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Ha-pa, vitrine pour l’habitat participatif en Aquitaine
Société 

Ha-pa, vitrine pour l’habitat participatif en Aquitaine

par Jorina Poirot.
Publié le 2 mai 2016.
Imprimé le 28 novembre 2021 à 03:57
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La plateforme numérique HA-PA, ouverte depuis le 14 avril, entend dynamiser l'habitat participatif en région. (capture d'écran ha-pa.org)

La plateforme numérique HA-PA, ouverte depuis le 14 avril, entend dynamiser l’habitat participatif en région. (capture d’écran ha-pa.org)

L’habitat participatif tente de se développer en Grande Région. Et pour répondre aux demandes d’information concernant cette troisième voie de logement, un collectif a lancé récemment une plateforme régionale numérique : ha-pa.org

Un nouvel espace en ligne pour faire vivre l’habitat participatif en région, c’est comme cela que se décrit HA-PA, une plateforme numérique visant à promouvoir ce type de logement. Composé de six personnes engagées à titre personnel, le « Collectif Aquitain de l’Habitat participatif » à l’initiative du projet, a conçu cette plateforme avec ses propres moyens.

L’outil, lui aussi participatif, a pour objectif d’améliorer la visibilité de cette pratique en Aquitaine Limousin Poitou-Charentes, de faciliter l’accès aux informations en les centralisant sur un site unique et enfin de créer un espace de rencontre entre offre et demande.

L’habitat participatif, c’est quoi ?

Le principe est de proposer des réponses originales à tous ceux qui souhaitent accéder à la propriété à un prix maîtrisé, tout en s’impliquant de la conception à la réalisation dans un projet différent avec des voisins choisis. Cette démarche citoyenne réunit des personnes souhaitant concevoir et réaliser leur habitat collectif pour bien vivre ensemble, chacun chez soi. Cela implique donc de réunir un groupe d’habitants qui partagent des aspirations communes.

Né après la seconde guerre mondiale en France, c’est le mouvement des castors qui a initié l’habitat participatif. Face à une crise du logement forte, des citoyens se sont regroupés pour construire ensemble leur logement afin de pouvoir accéder à la propriété avec des moyens limités.

60 ans après, la loi pour l’accès au logement et un urbanisme rénové (ALUR) du 24 mars 2014 a consacré, à côté de la location et de la propriété classique, l’habitat participatif comme la troisième voie de logement en la dotant d’un cadre juridique adapté. Une loi qui a donné une véritable impulsion à cette démarche et qui séduit de plus en plus d’habitants en France.

« Il y a une montée en puissance depuis 2010, date où toutes les associations historiques qui travaillaient sur le sujet depuis des années se sont réunies pour travailler ensemble, explique Isabelle Foret Pougnet, accompagnatrice de groupes. Dans d’autres pays, cela fait longtemps que l’habitat participatif s’est développé. Il représente 25 à 30% de la production de logements en Allemagne, par exemple. »

L’habitat participatif permet de bénéficier d’un logement « sur mesure » tout en partageant des espaces avec ses voisins, réduisant ainsi les coûts d’accession à la propriété jusqu’à -30% :

« La mutualisation des espaces permet de réduire les coûts, on supprime également tous les intermédiaires, toute la partie commercialisation, ce qui évite les frais, poursuit Isabelle Foret Pougnet. En général, l’économie de 30% réalisée est remise dans la qualité architecturale des bâtiments, le type de matériaux pour des logements plus écologiques et économiques. »

Une région à la traîne

Pourtant, cette voie au logement est encore à la traîne dans le Sud-Ouest de la France :

« Nous avons notamment remarqué qu’en Aquitaine, les informations concernant l’habitat participatif sont diffuses, compliquées à trouver, raconte Martine Leherpeur, membre du collectif Ha-pa. Avec cette plateforme, nous souhaitons lancer enfin une dynamique, rendre visible par le plus grand nombre ce qui existe. »

Pour cela, la plateforme est donc ouverte à tous les acteurs de l’habitat participatif : les groupes d’habitants porteurs d’un projet, comme les professionnels – accompagnateurs, maîtres d’œuvres, maître d’ouvrages sociaux, ou encore les collectivités.

A ce jour, le site recense 28 opérations d’habitat participatif dans la Grande Région, la majorité des projets étant concentrés en Gironde. Pour l’heure en revanche, seul l’un d’entre eux va voir le jour prochainement, il s’agit de La Ruche à Bègles, propulsé par le groupe Axanis qui a notamment d’autres projets en cours comme le projet du parc des Sècheries à Bègles ou encore le projet Paul Boncour à Bordeaux.

habitat participatif

La plateforme HA-PA recense sur cette carte les projets d’habitat participatif en Grande Région. (capture d’écran ha-pa.org)


« Tête noire & Co »

Pourtant, il y a bien des initiatives en Région. Le groupe Darwin Evolution avait proposer une résidence d’habitat participatif dans les Magasins Généreux. « Tête Noire & Co », présentée dans le cadre d’un appel d’offre lancé par le bailleur social Aquitains, n’a pas été retenu :

« Cette forme d’habitat correspond au modèle que nous avons déjà développé sur Darwin sur de l’activité tertiaire, commerciale, associative en valorisant au maximum les mutualisations, partages et coopérations, indique Jean-Marc Gancille, cofondateur de l’écosystème. Nous accueillons déjà beaucoup de travailleurs sur site qui aimeraient pouvoir se loger à proximité et nous avons développé au sein des Magasins Généreux, un campus étudiant qui nécessite que certains d’entre eux, notamment les étrangers, puissent trouver des solutions d’hébergement qui leur correspondent. Tout ces éléments convergent vers de l’habitat mutualisé et des colocations d’un nouveau type. »

D’où ce projet qui répondait, selon Jean-Marc Gancille, « à certains besoins non satisfaits aujourd’hui » même si l’habitat participatif, selon lui, n’est « pas évident à mettre en place » :

« C’est vrai que l’apprentissage de certaines formes de coopérations et de vie en commun nécessite non seulement une envie chez les intéressés, mais aussi un vrai savoir-faire et une organisation sérieuse pour que la dynamique soit efficace et tienne dans la durée. »

De longues démarches…

Mais si les projets d’habitat participatif mettent du temps à se développer, c’est qu’il existe un nombre importants de freins, au premier rang desquels le prix du foncier :

« Non seulement les terrains coûtent trop chers, mais en plus ils partent trop vite pour qu’on puisse suivre, alors que ce type de projets nécessite du temps pour se mettre en route, relève Guillemette de Monteil, accompagnatrice de groupes. Les collectivités ne proposent pas toujours des terrains adaptés et dans ces cas-là, les projets n’aboutissent pas. »

Autre bémol, le temps que les futurs propriétaires doivent accorder à un projet d’habitat participatif :

« Ce sont des opérations complexes qui prennent du temps, il faut compter minimum trois ans avant que tout se mette en place, selon Isabelle Foret Pougnet. C’est sûr que ces longues démarches peuvent en rebuter plus d’un mais en même temps, c’est une richesse car ces personnes vivent une expérience de vie incroyable et participent de A à Z au projet. »

… et des avantages non négligeables

L’habitat participatif tend toutefois à se développer davantage que les coopératives d’habitants. En effet, l’appui d’un maître d’ouvrage type bailleur social est rassurant pour les collectivités, les élus mais aussi les habitants qui ne sont pas obligés d’acheter un terrain. L’habitat participatif permet également d’élargir le nombre de destinataires potentiels, avec notamment des locations en accession.

Les futurs habitants peuvent d’ailleurs bénéficier d’avantages fiscaux : les collectivités leur appliquent en général une décote foncière, de façon à vendre les terrains au même prix que pour les logements sociaux. Isabelle Foret Pougnet tient tout de même à préciser que : « ce système n’est pas du tout inéquitable par rapport à des propriétaires traditionnels », et rentre « dans un certain plafond social bien cadré ».

L'AUTEUR
Jorina Poirot
Jorina Poirot
Journaliste en formation à l'Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine

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