Contre la politique de Macron, 4000 manifestants à Bordeaux
Société 

Contre la politique de Macron, 4000 manifestants à Bordeaux

La mobilisation interprofessionnelle a eu l’effet escompté : réunir privé et public dans la rue. Vacances et divisions syndicales ont certes réduit le nombre de manifestants, mais pas leur détermination. Tandis que le calendrier social se charge de rendez-vous.

L’instant était bref et symbolique. L’image d’une convergence des luttes a eu lieu place de la République ce jeudi midi à Bordeaux. Les cheminots et les électriciens-gaziers (en lutte pour leur service public) et les postiers (plus d’un mois de grève en Gironde – voir ci-dessous) ont mêlé sur la place leur trois cortèges venus de trois points différents.

Soleil et température estivale étaient présents pour cette journée de mobilisation interprofessionnelle. A Bordeaux, ils étaient environ 4000 (6000 selon les organisateurs).

« C’est une très belle mobilisation, pas en terme de chiffres globaux, mais en terme de chiffres pour la seule CGT qui appelait à cette journée » assure Bastien Leymergie, secrétaire départemental adjoint de la CGT Mines Energies 33.

Car si les syndicats Solidaires et CNT étaient dans le cortège, les autres principales centrales syndicales n’avaient pas rejoint l’appel.

L’intersyndicale cheminote en tête de manif du 19 avril (XR/Rue89 Bordeaux)

Les électriciens-gaziers entraient donc ce jeudi dans la bataille. Ils rejoignent les cheminots (qui s’opposent à la privatisation et à l’ouverture à la concurrence) car ils estiment affronter des politiques similaires explique Bastien Leymergie :

« L’énergie est globalement rentable. Elle est en fait très rentable sur les métropoles car il y a une forte densité des équipement mais est déficitaire dans le rural, comme dans les Landes par exemple. C’est comme l’histoire des lignes rentables ou non à la SNCF, les missions de services publics ne s’arrêtent pas aux portes des métropoles. Déjà, aujourd’hui, nous pouvons seulement effectuer une mise en sécurité 24h/24 mais pas la remise en service du courant 24h/24 – c’est surtout le rural qui est touché. Les suppressions d’emplois prévues – 4500 chez EDF et 2500 chez Enedis – ne feront qu’aggraver ces disparités. »

L’avance des postiers

Une heure avant le regroupement place de la République, les salariés de la Poste – dont certains sont en grève depuis le 12 mars – ont organisé un « die in ». Cette grève illimitée lancée par les syndicats Sud PTT, CGT et FO est due à la réorganisation de leur travail qui va leur être imposée. Selon les employés, elle mènerait à « une cassure fondamentale du service public » et à un « danger pour la santé des facteurs » (certains d’entre eux feront de la distribution à plein temps).

Sur le parvis de La Poste Mériadeck, qualifiée ici de « scène de crime », les employés se sont étendus sur le sol à côté d’un cercueil, symbolisant « la mort du métier de facteur ». Ils ont ensuite rejoint la manifestation contre la politique d’Emmanuel Macron d’une part pour soutenir la convergence des luttes, mais aussi pour profiter de la couverture médiatique de l’événement. Ils ressentent en effet un manque d’intérêt de la part des médias et du public pour leur cause.

Taline Oundjian

De la même manière, il met en parallèle la privatisation en marche des barrages hydrauliques avec celle déjà effective des autoroutes : l’état a financé, testé, obtenu de la qualité puis le vend au privé.

« En plus, on empêche EDF de postuler à 60% d’entre eux et on voit que Total rachète Direct Energie et se place sur le marché… »

Soudée, sa corporation aurait amené au moins 600 personnes pour cette journée à Bordeaux.

« On casse le moral »

Une telle mobilisation n’est pas aussi simple à construire au sein des Caisses d’allocations familiales où Servane Crussière y est déléguée CGT. Son syndicat et Force Ouvrière ont lancé un mouvement de contestation contre le nouveau contrat d’objectifs qui promet économies, pertes de postes et augmentation du « tout-numérique » – contre quoi ils réclament notamment des créations de postes pour un meilleur accueil.

Face au poison de la résignation qu’elle décèle chez certains collègues agents, l’intersyndicale a construit une mobilisation commune de différentes Caf et s’appuie sur d’autres victoires comme celles des urgences de Saint-André pour prouver que la lutte peut payer.

« On nous dit que ça se joue au national et pas ici mais notre directeur local a des marges de manœuvre. »

Dans la manif, elle se réjouit de voir les Ehpads, cheminots, Ford, Carrefour.

Environ 4000 personnes dont beaucoup de cheminots lors de la manifestation du 19 avril (XR/Rue89 Bordeaux)

Pancarte à la main, fleurs dans les cheveux et sourire aux lèvres, Anne défend mordicus les grèves à Carrefour où 2400 postes sont voués à être supprimés. Elle parle avec passion de l’étal de poissons qu’elle a tenu par le passé à Mérignac avant d’être en invalidité.

Elle estime que l’enseigne se fait « hara kiri » dans une vision « à court terme pour faire monter leurs actions » en bourse. Elle se dit émue de la mobilisation des 300 postiers et lie les conditions de travail qui leurs sont promises avec celles qu’elle a vu chez des chefs de rayon qui travaillaient de « 5h à 22h avec de la pression sur les chiffres » :

« On déstructure tout, on casse le moral ! »

La banderole des postiers de Sud ne dit rien de mieux :

« Usagers en colère, facteurs en galère, La Poste veut nous faire taire. »

Étouffés économiquement par une longue grève pendant laquelle la direction refuse d’accéder à leur demande, les postiers font ce qu’ils peuvent pour rester mobilisés et rechargent leur batterie auprès d’autres syndiqués.

Quelques poignées d’étudiants, de lycéens, de salariés du bâtiment, de retraités et de chômeurs sont aussi présents. Par ailleurs, un groupe d’autonomes tout de noir vêtus s’imposera en tête de cortège grillant la politesse à l’intersyndicale cheminote au complet (CFDT, Unsa, CGT, Sud Rail). Au-delà de ces mobilisations, la calendrier social et les actions coup de poing devraient se multiplier.

« Taper sur l’outil de travail »

Déjà, vendredi dernier, une conférence de presse unitaire avait réuni syndicats, élus et partis politiques puis, dans la soirée, le collectif de lutte 33 avait remis ça : une action de blocage économique comme elle en avait mené contre la loi Travail de 2016. La plateforme de tri des colis de Bègles aurait vu plusieurs dizaines de colis bloquées et donc perturbées dans leur distribution selon le collectif.

Quelques lycéennes et étudiants présents (XR/Rue89 Bordeaux)

La CGT Mines-Energies a aussi établi son plan de bataille. Elle compte remettre le courant à ceux qui en sont privés par manque de moyens mais aussi basculer régulièrement tous les usagers en heures creuses pour leur faire économiser au dépend des entreprises. Enfin, Bastien Leymergie ajoute :

« Et on va taper sur l’outil de travail avec des coupures de courant très spécifiques, dans les entreprises qui licencient ou lorsque les patrons abusent sur leurs salariés ou sur les syndicats. On est entrain d’établir la liste. Ces mobilisations originales émergent de nos assemblées générales. »

Avis aux amateurs. Ford Aquitaine Industrie peut-être ? Ce samedi, à l’initiative de la CGT, une journée de soutien aux ouvriers menacés de licenciements est organisée à Blanquefort avec Bernard Lavilliers, les sociologues Pinçon-Charlot, le directeur du Monde Diplomatique Serge Halimi, les artistes Didier Super, HK…

Par ailleurs, mardi 24 avril plusieurs syndicats (dont CGT Cheminot, Sud Rail, CGT Ford, Sud PTT) appellent à un rassemblement à 18h place de la victoire pour la « sauvegarde de nos services publics et la défense de nos conquis sociaux ».

Rendez-vous est pris pour la traditionnelle marche des travailleurs du 1er mai ainsi que, pour certains, la Fête à Macron qui, lancée par le député France Insoumise François Ruffin, se tiendra à Paris le 5 mai et dont les comités locaux organiseront des déplacements. La fonction publique se retrouvera dans la rue le 22 mai avec des syndicats unis et pendant ce temps les cheminots continueront toujours leur grève perlée.

L'AUTEUR
Xavier Ridon
Xavier Ridon
Rémois, devenu journaliste à Tours, installé à Bordeaux. Bref, file vers le Sud avec un micro et un stylo.

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