Le campus de Bordeaux Victoire évacué manu militari
Société 

Le campus de Bordeaux Victoire évacué manu militari

actualisé le 07/03/2018 à 17h38 : Réactions d'OSB IV, de l'Université de Bordeaux, des directeurs de facultés, et des membres et personnels

Blocus, occupation d’amphithéâtre, interventions policières, le campus de Bordeaux Victoire a connu de nombreux soubresauts ce mardi 6 mars. En cause, la loi sur l’accès à l’université qui passe toujours mal chez les étudiants.

Après le blocus de jeudi dernier, les opposants à la réforme de l’université se sont à nouveau mobilisés ce mardi. La veille, les étudiants avaient pu discuter avec la directrice temporaire du Collège des sciences de l’Homme de l’Université de Bordeaux.

« On a demandé l’autorisation pour afficher dans l’Université, le droit de se réunir dans un amphi de manière permanente ou encore la mise en place d’une banalisation des journées d’absences lors des manifestations nationales. On a eu des promesses, mais elles n’ont pas été tenues », raconte Kevin.

Intervention de la police

Présents dès 6h à l’Université ce mardi, les étudiants ont commencé par bloquer les portes. La police a alors contrôlé plusieurs groupes de manifestants avant de forcer les bloqueurs à se disperser.

Les étudiants se sont ensuite rassemblés dans l’amphithéâtre Gintrac où ils ont pu occuper les lieux toute la journée et tenir des assemblées générales.

« C’est juste un lieu d’organisation et de débat, poursuit Kevin. Nous avons même eu un cours de sociologie des élites où plusieurs promotions et étudiants ont pu se mélanger ».

A 15h30, une nouvelle réunion s’est tenue pour déterminer de la poursuite ou non de l’occupation de l’amphithéâtre.

« On a peur que la police intervienne ce soir pour nous déloger, nous signale Kevin en fin d’apreès-midi. Pendant le cours de sociologie par exemple, une des portes de l’amphithéâtre a été dévissée et soulevée… En réalité, l’objectif est juste d’avoir une zone de débat ».

A l’issue de la dernière assemblée générale de la journée, une quarantaine d’étudiants ont pris la décision de passer la nuit dans l’Université.

Fin de soirée agitée

C’est vers 21h que les forces de l’ordre ont décidé d’intervenir. Leur action a duré environ une heure dans une grande tension. L’expulsion de l’amphi s’est déroulée de manière assez violente, avec des blessés à déplorer parmi les étudiants. A 23h, l’intervention a pris fin après l’interpellation d’un manifestant. Le jeune homme, blessé à la mâchoire, a passé la nuit à l’hôpital avant d’être placé en garde à vue ce mercredi matin. Certains étudiants ont bénéficié d’une interruption temporaire de travail (ITT) après avoir fait constater leurs blessures.

Sur la page Facebook d’OSB IV (Organisation Socio-Culturelle de Bordeaux IV), des images montrent l’intervention des policiers et un étudiant blessé à la tête.

Par ailleurs, dans un communiqué publié dans la nuit sur leur page Facebook, les étudiants contre la sélection ont appelé à un rassemblement ce matin 9h devant la fac « afin de faire le point sur la situation et déterminer la suite des événements ». Ils ont décidé de rester mobilisés et de se rendre à 12h30 à l’Université Bordeaux Montaigne.

« On s’y rend pour exposer la situation aux autres étudiants. Ils avaient prévu une assemblée générale et nous y prenons part. A l’avenir on ne lâchera rien, car nous sommes plus forts. On va continuer cette mobilisation », affirme Kévin.

Les explications de l’Université…

De son côté, l’Université a fermé ses portes ce mercredi avant de justifier dans un communiqué l’intervention de la police par la « dégradation des locaux » :

« La quarantaine d’étudiants qui tenait une assemblée générale dans un amphithéâtre a refusé de quitter les lieux à la fermeture des locaux au motif que leurs revendications n’avaient pas abouti. Afin de garantir la sécurité et l’intégrité des locaux, en accord avec le Préfet, l’Université a sollicité les forces de l’ordre pour faire évacuer les lieux vers 20h30 ».

L’établissement annonce une remise en état des locaux aujourd’hui par leurs équipes et condamne les méthodes des opposants :

« La liberté d’opinion, d’expression et manifestation sont des droits fondamentaux auxquels l’Université de Bordeaux est particulièrement attachée. Il est en revanche inenvisageable que quelques dizaines d’étudiants bloquent l’accomplissement de ses missions de service public en empêchant les étudiants et personnels de l’Université de travailler, d’étudier et d’accéder librement à l’Université. »

… contestées et la violence désapprouvée

Aussitôt, les membres et personnels de la Faculté de sociologie de Bordeaux, « témoins de l’intervention de la police », ont répliqué pour condamner « la violence tant verbale que physique de cette agression » :

« Nous estimons que l’envoi des forces de l’ordre était inapproprié et disproportionné au regard de la nature du mouvement et de la volonté de dialogues des étudiant.e.s. Par ailleurs, nous constatons que les dégradations évoquées pour justifier l’intervention n’ont pas eu lieu. »

Les signataires, au nombre de 26, composés d’enseignants, chercheurs, doctorants et personnel encadrant, demandent « la réouverture du site dès demain [jeudi] afin que les activités d’enseignement et de recherche puissent se dérouler normalement » et « que l’Université établisse les conditions du débat critique par et avec les étudiant.e.s ».

Par ailleurs, dans un mail adressé aux étudiants, la direction du Collège et les directeurs de facultés du Collège Science de l’Homme, qui disent avoir sollicité la présidence de l’Université, « désapprouvent les actes de violence qui se sont produits hier soir envers les étudiants et souhaitent la reprise du dialogue dans les meilleures conditions et le plus rapidement possible ».
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