Les espoirs de retour à Bordeaux envolés pour Besard et Sylvina ?
Société 

Les espoirs de retour à Bordeaux envolés pour Besard et Sylvina ?

Scolarisés depuis 4 ans et demi à l’école Saint-Bruno, à Bordeaux, Besard et Sylvina ont été expulsés vers l’Albanie avec leurs parents peu avant la rentrée. Une rencontre avec la préfecture ce mardi n’ayant rien changé, RESF 33 compte sur la procédure en appel contre la décision d’éloignement.

RESF 33 (réseau éducation sans frontière) ne veut pas baisser les bras contre un acte « absolument intolérable ». Ce mardi, l’association, qui avait manifesté le jour de la rentrée, a tracté devant l’école Saint-Bruno, et évoqué avec la presse le cas de la famille Tocilla. Elle sortait d’un échange très décevant avec le secrétaire général de la préfecture de Gironde, comme l’explique Gérard Clabé, de RESF :

« L’intégration des Tocilla, en France depuis 4 ans et demi, était faite et le courage de la préfecture aurait été de l’admettre en proposant une régularisation. Elle crée au contraire un précédent car nous n’avons pas connaissance expulsée après une présence aussi longue en France et avec un tel accompagnement par les services de l’Etat. »

Lors de leurs demandes d’asile en France, la famille a en effet été hébergée. Atteint de troubles neurologiques, le père était soigné par l’hôpital de Pellegrin. Un militant de RESF souligne que le seul vol affrété exprès par la préfecture pour renvoyer les Tocilla vers Tirana avec un médecin à bord aurait suffi à les héberger pendant des années à Bordeaux.

« Accident de vie »

Surtout, Besard (6 ans) et Sylvina (9 ans) ont été scolarisés sans interruption depuis leur arrivée en France, il y a 4 ans et demi. Ce fait aurait pu leur ouvrir droit à la régularisation si la préfecture n’avait pas décidé d’appliquer à la lettre la circulaire Valls  – celle-ci impose 3 ans de scolarisation et 5 ans de présence sur le territoire français. Pourtant, les enfants Tocilla, arrivés très jeune en France, connaissent à peine leur pays d’origine.

« Pour eux, c’est une catastrophe, poursuit Gérard Clabé. D’après les nouvelles que nous avons, Sylvina dit qu’elle veut retrouver son école et ses copains. Et Besard ne comprend pas du tout l’albanais. Mais à la préfecture on nous dit qu’ils surmonteront, que ce sera un accident dans leur vie. »

Dessin de Sylvina après son « éloignement » de Bordeaux vers l’Albanie (SB/Rue89 Bordeaux)

A l’heure de la sortie des classes devant l’école, l’émotion est palpable. Des avions en papier volettent sur la place du 11-Novembre. Une banderole avec un dessin d’écoliers explique le sens de ce geste : « Voici les seuls avions dont les enfants devraient se préoccuper ».

« Sylvina et Bésard étaient très bien intégrés, raconte Delphine, une maman d’élève de Saint-Bruno dont le fils a été en classe avec Sylvina. Et leurs parents étaient toujours à l’heure à l’école, même quand ils étaient logés dans des hôtels à Pessac ou près de l’aéroport. Quand ils se sont retrouvés à la rue, les parents d’élève ont fait une cagnotte pour les aider. Moi je trouve ça aberrant. Les enfants faisaient partie de l’école, le petit ne connait pas l’albanais, et on les arrache à leur pays, la France. »

Une tâche au pays des humanistes

Selon RESF, la préfecture a également mis en avant l’application d’un accord entre Paris et Tirana, qui ne reconnait plus le statut de réfugié politique aux migrants albanais.

« Alors que la préfecture de Gironde pourrait faire des exceptions à cette règle, comme cela a déjà été le cas par le passé, elle nous a renvoyé à sa fonction administrative et policière, pas à sa mission de l’État de solidarité et d’accueil », souligne Gérard Clabé.

Pour Danielle Rosin, vice présidente de la Ligue des droits de l’Homme de Gironde, « au pays des humanistes girondins, de Montaigne, Montesquieu et Mauriac, c’est une attitude ni humaine ni humaniste. »

Dernier espoir pour les associations et les parents des camarades de Sylvina et Besard : un recours devant le tribunal administratif contre l’obligation de quitter le territoire français, qui devrait être examiné dans les semaines à venir. La décision finale sera juridique, alors que le refus du gouvernement français d’accueillir l’Aquarius et ses 58 migrants confirme un cap politique très dur sur la question de l’immigration.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

En BREF

Manif du 8 mars à Bordeaux : des meufs, des keufs et des violences policières

par Baptiste Giraud. 3 534 visites. 2 commentaires.

8 mars : Les Bordelaises dans la rue pour faire entendre leurs droits

par Baptiste Giraud. 937 visites. Aucun commentaire pour l'instant.

Acte 17 : un « village jaune » le temps d’un week-end à Bordeaux

par Baptiste Giraud. 4 801 visites. Aucun commentaire pour l'instant.