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VIM, le HLM version loft d’Aquitanis
Société 

VIM, le HLM version loft d’Aquitanis

par Simon Barthélémy.
Publié le 29 février 2016.
Imprimé le 27 septembre 2021 à 11:52
8 050 visites. 3 commentaires.
Séquence projection devant la maquette du VIM (SB/Rue89 Bordeaux)

Séquence projection devant la maquette du VIM (SB/Rue89 Bordeaux)

A la Bastide, le bailleur social Aquitanis lance VIM, un projet expérimental de 14 lofts évolutifs : les futurs locataires pourront choisir la configuration d’un espace de 81 m2, en fonction du nombre de pièces dont ils ont besoin.

Fin de la réunion de présentation du projet VIM (pour « vivre à sa mesure ») ce vendredi au 308, la Maison de l’architecture à Bordeaux. Cécile glisse dans une urne sa candidature à l’un des 14 appartements bientôt mis en location à la Bastide par Aquitanis. « Plutôt deux fois qu’une », sourit cette jeune mère, locataire d’un T3 près du jardin botanique, et dans lequel ses deux enfants de 5 et 7 ans, qui partagent une chambre, commencent à être à l’étroit.

« Il y a de la place, avec une terrasse ou un jardin, poursuit Cécile. De plus, tout est ouvert, et la possibilité de vivre ensemble avec d’autres familles, de réfléchir à l’utilisation d’un jardin participatif, ça peut être un moyen de créer du lien social. J’étais d’ailleurs intéressée par des projets d’habitat participatif d’Axanis (filiale d’Aquitanis, NDLR) mais je n’avais pas les capacités pour emprunter. »

Même le prix du VIM – 790 euros, plus 80 euros de charges – n’inquiète pas trop la jeune femme.

« C’est effectivement beaucoup plus conséquent que les 580 euros que je paye actuellement. A voir si avec mes revenus ça passe. Mais je suis en train d’évoluer vers un plein temps. Et ma sœur, qui va bientôt revenir en France, pourrait venir s’installer en colocation. Qui ne tente rien n’a rien ! »

Du logement « évolutif »

Vendredi à la Bastide, sur la centaine de présents à la réunion, plusieurs paraissent en tous cas vivement tentées par l’offre d’Aquitanis. Dans un immeuble sur pilotis (pour cause de risque inondation), dont le chantier a commencé et qui sera livré fin 2016-début 2017, le bailleur propose 14 lofts de 81 m2. Seul l’emplacement de la salle de bain y est fixé à l’avance – le nombre et la taille des pièces sera quant à lui déterminé par le futur locataire avec l’architecte du projet, l’Atelier Provisoire, parmi 270 configurations possibles.

« Nous voulions proposer à nos locataires cette démarche participative, indique Alain Le Gall, directeur de la promotion d l’offre nouvelle d’Aquitanis. Les enfants grandissent ou s’en vont, parfois des personnes âgées reviennent vivre avec leurs enfants, la configuration d’un logement doit pouvoir être réversible ou évolutive. »

Autre atout mis en avant par l’office public de l’habitat de Bordeaux Métropole : ces « espaces à conquérir » supplémentaires que le locataire peut aménager à sa guise. Ainsi, 8 logements (appelés « VIM ciel ») bénéficient d’un espace grenier de 23 m², ouvert sur une pergola et une terrasse de 52 m², qui peut par exemple devenir une chambre supplémentaire. Les 6 autres appartements disposent quant à eux d’une pièce en rez-de-chaussée de 25 m² ouverte sur un jardin collectif, utilisable comme atelier bricolage ou salle de jeu.

Des bobos à la Benauge ?

Au final, Aquitanis affiche donc pour ces logements une surface de 105 m2, censée séduire ces familles des classes moyennes qui ont de plus en plus de difficultés à se loger à Bordeaux. Mais à un prix « assez important pour un bailleur social », reconnait ce dernier, et ne sera donc pas accessible à tous :

« Ce n’est pas le choix d’Aquitanis de proposer des loyers élevés mais du fait des contraintes de mixité sociale nous sommes obligés de réaliser dans ce quartier des logements sociaux des catégories les plus élevées », justifie Alain Le Gall.

Au risque d’attiser les critiques sur la gentrification de ce quartier, l’enjeu est ainsi d’attirer à la Benauge des ménages plus aisés que la moyenne. En rappelant notamment que le logement social n’est pas l’apanage des plus modestes :

« Le circuit d’attribution des logement sociaux est très méconnu, estime Benjamin Lisoir d’Aquitanis. Nous sommes très contraints par certaines règles, notamment sur la composition familiale qui doit correspondre à la taille du logement. Mais beaucoup de gens pensent qu’ils dépassent le plafond de ressources et que le logement social est réservé aux petits revenus, alors que les 3/4 de la population française sont éligibles ! »

Les bénéficiaires de logements sociaux ne sont cependant pas tous prêts à payer un tel loyer, indique Kaligua Gomis, d’Aliance Territoires, société membre d’Action Logement (ex 1% Logement versé par les entreprises pour le financement du logement social) :

« J’avais quatre ménages potentiellement intéressés par VIM et l’un d’eux vient de se désister. Le couple gagne pourtant 3200 euros par mois mais le prix freine même ceux qui ont a priori des ressources suffisantes. Beaucoup de gens partent du principe que s’ils demandent un logement social, le loyer doit être le plus bas possible. »

Augmenter le volume capable

Aquitanis ne devrait toutefois pas manquer de candidats. La phase de commercialisation des logements démarre ce lundi. Trois dossiers par logement seront présentés à la commission d’attribution indépendante, composée notamment de représentants d’associations de locataires, de la mairie et de la CAF. Fin mars, les heureux élus seront orientés vers l’architecte pour travailler sur le plan de leur logement, et rencontrer leurs futures voisins pour débattre du jardin partagé.

Le bailleur compte poursuivre cette démarche participative, entamée notamment avec le projet d’habitat locatif Locus Solus au Grand Parc ou d’accession à la propriété, via sa filiale Axanis, avec la Ruche et les Sécheries, à Bègles.

Quant au concept de « volume capable » illustré par le VIM, il va fleurir dans le futur quartier Brazza, où des dizaines de logements seront livrés bruts de décoffrage, entre 2100 et 2400 euros le m2. Aquitanis et d’autres bailleurs, comme le COL, s’y préparent.

Article actualisé le 29/02/2016 à 20h50
L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, cofondateur de Rue89 Bordeaux

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