Acte 6 : Noël en jaune et sous les lacrymos à Bordeaux
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Acte 6 : Noël en jaune et sous les lacrymos à Bordeaux

Ce samedi, plus de 3000 « gilets jaunes » ont manifesté dans les rues de Bordeaux. Malgré la pluie, l’accalmie médiatique et l’arrivée des fêtes de fin d’année, leur motivation et détermination ne semblent pas faiblir. Toujours hétéroclite, le cortège donnait l’impression de prendre ses petites habitudes, et de se structurer. L’essoufflement, ce n’est pas pour maintenant.

Surprise, les gilets jaunes sont encore là. Alors que la focale médiatique a commencé à s’en éloigner, que la saison est plutôt aux achats de Noël (pour ceux qui le peuvent) et à partir en vacances (pour ceux qui en ont), l’ « acte 6 » qui s’est tenu ce samedi après-midi à Bordeaux n’avait rien d’un baroud d’honneur.

Présents place de la Bourse dès 14h, les gilets jaunes ont cette fois attendu 15h avant de se mettre en route. Le temps que le cortège se gonfle, et qu’arrivent les motards. Selon la préfecture, 2600 personnes étaient présentes au plus fort de la journée (contre 4500 les semaines passées). Mais le chiffre exact était sans doute supérieur à 3000.

La tête de cortège après le départ, sur les quais (BG/Rue89 Bordeaux)

D’un samedi à l’autre, l’organisation a progressé : une banderole de tête est déployée (« Unis le changement est possible »), des gilets jaunes « sécurité » contrôlent et orientent l’avant du cortège. A l’arrivée des motards, une haie d’honneur leur est faite afin qu’ils prennent les devants de la manif.

« Merci gilets jaunes »

Le cortège s’élance en direction des Quinconces. Il contourne la place et rattrape le cours Clemenceau. Place Gambetta, des gendarmes mobiles bloquent l’entrée du cours de l’Intendance : ils récoltent une belle volée d’insultes. « Merci gilets jaunes » chantent également les manifestants à la vue des policiers, en référence à la prime que les premiers ont fait gagner aux seconds.

Le cortège toujours bien fourni, ici sur les quais (BG/Rue89 Bordeaux)

L’assemblée est toujours aussi hétéroclite. On croise autant des partisans de Dieudonné chantant la « quenelle » que des écolos, des antifascistes, des syndiqués et membres de partis politiques de gauche (NPA, LO), des militants autonomes, une batucada, des Kurdes, des Basques, des ouvriers de chez Ford, des Charentais, Médocains, motards…

Le RIC (référendum d’initiative citoyenne) est encore une fois omniprésent : sur les pancartes, les tracts, et même des autocollants jaunes collés sur beaucoup de gilets. Mais les slogans visent surtout Emmanuel Macron, appelé encore une fois à démissionner.

Les commerçants paniquent

Cours d’Albret, Aristide Briand, les gilets jaunes passent devant la Bourse du travail en l’ignorant. Place de la Victoire, on sent une hésitation : certains resteraient bien ici, mais d’autres s’enfilent déjà dans la rue Sainte-Catherine. Voyant la foule arriver, des commerçants paniquent et plient boutique à toute vitesse, suscitant des moqueries. D’autres s’enferment avec leurs clients à l’intérieur des magasins.

Dans le cortège, ce samedi, on trouvait aussi un drapeau arc-en-ciel « Paix » ou une pancarte « Social/écologie : même combat, mêmes adversaires » (BG/Rue89 Bordeaux)

Au croisement avec le cours Victor-Hugo, un barrage de policiers empêche de continuer tout droit, et trois camions de police sont stationnés à gauche, bloquant la circulation vers le cours Pasteur. Des membres de l’organisation tentent de faire dévier le cortège à droite, en direction de la porte de Bourgogne.

Mais beaucoup s’arrêtent et commencent à invectiver les policiers : ils leur demandent de poser leurs casques, de rejoindre les manifestants, « d’arrêter de servir les intérêts de Macron et ses amis », et les insultent copieusement. Le face à face dure. On croit que ça va dégénérer, mais aucun projectile n’est lancé d’un côté ni de l’autre.

Nasse

Au bout d’un moment, des manifestants commencent à déborder les policiers sur le côté gauche, en passant sur le trottoir. Pas assez nombreux pour contrôler, ces derniers laissent faire, et se retrouvent vite encerclés : 3 camions de police, une dizaine d’agents, au milieu d’une foule de centaines de manifestants criant leur joie d’avoir pris les policiers dans la nasse.

Des bleus coincés au milieu des jaunes, cours Victor-Hugo (BG/Rue89 Bordeaux)

Peu après, l’autre dizaine d’agents qui bloquait la rue Sainte-Catherine s’écarte, laissant la manifestation poursuivre dans la rue commerçante. La foule acclame comme une victoire. Certains serrent la main de policiers.

Le cortège s’est bien réduit depuis le départ, mais continue d’un pas décidé. La majorité tourne à gauche vers la place Pey Berland, tout en sortant ses masques à gaz et lunettes de protection, de piscine ou de plongée.

Flashball à usage immodéré

Une fois devant le barrage de CRS, le face-à-face devenu rituel ne dure pas bien longtemps. Un peu avant 17h, les premiers projectiles fusent et le canon à eau y répond, faisant reculer les plus audacieux. Progressivement, les CRS augmentent la dose de gaz envoyée. Après moins d’une heure, ils chargent pour éloigner et séparer la foule au niveau du croisement Alsace-Lorraine/Pasteur.

Les CRS ont d’abord fait usage du canon à eau, avant de sortir les gaz lacrymogènes pour que les manifestants quittent la place (BG/Rue89 Bordeaux)

Assez rapidement, les manifestants reculent vers les quais et la Victoire. Les policiers se déplacent eux aussi rapidement rue du Loup et rue Sainte-Catherine. Des jeunes se font contrôler à côté de passants chargés de paquets. Les gaz sont envoyés au milieu de la foule de consommateurs.

Courses de Noël sous surveillance, rue Sainte-Catherine (BG/Rue89 Bordeaux)

Au même moment, les derniers manifestants sont repoussés vers la Victoire puis s’échappent par le cours de la Marne, jetant ce qu’ils trouvent au milieu de la chaussée et y mettent feu. Derrière, donnant lieu à des scènes surprenantes de guérilla urbaine, des policiers les poursuivent par petits groupes, faisant un usage immodéré du flashball en tir tendu et cherchant à faire des interpellations.

Selon la préfecture, 15 personnes ont été arrêtées et placées en garde à vue. 10 autres seraient blessées, dont 6 policiers légèrement.

L'AUTEUR
Baptiste Giraud
Baptiste Giraud
Anciennement blogueur sur Rue89 Bordeaux. Devenu journaliste à force d'écrire. Pigiste, précaire, et passionné.

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