Les Verts voient rouge contre l’écologie sauce bordelaise
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Les Verts voient rouge contre l’écologie sauce bordelaise

La présentation du « rapport sur la situation en matière de développement durable 2015 » a donné lieu à un vif échange entre les élus EELV (Europe écologie-Les Verts) et la mairie, ce lundi lors du conseil municipal de Bordeaux.

« Bâclé », « ni fait ni à faire », « pas à la hauteur de l’enjeu » : Pierre Hurmic n’a pas eu de mots assez durs contre un texte « déconnecté du budget »,  dont l’objectif vise seulement pour la mairie, selon lui, à « remplir une obligation légale à la dernière minute ».

Sa collègue Delphine Jamet a quant à elle fustigé un « document vide, bourré d’erreurs » (sur le nombre d’arceaux vélos, par exemple) et d’omissions, comme celle de tableaux indicateurs, ne permettant pas « d’évaluer sérieusement les politiques publiques ».

Pour les conseillers municipaux écologistes, non seulement ce rapport ne contient aucune nouveauté – à part selon eux le désinvestissement de la Ville des énergies fossiles, un vœu présenté par EELV et voté en conseil municipal –, mais il entérine des résultats très décevants, comme la baisse de la part des énergies renouvelables dans la consommation globale de Bordeaux, passée de 9,75% en 2014 à 9,45% l’année suivante.

« C’est la honte, tranche l’avocat. Permettez moi de vous rappeler que la moyenne est de 14,9% au niveau national et que la loi de transition énergétique prévoit 32 % en 2030, c’est à dire demain. »

Cela acte selon lui « des années bordelaises perdues dans le cadre de la lutte nécessaire contre le changement climatique ».

« Désinformation »

Pierre Hurmic a également taclé la « désinformation » pratiquée selon lui  sur la pollution de l’air. Vendredi dernier en conseil de métropole, la vice-présidente en charge du développement durable, Anne Walryck, a déclaré que « 60% de la pollution est importée », ne laissant une marge de manœuvre que de 40% aux politiques locales, la lutte contre le trafic des véhicules polluants et le chauffage urbain (utilisation de cheminées pas ramonées ou de poêles à bois non conformes).

« Selon l’Airaq (rebaptisée Atmo, NDLR), la circulation automobile est responsable de 50% de la pollution aux particules fines, souligne l’opposant à la mairie. C’est là dessus qu’il faut mettre le paquet plutôt que sur les feux de cheminée. Or vous faites l’inverse en créant une troisième voie sur la rocade. »

Pour l’écologiste « il faudrait plus s’intéresser aux 23% des habitants de la métropole, soit 184000 habitants », potentiellement touchés par les dépassements de seuil de pollution, en ne créant pas seulement en centre-ville ces zones à circulation restreinte que veut étendre la métropole.

C’est un ancien élu écologiste, Michel Duchène, qui a d’abord répliqué pour la mairie, estimant que les conseillers EELV, « sortes d’enfants gâtés de la politique bordelaise », se vautraient « dans l’aigreur et la méchanceté » et « attaquaient la probité et le travail de grande qualité des fonctionnaires ».

Fanatisme

Il a notamment justifié par l’importance de son secteur sauvegardé, de vieilles pierres plus délicates à réhabiliter, la difficulté pour Bordeaux d’avoir de moins bons résultats que d’autres villes européennes en matières d’économies d’énergies (la consommation de gaz a augmenté en 2015 de 1%, celle d’électricité de 2%, deux fois plus vite que la moyenne nationale).

Alain Juppé s’est lui aussi élevé contre la « démonstration de fanatisme et de violence dans le dénigrement qui ne sert pas la cause de l’écologie » (la « virulence de nos propos est à la hauteur de notre déception et de notre exigence », lui a répondu Pierre Hurmic).

Le maire a, une fois n’est pas coutume, salué les prises de parole selon lui plus constructives des élus socialistes – Nicolas Guenro notamment, a plaidé pour « un changement de paradigme », et mesure plus radicale déjà exposée à Rue89 Bordeaux :

« Que Bordeaux devienne la première ville du monde à abandonner l’autosolisme, cette pratique consistant à faire circuler une seule personne dans une tonne de métal et d’acier. Fixons politiquement l’objectif d’être au moins 2 pour pouvoir circuler en voiture, réunissons des collectifs d’habitants, des entreprises et des décideurs publics, et je suis persuadé que des décisions pourraient être prises en quelques mois. »

Politiquement, la mesure rejoindrait le plan en faveur du covoiturage récemment annoncé par le Conseil départemental – création de 30 nouvelles aires d’ici 2020.

Portefeuille

Alain Juppé a par ailleurs répondu à Vincent Feltesse, qui s’est à nouveau inquiété de la réalisation d’une ligne de transport en commun en site propre sur les boulevards, que le projet de tramway n’était « pas gravé dans le marbre ».

Enfin, Anne Walryck, l’adjointe au maire en charge du développement durable, est revenue sur certaines avancées oubliées selon elle par les opposants : le boom des linéaires cyclables (250 kilomètres en 2015),  la labellisation Cit’ergie, délivrée par l’Ademe, qui démontre les efforts de la Ville en matière d’énergies renouvelables (création de réseaux de chaleur, cadastre solaire…), ou encore la baisse de 10% depuis 2008 de la quantité d’ordures ménagères rejetées (323 kilos par an et par habitant).

Sur la qualité de l’air, elle a indiqué que la métropole n’excluait rien : un des 10 scénario présentés par le bureau d’études sur les zones de circulation restreinte propose d’agir aussi sur la rocade.

« Tout passe par les comportements, souligne Alain Juppé. Si nous voulons convaincre nos compatriotes, il faut rappeler que c’est bon pour leur santé et pour leur portefeuille. »

Tout un programme.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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