« Braquage » de chaises à la Société Générale Bordeaux
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« Braquage » de chaises à la Société Générale Bordeaux

actualisé le 06/11/2015 à 11h34

Kidnapping de chaises réussi ce jeudi à Bordeaux (SB/Rue89 Bordeaux)

Kidnapping de chaises réussi ce jeudi à Bordeaux (SB/Rue89 Bordeaux)

[Réactualisé à 18h30] Des militants écologistes ont pacifiquement réquisitionné 5 chaises à une agence de la Société Générale, ce jeudi à Bordeaux. Une action symbolique avant la COP 21 pour demander de taxer les banques pratiquant l’évasion fiscale, afin de financer la lutte contre le changement climatique. Arrêtée à son domicile, une militante a passé l’après-midi en garde à vue, avant d’être relâchée.

L’action a duré quelques secondes, sans coup férir. A 10h ce jeudi matin, quinze militants d’Action Non Violente et des Amis de la Terre Gironde entrent à visage découvert (et sans arme…) dans l’agence de la Société Générale rue Edmond Michelet, à Bordeaux. Il n’y a pas de client, juste quelques salariés interloqués ou rigolards lorsque les braqueurs leur expliquent l’objectif de leur visite. Ils embarquent 5 chaises de la salle d’attente, sortent pour prendre la pose sur la place, et mettent les chaises dans une camionnette.

Un responsable de l’agence proteste – « Vous n’avez pas le droit » –, tente de photographier les militants et d’obtenir leurs coordonnées, et de retirer les chaises du véhicule. Un homme affirmant être l’avocat de la Société Générale, passé là par hasard, lui garantit que les « voleurs » seront traînés en correctionnelle. « C’est une action non violente, symbolique et démocratique » lui explique un des braqueurs. « La citoyenneté, c’est le vote », rétorque l’avocat. Le camion part en laissant une chaise dans la rue, récupérée peu après par un militant.

La Société Générale, 787 filiales dans les paradis fiscaux

Pourquoi la Société Générale ? Parce que cette agence bordelaise n’avait pas de sas d’entrée et assez de chaises accessibles. Mais surtout parce que, selon le Tax Justice Network, la banque française a « multiplié par 3 le nombre de ses filiales situées dans des paradis fiscaux », détenant désormais 787 filiales « offshore », expliquent les Amis de la Terre dans un communiqué envoyé après la « réquisition ».

Pour l’ONG, c’est donc là que les 196 Etats membres des Nations Unies doivent chercher les 100 milliards d’euros nécessaires pour alimenter le Fonds vert pour le climat d’ici 2020. Mais aussi chez HSBC, BNP-Paribas, et toutes les banques pratiquant soit l’évasion fiscale (estimée à 1000 milliards d’euros pour les seuls pays de l’Union européenne), soit les investissements « climaticides » – la « Soc Gen » finance par exemple des projets de méga-centrales à charbon en Afrique du Sud .

Objectif 196 chaises pour la COP21

Ces établissements sont les cibles du mouvement des chaises, initié à Bayonne par Bizi ! (Vivre), l’association basque également à l’origine d’Alternatiba,et relayé par Action Non Violente, Attac, les Amis de la Terre… 20 actions de réquisition ont déjà eu lieu, pour 109 chaises fauchées après l’intervention à Bordeaux.

Objectif : réunir pour la COP21 (la conférence internationale sur le changement climatique à Paris), 196 chaises, soit autant que d’Etat parties prenantes des négociations.

« On dit aux banques : tant que vous ne rendrez pas l’argent, on ne rendra pas les chaises, indique Coline Rouvreau, porte-parole de l’action bordelaise. La réquisition et la circulation solidaire de chaises peuvent devenir un mouvement populaire de grande ampleur. Face à la gravité de l’urgence climatique et à l’inaction des gouvernements, nous démontrons que les citoyen.ne.s sont prêt.e.s à se mobiliser, à s’engager dans la désobéissance civile. »

Une après-midi en garde à vue

Alors qu’HSBC est soupçonné d’avoir blanchi 180 milliards de dollars, ce sont les militants de Bizi ! qui ont été convoqués au commissariat de Bayonne pour « vol en réunion ». Ce jeudi, une des militantes bordelaises a été arrêtée vers 13h à son domicile, placée en garde à vue, et relâchée vers 18h. Propriétaire de la camionnette dans lequel ont été enlevée les chaises, elle a été identifiée par la plaque d’immatriculation.

« C’est la preuve que le mouvement des chaises est lancé et que les pouvoirs publics commencent à réagir, mais d’une façon totalement disproportionnée entre des réquisitions de chaises et les sommes gigantesques placées dans les paradis fiscaux, commente Malika Peyraut, des Amis de la Terre. Cela ne fait que renforcer la détermination des militants à continuer ».

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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