Les 5 raisons de la fermeture définitive du pont de pierre aux voitures
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Les 5 raisons de la fermeture définitive du pont de pierre aux voitures

Après un an d’expérimentation, Alain Juppé a annoncé ce jeudi que le pont de pierre serait définitivement réservé aux piétons, vélos et transports collectifs. Une « réussite » pour le président de Bordeaux Métropole, qui ne veut pas donner de « contre-signal » désastreux à l’ère de la transition énergétique.

Pérenniser la « réservation » du pont de pierre aux modes de transports doux fera « plus de satisfaits que de mécontents », croit savoir Alain Juppé. La décision, sur laquelle le retard pris par le pont Simone-Veil n’aura finalement pas pesé, s’appuie sur cinq arguments.

1 – Une fermeture sans impact sur la circulation

« Tous les chiffres montrent qu’il n’y a pas eu de dégradation des conditions de circulation du fait de la fermeture du pont de pierre, ils montrent même une légère amélioration sur certains itinéraires, justifie Alain Juppé. Si la congestion s’aggrave, c’est pour d’autres raisons, en particulier les travaux sur les quais des deux rives. »

Et surtout à cause de la thrombose sur la rocade, tonne l’édile, qui appelle l’État à accélérer sa mise à 2X3 voies, et annonce des mesures pour mieux réguler le trafic, comme des feux sur les bretelles d’accès.

La métropole se réjouit par ailleurs de l’effet de ses récentes initiatives : l’un des premiers bouchons de France a selon elle sauté le 20 juin dernier avec le passage à 2X4 voies du pont François-Mitterrand sur la rocade ; le pont Saint-Jean « écoule 30% de trafic en plus à l’heure de pointe que l’an dernier depuis l’ouverture de sa nouvelle bretelle.

« Plaisanterie »

Le maire de Bordeaux rappelle en outre qu’avant son interdiction aux voitures, franchir le pont de pierre était lui-même très délicat :

« J’entends dire que l’’accessibilité de Bordeaux est plus difficile, c’est une aimable plaisanterie ! Le pont était un des principaux bouchons de l’agglomération aux heures de pointe  et ne représentait que 3% de la circulation sur les ponts. A contrario, en additionnant tous les gens qui le traversent aujourd’hui, il y a plus de passage aujourd’hui. On note des pics à 18000 vélos par jour. »

Mais aussi plus de 7000 piétons et 800 joggeurs. Et si l’on ne compte que les utilisateurs réguliers du pont (de 2 à 3 fois par semaine à plusieurs fois par jour), cela représente 9500 habitants. La métropole se réjouit aussi de l’augmentation de la fréquentation de la ligne A du tram (+8% sur les quatre premiers mois de 2018), de la ligne 24 du bus (+27% avec la traversée du pont de pierre) ou du Citéis 45, dont la fréquentation a doublé.

2 – Un « énorme succès » auprès des cyclistes et des piétons

La fermeture a fortement favorisé le report modal de la voiture vers d’autres moyens de transports. 16% des personnes interrogées déclarent avoir changé de mode de déplacement, massivement pour abandonner leur véhicule.

Cela a permis d’éviter 3150 franchissements de la Garonne par jour, soit l’équivalent d’une ligne de tramway ! Mais aussi contribué à dynamiser la pratique du vélo dans la métropole bordelaise – +40% en 4 ans (pour atteindre les (soit 80000 utilisateurs réguliers), +19% entre juin 2017 et aujourd’hui, une augmentation comparable à celle des passages du pont de pierre en deux-roues.

Selon une enquête menée auprès de 100 cyclistes et piétons, 11% des premiers et 13% des seconds sont d’anciens automobilistes qui auraient quasiment tous repris leur voiture en cas de réouverture du pont de pierre…

3 – Un retour en arrière « à rebours de l’Histoire »

Revenir sur l’interdiction du pont aux voitures aurait ainsi constitué, selon Alain Juppé, « un formidable contre-signal dans un moment clé pour l’Humanité », où la transition énergétique est impérieuse afin d’enrayer le changement climatique.

Un tel « retour en arrière sur les changements de comportements irait à rebours de l’Histoire », poursuit Alain Juppé. Le maire de Bordeaux, qui tente depuis longtemps de faire valoir sa conscience écologique, n’ignore pas les effets désastreux qu’aurait eu une telle décision dans l’opinion, mais aussi une large frange de son électorat.

Le fond de l’air effraie moins

Il peut pour cela arguer de l’évaporation d’une partie significative du trafic (3150 voitures par jour, on l’a dit), et de l’amélioration la qualité de l’air. Celle-ci a été mesurée par l’Atmo sur un large périmètre autour de l’avenue Thiers, du cours Victor Hugo et du qui Richelieu, qui concerne 15650 habitants. A la station Bordeaux Bastide, l’agence y enregistre une baisse de 28% de la concentration de particules fines  depuis le début de l’expérimentation, et 23% de celle de dioxyde d’azote.

Mais elle relève aussi un report d’une partie de la pollution dans une autre zone, principalement autour du boulevard Joliot-Curie sur la rive droite, et du pont Saint-Jean, ainsi que sur le pont Chaban et le quai de la Monnaie. Le nombre de personnes exposés à cette dégradation de la qualité de l’air y est toutefois moins élevé – 9390 habitants.

4 – Une mesure plutôt consensuelle

Alain Juppé a arrêté sa décision après concertation de ses adjoints à la mairie de Bordeaux, des vice-présidents concernés par le dossier à la métropole et des maires de la rive droite. Ceux-ci y étaient dans leur majorité favorables, à l’exception des édiles de Floirac, Carbon-Blanc et Ambès. Le premier, Jean-Jacques Puyaubrau avait ainsi réclamé la réouverture du pont de pierre après l’annonce du retard de 1 à 3 ans dans la livraison du pont Simone-Veil, qui doit relier Floirac directement à la rive gauche.

La CCI (chambre de commerce et d’industrie) de Bordeaux a de son côté mesuré l’impact de la fermeture sur les commerces de la rive droite, dont certains ont manifesté leur hostilité. Sur 170 établissements des avenues Thiers et Jean Jaurès (le prolongement à Cenon), 133 ont répondu à l’enquête. 61% ont déclaré une baisse de leur fréquentation et 54% une baisse de leur chiffre d’affaires (entre septembre et décembre 2017). Mais seulement 7 d’entre eux ont présenté leurs comptes…

Les patrons pour le pont

Si 67% des commerçants sont contre la fermeture du pont aux automobilistes, 51% de leurs clients (sur 404 usagers interrogés, dont 14% seulement utilisent une voiture ou un deux-roues motorisé) y sont favorables.

« Une petite majorité d’usagers est en faveur du maintien de la réservation, mais comme 14% des répondants utilisent une voiture, cela relativise la gêne que pouvait représenter pour certains cette restriction », commente Alain Juppé.

Le maire fait aussi valoir la position de Patrick Seguin, le président de la CCI Bordeaux Gironde, selon lequel « il n’y a pas de raisons de rouvrir le pont à la circulation automobile ». Et il brandit un sondage de Sud Ouest auprès de ses lecteurs : 63% d’entre eux se sont déclarés favorables au maintien de la fermeture aux voitures.

5 – Des alternatives peu convaincantes

Les commerçants avaient plaidé pour des solutions intermédiaires à la fermeture totale, comme la réouverture du pont aux heures de pointes, dans le sens entrant le matin et sortant le soir.

« C’est ingérable, illisible et cela susciterait un risque d’accidents majeur pour faire cohabiter les usagers », tranche Alain Juppé, qui, pour les mêmes raisons de clarté, n’a pas souhaité prolonger l’expérimentation.

Enfin, plutôt que d’ouvrir de nouveaux axes aux voitures, le président de Bordeaux Métropole souhaite explorer davantage les solutions de mobilité alternative. Il confirme notamment l’expérimentation de « bonus mobilités » à partir du 1er septembre pour inciter les automobilistes franchissant régulièrement la Garonne à pratiquer le covoiturage ou  à modifier leurs horaires de déplacement.

Téléphériques

Alain Juppé annonce par ailleurs que les travaux vont commencer pour la ligne de bus Bassens-campus, avec une enveloppe d’une vingtaine de millions d’euros pour améliorer la voirie sur son passage. Il demande aussi que soit élaboré un plan vélo spécifique à la rive droite, dont le potentiel de pistes cyclables est « sous utilisé ».

Le boss de la métropole souhaite enfin que les entreprises mettent en œuvre les plans de déplacement de leurs salariés et favorisent les horaires décalés et le télétravail. Une réflexion doit aussi s’engager sur de nouveaux franchissements de la Garonne… en téléphérique (comme à Brest), par exemple entre Bègles et Latresne, ou entre les coteaux et la gare Saint-Jean. Avant 2050, si possible.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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