Bernard Coadou, le médecin qui ne veut pas de l’Ordre
Société 

Bernard Coadou, le médecin qui ne veut pas de l’Ordre

Bernard Coadou, un médecin à la retraite qui défie le Conseil de l'Ordre (WS/Rue89 Bordeaux)

Bernard Coadou, un médecin à la retraite qui défie le Conseil de l’Ordre (WS/Rue89 Bordeaux)

Bernard Coadou est assigné au tribunal par l’Ordre des médecins pour refus de paiement des cotisations obligatoires. Ce généraliste à la retraite estime que l’institution ne représente pas tous les médecins, ni la médecine en France, et demande à son président un débat public.

« Quelle légitimité a cet organisme pour pouvoir décider si je peux garder mon statut de médecin ou pas », s’insurge Bernard Coadou. Ce médecin bordelais veut interpeller les politiques sur le « comportement douteux » de l’Ordre des médecins. En décidant une nouvelle fois de ne plus payer ses cotisations obligatoires, et ayant été invité à accepter sa radiation, ce généraliste à la retraite veut attirer l’attention sur une institution qui « ne représente pas tous les médecins, ni la médecine en France ».

Après la réunion de son comité de soutien porté par l’association « La Santé est un droit pour tous » et qui a déjà récolté 600 adhésions de professionnels, une lettre publique a été envoyée au président de l’Ordre national sollicitant un débat public autour de thématiques bien précises.

Le bilan des 75 ans de l’Ordre

La date demandée pour ce débat n’est pas anodine. Le 7 octobre, l’Ordre national des médecins en France fête ses 75 ans d’existence.

« C’est l’occasion de revenir sur son bilan, précise Bernard Coadou. Il n’a jamais cessé de prendre parti dans le débat social, de nous présenter ses opinions comme étant celles de l’ensemble du corps médical, alors que beaucoup de ces décisions vont à l’encontre des valeurs de la médecine… »

Les thématiques précises que veut mettre sur la table du débat le médecin bordelais sont nombreuses et certaines remontent à la création de l’Ordre sous le régime de Vichy.

Selon Bernard Coadou, l’ordre « n’a pas hésité dès sa création à appliquer dans le monde médical les lois anti-juives du gouvernement pétainiste », prenant pour preuve la liste envoyée par l’Ordre départemental au Préfet régional en avril 1942 qui demandait la libre circulation des médecins cités. Sabatino Schinazi, médecin juif installé rue Achard, n’était pas sur la liste. Il fut arrêté en juin 1942 et emprisonné à Mérignac pendant 17 mois avant d’intégrer le convoi n° 64 du 25 novembre 1943 pour Drancy, puis Auschwitz le 7 décembre 1943. Le docteur Schinazi est mort à Dachau le 25 février 1945.

Bernard Coadou cite également l’affaire du docteur Charles Nancel-Penard, arrêté le 22 novembre 1940 pour ses idées politiques. Des médecins avaient alors signé une pétition pour sa libération à l’attention du préfet qui la fit aussitôt parvenir au président de l’Ordre. Ce dernier a adressé un blâme à chacun des signataires et a renvoyé au préfet la pétition avec la mention : « individu dangereux ». Le docteur Nancel-Penard est fusillé le 24 octobre 1941 à 35 ans.

Un Ordre contre ses adhérents ?

Mais la liste des questions prévues pour le débat est longue. Bernard Coadou voudrait également des explications sur les positions prises par l’Ordre afin d’empêcher « la suite à la nécessaire évolution des pratiques médicales » :

« L’Ordre s’est opposé au développement de la médecine de groupe et au conventionnement des médecins. Il n’a pas encouragé la libéralisation de la contraception et de l’avortement en nous accusant de devenir des “médecins avorteurs”. Il a pris nationalement et localement des positions contre le projet de tiers payant alors que 25% de la population repousse ou renonce aux soins pour des problèmes d’argent. »

Par ailleurs, Bernard Coadou accuse l’Ordre national des médecins de ne pas avoir œuvré pour les intérêts de ses adhérents dans l’affaire qui a opposé trois médecins du travail à des entreprises. Celles-ci avaient adressé des plaintes auprès de l’institution pour faire invalider des certificats médicaux établis au sujet de la santé psychique de salariés et la pénibilité du travail :

« Ces médecins ont été condamné par l’Ordre. C’est donc reconnaître qu’ils ne sont pas compétents, s’indigne Bernard Coadou, qu’ils ont violé la déontologie médicale en distribuant des certificats médicaux sans aucun lien entre l’état de santé du patient et son travail. Ils ont été condamnés sans aucune concertation confraternelle. »

A la retraite mais toujours médecin

Cette absence de concertation est aussi regrettée par le médecin bordelais dans le conflit qui l’oppose au conseil de l’Ordre sur son refus de paiement des cotisations :

« On ne m’a jamais proposé d’entrevue de conciliation. Je ne suis pas le seul à refuser le paiement de ses cotisations mais à croire qu’il y a une sélectivité des poursuites puisque les autres sont laissés tranquilles. »

A 64 ans, et à la retraite depuis mars 2011, Bernard Coadou a reçu un courrier recommandé qui lui propose d’accepter sa radiation et clore l’affaire. Il refuse dans le but de rester responsable médical bénévole dans une association caritative œuvrant au Sénégal.

En 1988, ce bordelais avait déjà, avec 47 de ses confrères, refusé de payer les cotisations obligatoires après l’abandon par la gauche, arrivée au pouvoir, de la suppression de l’Ordre initialement prévue dans son programme politique. Lors de cette première affaire que la justice a arbitrée, Bernard Coadou et son collectif ont du se déclarer vaincus.

« J’ai toujours été réticent à leur donner de l’argent et à contribuer ainsi à financer une propagande contraire à mes idées et à celles d’un certain nombre de mes confrères. Cette affaire prend une dimension nationale. Alors si j’arrive à transmettre mes principes aux jeunes médecins, j’aurais fait mon boulot. »

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication

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