La police bloque « la partie jeune » à la manif contre la loi Travail
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La police bloque « la partie jeune » à la manif contre la loi Travail

actualisé le 21/05/2016 à 00h19

Une partie des manifestants bloquée sous le pont de la rue du Château-d'Eau (WS/Rue89 Bordeaux)

Une partie des manifestants bloquée sous le pont de la rue du Château-d’Eau (WS/Rue89 Bordeaux)

Contre la loi Travail et l’usage du 49-3, les opposants sont venus nombreux, à l’appel de l’intersyndicale, pour manifester à Bordeaux ce jeudi 19 mai. Une partie des manifestants a été bloquée par la police sous le tunnel de la rue du Château-d’Eau à Mériadeck. La tension est montée d’un cran et a conduit à une arrestation plus tard dans l’après-midi, place Saint-Michel.

Corinne Versigny a eu le nez creux. Voyant le nombre important de personnes au rendez-vous de départ de la manifestation contre la loi Travail, elle a demandé de rallonger le parcours de la marche. Un représentant de la police a d’abord refusé lui demandant de « maintenir les consignes » :

« Je n’ai jamais vu ça, confie la secrétaire de la CGT33. Quand il y a autant de monde, on a l’habitude de faire ça. Mais ils ne font rien pour que ça se passe bien et, après, il veulent nous faire porter le chapeau si ça dégénère. »

Mise au point de la CNT

La Confédération nationale du travail a voulu faire une mise au point à propos des heurts survenus lors de la manifestation de mardi dernier. Accusée d’être à l’origine des violences par le journal Sud Ouest, elle a déclaré ne pas avoir conduit de cortège lors de cette manifestation et a dénoncé « une récupération » par des individus étrangers :

« Nous sommes un syndicat légal qui n’encourage pas la lutte armée. Nous sommes pour des blocages économiques et nous défendons les salariés. Il y a des gens qui fantasment sur nos idées révolutionnaires et nuisent à notre combat. Nous ne voulons pas être stigmatisés à cause de ces récupérations. »

Les « jeunes » bloqués sous le tunnel de Mériadeck

Avec une demi-heure de retard, les manifestants – 10000 selon l’organisation, 3300 selon la préfecture – se mettent en route vers la place Gambetta. Des cheminots de la SNCF, des personnels d’Air France, des ouvriers dockers de Bordeaux et du Verdon, des employés de la centrale du Blayais, des services publics et d’autres entreprises en grève ont défilé en tête sous les bannières de la CGT, FO, FSU, Solidaires et l’Unef. Derrière, « la partie jeune » ferme la marche avec des militants de la CNT, de la CIP, de Nuit Debout et de #OnVautMieuxQueÇa, ainsi que des étudiants et des lycéens.

Après avoir fait le tour de la place Gambetta, la marche est finalement rallongée pour, avant de rejoindre la préfecture, faire le tour de la patinoire de Mériadeck. Alors que la tête du cortège est au niveau de celle-ci, la police bloque les groupes de jeunes qui ferment la marche sous le tunnel de la rue du Château-d’Eau. Il est alors 13h quand deux cordons de CRS se forment et coincent environ 500 personnes, faisant plusieurs fois usage des grenades et des gaz lacrymogènes.

Interrogé sur la raison de ce blocage, un représentant de la police n’a pas voulu répondre à nos questions, précisant que la Préfecture communiquera sur le sujet si nécessaire.

Des réactions indignées

Le blocage sous le tunnel a duré plus de 30 minutes. Des œufs et des poches de peintures ont été lancés sur les forces de l’ordre. Pendant ce temps plusieurs manifestants à l’extérieur ont arrêté la marche et grâce à la pression de divers syndicats, notamment de Sud Solidaires et la FSU, les policiers ont laissé repartir les manifestants bloqués. Ils ont été contraints de se diriger vers la place de la République, le point de départ.

Plus tard, cet épisode n’a pas manqué de faire réagir. La Coordination lycéenne de Bordeaux a dénoncé « des interventions policières illégitimes et inutiles, puisque la manifestation était déclarée et pacifique ». Elle a également accusé « les autorités d’attiser les violences pour décrédibiliser le mouvement social contre la loi travail ». Elle a annoncé sa volonté de saisir l’Inspection général de la police nationale (IGPN) et a demandé qu’une délégation de lycéens soit reçue par le Préfet de police.

De son côté, NPA33 a qualifié cette intervention de « provocation totalement gratuite [qui] était une tentative pour diviser le mouvement, isoler une partie du cortège en cherchant l’incident, voire l’accident, dans une manifestation légale et déclarée ». Revenue de la tête de la manifestation, Corinne Versigny a déploré « une intervention de provocation ».

Un groupe de jeune bloqué par la police place de la République (WS/Rue89 Bordeaux)

Un groupe de jeunes bloqué par la police place de la République (WS/Rue89 Bordeaux)

Interpellation place Saint-Michel

Au coin de la place de la République et de la rue Maréchal-Joffre, un face-à-face entre les lycéens et les CRS a eu lieu vers 14h provoquant un nouveau moment de tension. Plusieurs jeunes lycéens derrière la banderole #OnVautMieuxQueÇa ont été immobilisés. Une jeune femme s’adresse à eux :

« Les copains, il y a des cars de CRS qui arrivent, à quoi ça sert de rester là ? On va se faire gazer et se faire massacrer ! »

Ce qui n’a pas empêché une situation de bras de fer. Pris à partie, un policier en civil entame un dialogue avec des personnes expliquant que le but est de disperser la foule et d’éviter qu’elle se dirige vers des « lieux sensibles » comme le tribunal à côté. Cette stratégie finit par payer et se solde par le départ d’une partie des manifestants alors que l’autre partie a improvisé une danse avec des slogans : « On n’arrête pas un peuple qui danse… »

Pour libérer la voie, la police repousse le groupe. Ce dernier se dirige, vers 14h30, vers la place de la Victoire encadré par des policiers en civil. Une heure plus tard, la situation dégénère à nouveau place Saint-Michel pour des raisons inconnues. Ce qui a conduit à une interpellation musclée filmée par un riverain et visible ci-dessous.

Pour le moment, nous n’avons aucune précision sur cette interpellation.

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
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