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Trottinettes, transports alternatifs, gratuité : Bordeaux patine-t-elle ?
Politique  Société 

Trottinettes, transports alternatifs, gratuité : Bordeaux patine-t-elle ?

par Simon Barthélémy.
Publié le 2 octobre 2018.
Imprimé le 02 août 2021 à 21:43
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Alors que des trottinettes électriques en libre service sont désormais disponibles à Bordeaux, les élus métropolitains se sont émus du déploiement incontrôlé de ces systèmes de transport en « free floating ». Certains critiquent par ailleurs la lenteur de la métropole à développer les mobilités alternatives, et à instaurer des tarifs solidaires. Voila 5 questions qui ont fait débat.

Le plat principal devait être la reprise des Girondins. La délibération sur le loyer du stade repoussée, le conseil de Bordeaux Métropole a une nouvelle fois longuement débattu de transports ce vendredi.

Profitant d’un rapport sur TBM, le communiste Max Guichard s’est étonné du « fleurissement d’initiatives privées dans les transports sur l’agglomération » :

« L’implantation de Lime (trottinettes électriques en libre-service) fait suite à celle d’Indigo Weel (vélos) ou Yougo (scooters électriques) et ne va pas sans poser questions sur l’occupation de l’espace public ou la manière dont elle peut interférer » avec les services publics.

1 – Les trottinettes mises à pied ?

Après s’être implantée à Paris, Lime, une entreprise californienne, vient ainsi de lâcher une centaine de trottinettes dans les rues de Bordeaux. Sans avoir jamais sollicité l’autorisation des services métropolitains, annonce Brigitte Terraza, vice-présidente en charge des mobilités alternatives.

« Or il ne faut pas croire que c’est anodin. On nous signale beaucoup de chutes avec ces trottinettes, qui démarrent très vite. Et elles ne peuvent légalement aller ni sur les voies cyclables ni sur les trottoirs. »

Comment les contrôler ? La métropole souhaite que les communes puissent accorder ou pas un licence aux entreprises, poursuit Brigitte Terraza.

« Ces nouveaux modes de déplacements n’ont pas de statut juridique et nous n’avons aujourd’hui aucun moyen de contraindre les sociétés à respecter l’espace public. Nous attendons avec impatience que la loi sur la mobilité, attendue dans les mois à venir, donne aux collectivités territoriale des outils pour réguler ces offres, afin qu’elles soient efficientes et ne dégradent pas les autres modes de déplacement, notamment des piétons. »

2 – Alerte rouge pour Indigo Weel ?

L’élue signale au passage le mécontentement de la métropole envers Indigo Weel. Si cette société avait consulté la mairie de Bordeaux avant de s’y déployer en février dernier, « elle rencontre énormément de problèmes de dégradations et de vols » : seulement 600 de ses 2000 vélos sont aujourd’hui encore en circulation.

Une casse considérable qui ne dissuade toutefois pas l’entreprise, jointe par Rue89 Bordeaux. Jean Gadrat, son directeur général, indique que des biclous vont être réparés, remis en service avec un système anti-vol plus efficace. Désagréablement surpris par le vandalisme, il s’affirme en revanche satisfait du taux d’utilisation – 3 à 4 locations par jour et par vélo -, et confirme l’objectif d’avoir 2500 bécanes en service sur la métropole.

Les vélos en libre service arrivent à Bordeaux (AJ/Rue89 Bordeaux)

Jean Gadrat annonce même la volonté d’Indigo Weel de proposer à Bordeaux « 500 à 600 vélos électriques en libre-service ». Cela étofferait singulièrement l’offre sur l’agglo, puisque TBM va déployer début 2019 1000 VCub électriques, pour 6 euros par mois.


Une prime à l’achat pour les vélos électriques

Parallèlement, la métropole relance ses aides à l’achat de VAE (vélos à assistance électrique), vélos pliants ou vélos-cargo, qui représentait 12,5 à 25% du prix d’achat en fonction des revenus des demandeurs. Suspendue en début d’année, elle avait bénéficié en 2017 à 464 personnes, pour un montant de 100000 euros. Le nouveau dispositif, budgété à hauteur de 95000 euros pour les deux ans à venir, accorde une subvention de 100 euros maximum par habitant de la métropole. Réservée aux foyers les plus modestes, elle sera cumulable avec la prime de l’Etat pour les VAE, et plafonnée à un total de 200 euros et 20% du prix d’achat.


3 – Virages ratés ?

Faut-il changer de braquet ? C’est ce que pensent certains élus de la métropole.  Vincent Feltesse considère par exemple qu’après avoir « raté le virage du tram », en lançant son réseau 15 ans après d’autres grandes villes, Bordeaux est « en train de rater le virage des nouveaux systèmes de mobilité »:

« Nous sommes obnubilés par le fait de tirer des nouvelles lignes de tram dans tous les sens. Alors que le quotidien des gens, c’est de plus en plus l’autopartage, les trottinettes, l’intermodalité, nous continuons à avoir une politique de l’offre datée et douteuse. »

L’ex président de la CUB déplore que la métropole ne suive pas l’exemple d’autres collectivités qui contractualisent avec Waze (application GPS propriété de Google, NDLR) sur l’échange d’informations, pour inciter les automobilistes à emprunter des itinéraires alternatifs, par exemple pour éviter certains quartiers à l’heure où les enfants vont à l’école.

De quoi faire tiquer Alain Juppé :

« Nous ne ratons pas le virage des nouvelles mobilités, nous travaillons sur le téléphérique ou l’utilisation des drones urbains pour le transport de marchandises, et peut-être de personnes. »

Le président de la métropole indique au passage qu’un « grand rendez-vous » permettra en novembre de « faire un bilan du Grenelle des mobilités ».

4 – L’autopartage dans l’impasse ?

Ce débat avait lancé des pistes pour améliorer la situation des transports, comme la réservation de le troisième voie de la rocade au covoiturage et aux transports en commun. Vendredi, l’élu écologiste Pierre Hurmic a rappelé que cette idée a été depuis enterrée par la métropole et l’Etat (propriétaire de l’infrastructure).  Motif : l’insertion des voitures est jugée trop accidentogène sur cet axe à 90 km/h comptant de nombreuses entrées et sortie.

Pierre Hurmic répond qu’une limitation à 60 km/h, « vitesse optimale selon une étude de l’a’urba pour limiter les bouchons », permettrait de résoudre ce problème. En délestant la rocade de 16% de son trafic, le développement du covoiturage (tel que tente parallèlement de l’expérimenter le conseil départemental de la Gironde avec des voies réservées sur certains axes) ôterait l’argument principal agité par les tenants d’un grand contournement autoroutier.

« Cette usine à gaz n’est pas une solution réaliste, martèle Pierre Hurmic. On peut pas se plaindre de la pollution que le trafic occasionne en la reportant vers les zones périurbaines ou rurales. »

Le couloir de bus de l’avenue Marcel-Dassault sera aussi ouvert aux covoitureurs (SB/Rue89 Bordeaux)

Pour Alain Juppé, la 3e voie dédiée n’est « pas une bonne idée » :

« Le covoiturage, il faut l’organiser dans le cadre des plans de déplacement d’entreprise (PDE) comme Thales ou d’autres de l’Aeroparc, ou comme il faut le faire sur les sites des administrations de Mériadeck. Et on ne se passera jamais de voitures, donc un jour ou l’autre on ne fera pas l’économie d’un grand contournement de Bordeaux. »

5 – Quid de la gratuité et des tarifs solidaires ?

Même si les transports étaient gratuits ? Alors que Dunkerque est devenue la plus grande collectivité européenne à instaurer la gratuité sur son réseau, et que Paris y réfléchit, le sujet est revenu sur le tapis du conseil de métropole par la voix des élus communistes, fervents partisans de ce projet pour Bordeaux, et hostiles à l’augmentation continue des tarifs de TBM.

Mais Alain Juppé l’exclut totalement.

« Ce serait contreproductif dans notre métropole. Le transport n’est pas gratuit, il faut bien que quelqu’un paye, et nous avons déjà des efforts à faire sur la maintenance. »

Selon Christophe Duprat, la gratuité du réseau coûterait « seulement » 80 millions, mais elle porterait alors le déficit de TBM à 300 millions d’euros. Le vice-président en charge des transports considère que les transports gratuits sont jouables à Dunkerque ou Libourne, où les recettes billetterie oscillent entre 8 et 12%, pas à Bordeaux Métropole, où elle dépassent les 30%.

L’élu souligne que la tarification solidaire, qui doit bénéficier à l’ensemble des membres des familles les plus modestes, doit rentrer en application en 2019, lorsque seront terminées les avanies du nouveau système de billettique. D’ici là, la gratuité totale a bénéficié à davantage de monde –  44000 personnes, contre 28000 avant les débats les plus chauds sur le sujet avec les associations de chômeurs.

Reste que pour Vincent Feltesse, l’instauration sans cesse repoussée depuis 2011 de la tarification solidaire est une « farce tragique » : elle démontre pour l’élu PS le manque de réactivité de la métropole lorsqu’il s’agit de prendre soin des « invisibles ».

Clément Rossignol-Puech affirme même que la métropole (dont il est vice-président en charge de la nature) « ne respecte pas la loi » : TBM devrait en effet accorder des réductions à tous les bénéficiaires de l’aide médicale d’Etat « réfugiés ou non, réguliers ou non ».

« Nous devons mettre en place ces réductions sans attendre la mise en place de la tarification solidaire ».

A moins que la métropole ne propose des trottinettes gratuites pour tous ?

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, cofondateur de Rue89 Bordeaux

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