Les anti Linky ne s’en laissent pas conter
Société 

Les anti Linky ne s’en laissent pas conter

(Dessin Visant/Rue89 Bordeaux)

Des militants du Collectif Stop Linky Bordeaux Métropole se sont rassemblés lundi devant l’hôtel de ville, avant le conseil municipal de Bordeaux. Alors que le déploiement du compteur électrique connecté a démarré, ils réclament le droit de s’en passer.

Ils ne sont vraiment pas sur la même longueur d’onde qu’EDF. A Bordeaux, comme dans de nombreuses autres villes en France, la fronde s’organise contre l’installation des nouveaux compteurs Linky, capables de communiquer par internet de nombreuses données sur la consommation électrique des ménages.

Ce lundi, à 14h une vingtaine de militants sont assemblées devant le Palais Rohan, où va se dérouler un conseil municipal. Elles font partie du collectif Stop Linky Bordeaux Métropole, créé le 14 avril dernier (après la projection au cinéma Utopia de « Cherche zone blanche désespérément », un documentaire sur les électrosensibles), à l’initiative de Catherine Gonzalez, 59 ans :

« Il faut faire vite car 600 compteurs sont posés chaque semaine dans Bordeaux par ERDF (la filiale d’EDF, rebaptisée Enedis, qui gère le réseau de distribution, NDLR). Nous souhaitons alerter l’équipe municipale et les élus pour modifier la position de la Ville de Bordeaux, très favorable à Linky. On voudrait un moratoire, une demande faite par la Ligue des droits de l’Homme pour les problèmes de surveillance à distance que pose Linky. »

Certains militants soulignent en effet que la consommation électrique délivre des données très personnelles sur les us et coutumes des particuliers, des horaires d’utilisation d’un ordinateur au nombre de lessives quotidiennes.

Ondes sensibles

Mais, malgré des études minimisant les risques sanitaires, c’est surtout la dangerosité présumée des compteurs Linky qui affole ses militants. Ils redoutent la technologie des courants porteurs en ligne (CPL), dans laquelle les câbles du réseau se superposent au courant électrique pour transmettre les données :

« Nos lignes ne sont pas blindées, elles vont rayonner par les prises électriques, générant une onde électromagnétique supplémentaire, à destinations de nouvelles antennes relais dans les rues », explique Lionel Lavigne.

Sa femme, affirme ce Pessacais de 66 ans, souffre d’électrosensibilité.

« On s’en est rendu compte parce qu’elle avait l’impression que des flèches lui traversaient la tête lorsqu’elle passait devant les grandes antennes de téléphonie mobile. Elle suit un traitement médical, mais elle a toujours des migraines atroces quand le wifi des voisins est allumé. On leur a demandé de l’éteindre la nuit, mais parfois ils oublient… »

Pour Catherine Gonzalez, il appartient aux collectivités territoriales, propriétaires des compteurs électriques, de voter contre leur remplacement par Linky, au nom du principe de précaution. C’est en effet la voix choisie par 178 communes en France, notamment Saint-Macaire, en Gironde, dont le conseiller municipal et militant anti-nucléaire Stéphane Lhomme est une figure de proue du mouvement anti-Linky.

Peut-on court-circuiter Linky ?

Mais Bordeaux Métropole ne se range pas dans ce courant, comme Anne Walryck, sa vice-présidente en charge du développement durable, l’a rappelé ce lundi à une délégation du Collectif Stop Linky, reçue en mairie :

« Les interrogations de nos concitoyens sont légitimes, mais nous leur avons quand même rappelé que nous n’avons pas la capacité à nous opposer au déploiement de Linky, inscrit dans le cadre de la loi sur la transition énergétique. Les rares mairies qui l’ont fait ont été retoquées. »

En fait, si ERDF a déposé un recours au tribunal administratif contre la délibération anti-Linky de Varennes-sur-Seine (Seine-et-Marne), et que la préfecture menace aussi la mairie, rien ne présume pour l’heure de l’issue de ce conflit. Et si une note de la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies, regroupant 500 collectivités locales, souligne que refuser Linky est juridiquement « risqué », son impartialité est discutée.

Mais qu’importe : pour l’adjointe d’Alain Juppé, « même si on pouvait contester, on ne le souhaite pas » :

« Le compteur communicant est un instrument important de la transition énergétique. Il permet de mieux maitriser la demande d’énergie puisque chacun pourra avoir accès en temps réel à sa consommation. On sait que grâce à Linky, le potentiel de baisse de sa consommation individuelle est de 1 à 10%. Si nos concitoyens sont libres de refuser l’installation chez eux, nous ne souhaitons pas qu’ils le fassent. »

Alors que plusieurs milliers de compteurs ont déjà été posés dans la métropole depuis février – l’opération doit se dérouler sur 3 ans – Anne Walryck affirme que le conseil consultatif de suivi de la mise en place de Linky, qu’elle préside, n’a reçu que 45 courrier en ce sens, et deux pétitions de résidences bordelaises.

Portes closes

Elle garantit que ce conseil, qui associe élus, entreprises et associations, travaille « en toute transparence », organisant des réunions quartier par quartier, et informant par courrier personnalisé de l’installation des compteurs.

Stop Linky se plaint pourtant que beaucoup d’habitants soient mis devant le fait accompli, ce dont le groupe écologiste conseil municipal a récemment tenté de relayer auprès de la mairie. Le collectif préconise aux particuliers la seule option possible : repousser les demandes de rendez-vous d’ERDF et de ses sous-traitants pour poser les nouveaux compteurs, et résister au « harcèlement » déploré par certains de ses membres. Selon Catherine Gonzalez, ERDF n’a pas tenu compte des lettres avec accusé de réception, envoyées par sa mère de 86 ans :

« On l’appelle plusieurs fois par jour, parfois en la menaçant de lui couper le courant. »

Ce lundi, Rue89 Bordeaux a tenté sans succès de joindre ERDF pour savoir si de telles pratiques étaient avérées, notamment chez un sous-traitant très critiqué par le collectif. Anne Walryck assure que les prestataires « doivent montrer patte blanche ». Plus généralement, l’adjointe au maire de Bordeaux note que la mise en place de Linky est « très encadrée », notamment par la CNIL (commission nationale informatique et liberté) :

« Comme dans tout contrat, les consommateurs pourront cocher une case s’ils ne souhaitent pas que leur données soient transmises. Après, comme dans tout système d’information, il n’y a pas de risque zéro d’intrusion. »

Mais toujours pas de raison d’user du principe de précaution.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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