L’Etat n’envisage pas (encore) de mieux protéger les écoliers des pesticides
Société 

L’Etat n’envisage pas (encore) de mieux protéger les écoliers des pesticides

Alors que les épandages de printemps vont commencer dans les vignes, des militants anti-pesticides demandent au préfet de la Gironde d’étendre le périmètre de protection autour des écoles situées près des exploitations agricoles. La préfecture préfère attendre la nouvelle feuille de route du gouvernement.

Mai 2014, 23 enfants et leur enseignante sont intoxiqués suite au traitement des vignes jouxtant l’école de Villeneuve de Blaye (Gironde). 4 ans après, la justice, incapable de faire la lumière sur cet accident, a déclaré un non-lieu, et du côté des autorités, « il ne s’est rien passé » pour empêcher que d’autres écoles soient touchées, tranche Valérie Murat, de l’association Alerte aux toxiques :

« Même les mesures cosmétiques de l’arrêté préfectoral de 2016, comme la mise en place de filets anti-pesticides ou la plantation de haies autour des écoles n’ont pas été mise en place. »

Cet arrêté vise à protéger les établissements accueillant les personnes vulnérables (enfants, personnes âgées, handicapés…) dans 128 communes girondines en zones sensibles, c’est à dire proches des exploitations agricoles. Il fixe notamment une distance de 50 mètres pour les épandages en viticulture.

Minimalisme

Mais dans une lettre ouverte signée par 10 organisations – dont les collectifs de familles de victimes des pesticides, des syndicats d’enseignants (FSU) et une association de parents d’élèves (FCPE)-, et adressée au représentant de l’Etat dans la région, ses signataires jugent ces mesures insuffisantes. Comme ils l’ont martelé ce mercredi lors d’une conférence de presse à Blaye, ils réclament une zone de 200 m où seules les produits « bio » non classés CMR  ni dangereux pour l’homme soient autorisés.

Trois points leur paraissent problématiques :

« L’arrêté ne fait cependant pas de distinction entre les molécules épandues, qu’elles soient CMR (cancérigène, mutagène, reprotoxique) ou pas. Cela est pourtant un élément essentiel concernant la protection des enfants, sachant que, même des heures après une pulvérisation, le vent peut remettre en circulation dans l’atmosphère les produits épandus. Par ailleurs, l’article 2 de cet arrêté (…) nous semble fort minimaliste : suspendre les épandages 20 minutes avant l’entrée ou après la sortie des classes, ou pendant les récréations, ne garantit absolument pas que le nuage de micro-gouttelettes en suspension au dessus des vignes soit retombé. »

Comme le fait remarquer Sylvie Nony, d’Alerte pesticides Haute Gironde, cette règle est particulièrement absurde :

« On recommande aux agriculteurs d’éviter de diffuser des pesticides 20 mn avant la récréation. Ce délai est à comparer au délai de 72 heures que prescrivent Bayer ou Syngenta pour que les salariés agricoles rentrent à nouveau dans les rangs après avoir pulvérisé les produits ! Bien sûr les enfants ne sont pas dans les rangs, mais à Villeneuve de Blaye par exemple, la vigne touche le grillage de l’école. »

Quelques molécules suffisent

Dans leur lettre ouverte, les associations et syndicats jugent enfin « inconsistantes » les règles concernant les distances à respecter. D’autant que la distance de 50 mètres « tombe à 5 m en cas d’utilisation de pulvérisateurs munis de buses anti-dérives qui concentrent certes le produit sur le végétal mais ne peuvent empêcher la mise en suspension des micro-gouttelettes. »

Même si elles étaient instaurées, les protections comme les haies paraissent dérisoires à Henri Plandé, d’Alerte Pesticides Haute Gironde :

« A Villeneuve, pas la moindre haie n’a été plantée. Cela pourrait amortir un peu la diffusion des produits mais on sait qu’il n’y a pas de dose seuil pour les perturbateurs endocriniens. Quelques molécules suffisent à perturber les systèmes hormonaux, et on voit une recrudescence de pubertés précoces chez les petites filles et de malformations génitales chez les petits garçons. On a donc du souci à se faire quand on voit que des résidus de CMR sont retrouvés dans des écoles pourtant relativement éloignées des vignes. On ne peut pas privilégier l’économie du vin, même si elle pèse des milliards, face à la santé des jeunes enfants et des ouvriers agricoles, ce n’est pas possible. »

Jointe par Rue89 Bordeaux, la préfecture de Gironde estime que l’arrêté du 22 avril 2016 est « l’un des plus exigeants de France » et que ses « dispositions et la sensibilisation des exploitants concernées ont d’ores et déjà permis une meilleure prise en compte du contexte particulier lié à la proximité d’établissements accueillant des personnes vulnérables ».

« Pas les compétences »

Elle rappelle en outre que si des mesures de protection physique comme les haies ne peuvent pas être mises en place, « les applications de produits phytopharmaceutiques doivent être effectuées sur certaines plages horaires et en respectant des distances minimales afin d’éviter tout risque d’exposition des personnes vulnérables lors des traitements ».

Enfin, les services de l’Etat en Gironde écartent l’idée d’interdire les produits CMR, et renvoient la balle à Paris :

« Le préfet de la Gironde, en l’état du cadre législatif et réglementaire, ne dispose pas des compétences lui permettant de choisir, parmi les produits régulièrement autorisés, ceux pouvant être utilisés à proximité des établissements accueillant des personnes vulnérables. (…) Le plan d’actions sur les produits phytopharmaceutiques et une agriculture moins dépendante aux pesticides qui est en cours de consultation, fixera très prochainement la nouvelle feuille de route du Gouvernement sur les produits phytopharmaceutiques. »

Les services de la préfecture auront toutefois une première occasion d’en débattre ce vendredi, lors d’une rencontre avec le CIVB et les militantes anti-pesticides Valérie Murat et Marie-Lys Bibeyran, pour plancher sur une réelle sortie des phytos dans le Bordelais.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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