibilisation du grand public. A l’occasion de la semaine nationale de la lutte contre le cancer qui démarre ce lundi, Rue89 Bordeaux a rencontré des personnes et des professionnels qui développent ces initiatives.

« Les Elles du Lac » sont prêtes à relever le défi. Ces Dragon Ladies de Bordeaux se préparent pour la 40e édition de la Vogalonga ; une randonnée mythique en bateaux qui aura lieu le 24 mai à Venise. Certes, les embarcations ne sont pas engagées dans une régate – le seul objectif étant d’effectuer le parcours de 30 km dans un temps raisonnable, sans esprit de compétition –, mais le challenge est de taille pour ces femmes « qui reviennent de loin ».

« C’est une aventure humaine pour elles, arrivées ici après une expérience difficile, souligne Corinne Levraud, présidente de la section kayak du Club Nautique de Bordeaux-Lac. Le groupe forme aujourd’hui un équipage dans une ambiance conviviale et solidaire, et un esprit d’équipe qui rompt l’isolement. »

Sur les 22 personnes qui rament à bord de ce Dragon-boat de couleur rose, 18 femmes ont eu le cancer du sein et certaines sont toujours sous traitement. Lors de leur escapade vénitienne, elles seront accompagnées de 4 personnes pour l’encadrement médical et sportif.

Ramer pour retrouver une vie sociale

Depuis deux ans, l’Institut Bergonié a adopté cette philosophie née au Canada sous l’impulsion d’un certain Ronald McKenzie. Allant à contre courant de tout l’univers médical, ce médecin affirmait alors que la reprise progressive d’un sport adapté suite aux traitements d’un cancer du sein était bénéfique et pouvait favoriser la stimulation de la circulation lymphatique éprouvée par les traitements. Alors qu’il était plutôt recommandé aux femmes ayant eu ce traitement de limiter au maximum les activités sollicitant les bras en prévention du lymphœdème.

« L’idée a ensuite été reprise à Reims puis ailleurs en France, notamment à Bordeaux, précise Jean-Didier Bannel, kinésithérapeute et responsable du programme d’activité physique adaptée (APA) à Bergonié. Ramer permet de tirer les cicatrices en faisant travailler les pectoraux. Cette activité favorise aussi l’étirement, la souplesse et l’endurance, ce qui élimine la fatigue pendant le traitement et le post-traitement. »

En partenariat avec le Club et l’Institut, l’association 3V (Vivre Vaincre Vouloir) a acheté le Dragon-boat ; une embarcation connue depuis la Grèce antique et les tout premiers jeux olympiques. Celle-ci a connu depuis des remaniements pour devenir une discipline moderne.

« Le Dragon-boat entre dans la catégorie des sports totalement adaptés, car le mouvement à faire s’effectue du haut vers le bas avec une stimulation importante des muscles dorsaux, explique Jean-Didier Bannel. Les séances sont bien sûr encadrées par un entraineur sportif et un kinésithérapeute. »

A la recherche d’une fatigue saine

L’encadrement médical est impératif pour surveiller l’évolution de la maladie durant la pratique sportive. A l’Institut Bergonié, les patients sont tenus de remplir des formulaires qui renseignent sur leurs performances, et qui contribuent également aux recherches entamées depuis trois ans. Une équipe est spécialement formée depuis la mise en place du programme APA et les moniteurs ont reçu une licence de Sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS).

C’est le cas des moniteurs qui animent une autre activité sportive initiée par Bergonié à Talence, la marche nordique :

« Nous avons mis en place une section dédiée Athlé-Santé-Loisir depuis 2011, déclare Claude Delage, président de l’US Talence athlétisme. Par la suite, j’ai contacté la caisse d’assurance maladie pour développer un programme et j’ai rencontré ainsi les services de Bergonié. En 2013, le projet s’est concrétisé grâce au financement du Fond social européen. »

Avec l’aide de sponsors, l’Institut Bergonié offre un an de marche nordique à ses patients en raison de deux séances par semaine, parallèlement à leur traitement :

« Il y a bien sûr la fatigue due au traitement. Cependant, avec la marche nordique, on recherche une fatigue saine, celle qui offre un meilleur sommeil, précise Jean-Didier Bannel. On travaille sur l’équivalent métabolique, qui est une méthode permettant de mesurer l’intensité d’une activité physique et la dépense énergétique. On cherche à améliorer l’effort grâce aux 4 appuis de la marche nordique qui génèrent une économie d’énergie. »

« On travaille au-delà du sport »

Dans le programme APA, il y a évidemment l’intérêt de faire du sport mais surtout le constat positif des bienfaits sociaux et le plaisir de retrouver une confiance en soi.

« On travaille au-delà du sport : il y a un aspect psychologique important, souligne Jean-Didier Bannel. Le sport va donner au patient une obligation de sortie parce qu’il y a d’autres personnes qui l’attendent. Sous traitement, il a tendance à se dire : je suis fatigué, je reste chez moi. Ces activités créent un émulation psychologique entre les personnes qui finissent par penser à autre chose qu’à leur cancer. Elles se rendent compte alors qu’elle peuvent vivre avec une perruque ou avec une prothèse et donc continuer à vivre, à sortir et faire des courses… Elles retrouvent ainsi une vie sociale. »

Si ces expériences valident le lien entre la pratique du sport et l’acceptation de la maladie, il est cependant difficile pour le kinésithérapeute de confirmer une action sur la guérison :

« Une cellule tumorale quelconque verra son développement ralenti grâce à la pratique du sport, mais le sport n’intervient pas pour empêcher le processus d’inflammation, cela dépend de la pathologie. Dans le cancer du sein il y a des mutations génétiques et le sport ne peut pas empêcher ces mutations. On ne peut donc pas affirmer qu’il y a une contribution à la guérison. »

Les membres de Bordeaux Charity Running courent pour sensibiliser le public à la lutte contre le cancer (DR)

Les membres de Bordeaux Charity Running courent pour sensibiliser le public à la lutte contre le cancer (DR)

Quand les maths s’en mêlent

C’est une étude bordelaise entamée depuis 6 ans. François Cornelis fournit des imageries médicales qui permettent à Thierry Colin de les transformer en équations afin d’établir un tableau prévisionnel de l’évolution d’une tumeur.

Ces recherches sont pratiquées en collaboration avec le service de radiologie de l’institut Bergonié. Elles se basent sur le calcul scientifique d’une interface s’appuyant sur le traitement de l’image, l’analyse numérique et la modélisation mécanique. Le but est de développer un outil informatique pour les équipes médicales qui les aidera à optimiser les traitements et à mieux les cibler.

Par ailleurs, François Cornelis a obtenu une aide de la Ligue contre le cancer qui sera remise prochainement par Alain Juppé pour développer ses recherches sur la cryo-immothérapie des tumeurs rénales métastatiques.

Le sport pour prévenir ?

D’une manière générale, les études s’accordent sur l’aspect préventif du sport dans le fonctionnement corporel, il augmente et améliore les échanges cardio-pulmonaires et favorise le développement enzymateux qui va permettre l’absorption du glucose, un sucre dont raffolent les cellules cancéreuses.

 « On ne peut pas soutenir que le sport est préventif. On ne peut pas dire : faites du sport et vous n’aurez aucune maladie !, insiste Jean-Didier Bannel. Le sport est bon pour un équilibre mental, un anti-stress. Il permet de se dépenser physiquement et d’avoir moins de risques d’infections… »

Si le sport ne prévient pas les maladies comme le cancer, il y a des nuances à apporter pour le docteur François Cornelis, radiologue interventionnel à Pellegrin spécialiste dans l’oncologie. Il participe avec Thierry Colin, professeur à l’institut Polytechnique de Bordeaux, à une étude menée par l’Inria sur les tumeurs cancéreuses à Bergonié (voir encadré) :

« J’ai participé à New York à des recherches menées par un physiothérapeute américain sur des souris atteintes d’un cancer. D’un côté, certaines avaient une roue pour courir, de l’autre non. Les souris qui ont eu une activité physique intense avait une survie plus longue et un développement des métastases plus faible. Chez l’homme, malgré les nombreux paramètres qui interfèrent, on peut supposer le même constat. Beaucoup d’études récentes sont publiés, qu’on peut consulter sur un site spécialisé, Pub-Med. Elles démontrent que le sport offre une résistance lors d’un stress comme celui d’un cancer. »

François Cornelis a travaillé dans le prestigieux centre de traitement et de recherche à New York Cancer Hospital, le Memorial Sloan-Kettering Cancer Center (MSKCC). Dans cette ville qui a vu naître le running, il a découvert une équipe de coureurs qui participaient au Marathon de New York dans le but de collecter des fonds pour ce même hôpital.

« C’est un élan de solidarité formidable. Le running est un vecteur de communication qui défend une cause et ne se contente pas d’un simple objectif sportif. Il offre un passage d’un sport individuel à un sport solidaire. »

De retour en France, François Cornelis a fondé le Bordeaux Charity Running afin de collecter des fonds pour la ligue contre le cancer. Cette association regroupe 12 membres/coureurs et présentera son groupe ce dimanche 22 mars au Miroir d’eau à 10h ; l’occasion de découvrir de nouvelles volontés où le sport cherche à défaire le cancer.

Aller pour loin

 

L'AUTEUR
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication

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