Un « signal d’alarme » lancé contre les violences policières à Bordeaux
Société 

Un « signal d’alarme » lancé contre les violences policières à Bordeaux

Alors que le Gilet jaune girondin blessé samedi dernier est sorti du coma, associations, syndicats et partis de gauche dénoncent la gestion du maintien de l’ordre à Bordeaux. Ces organisations ont déjà recensé une dizaine de blessés graves, et veulent « éviter l’irréparable ».

Une marche blanche doit se tenir ce samedi à Bazas en l’honneur d’Olivier Béziade, sorti du coma mercredi soir. Père de deux enfants, pompier volontaire, ce Gilet jaune de 47 ans, manifestait pacifiquement samedi dernier à Bordeaux, lorsqu’il a été touché à la nuque, probablement par un tir de flashball de la police. Placé en coma artificiel, il s’est donc réveillé et son pronostic vital n’est plus engagé, mais sa main est encore paralysée.

La préfecture de la Gironde a saisi l’IGPN pour faire la lumière sur cette affaire, mais n’a pas déclenché d’enquête pour d’autres faits mettant en cause  les forces de l’ordre. Lors de ce même « acte 9 », un jeune homme a été éborgné par un tir de lanceur de balle de défense (LBD).

Depuis le début du mouvement des gilets jaunes en Gironde, « on dénombre ainsi pas moins d’une dizaine de personnes victimes de blessures extrêmement graves, irréversibles », s’est indigné ce vendredi un collectif d’associations, syndicats et partis de gauche (FSU, CGT, SNJ-CGT, Ligue des droits de l’Homme, Clé des ondes, France insoumise, PCF, EELV…).

« Eviter l’irréparable »

Lors d’un rassemblement ce vendredi sur le parvis des Droits de l’Homme à Bordeaux, ces organisations ont évoqué « des défigurations du visage, l’ablation d’un testicule, des handicaps moteurs permanents, deux mains arrachées ». Elles ont accusé le « surcroît de violence policière » destiné selon elles « à intimider la population » et  la « dissuader de manifester ». Surtout, ce collectif a voulu « tirer un signal d’alarme avant que l’irréparable ne se produise ».

Outre un moratoire sur les LBD – « utilisés par des personnels non formés, tirant au flashball au-dessus des épaules et à une distance inférieure aux règles d’usage » –, le collectif demande au préfet de la Gironde « l’abandon immédiates de techniques répressives dangereuses et excessives », dont « l’utilisation de brigades de voltigeurs à moto pourtant interdites depuis 1986 et la mort de Malik Oussékine ».

L’Observatoire girondin des libertés publiques, qui fédère plusieurs associations, dénonce également de son côté « la brutalité et l’illégalité de telles pratiques de “maintien de l’ordre” ». Il collecte actuellement des témoignages de victimes, et des avocats pourraient former un recours collectif en justice.

Des forces de l’ordre débordées ?

Comment expliquer de tels déchainements à Bordeaux, déjà marquée par une mobilisation massive – plusieurs milliers de manifestants tous les samedi, souvent plus qu’à Paris –, et pas mal de casse matérielle ?

« Les tensions sont attisées par la présence massive des forces de l’ordre, estime Jean-Claude Guicheney, résident de la section Gironde de la Ligue des Droits de l’Homme. Le préfet a fait de la place Pey Berland, devant la mairie, un bastion militarisée, point d’appel pour les plus virulents. »

« Bordeaux n’est traditionnellement pas une ville manifestante, et les forces de l’ordre ont eut l’air débordées », pense Manon Wendling, du Syndicat des avocats de France. Outre l’utilisation des armes, l’avocate s’inquiète d’une réponse disproportionnée des pouvoirs publics, illustrée selon elle par la multiplication des « interpellations préventives » et des gardes à vue sans appel à avocats.

Craignant une dérive vers un État policier, où les mesures administratives prendraient le pas sur les décisions judiciaires, les associations mobilisées vendredi exigent le retrait du projet de loi « anti casseurs », qui restreint selon elles le droit de manifester, et doit arriver à l’Assemblée le 29 janvier.

Jointe par Rue89 Bordeaux, la préfecture de la Gironde n’a pas voulu répondre à ces critiques.

Répondez à l’enquête de Rue89 Bordeaux

C’est par ici : Donnez votre avis sur Rue89 Bordeaux et faites évoluer votre média

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

En BREF

Yann Bubien, directeur adjoint de la ministre de la santé, prend la tête du CHU de Bordeaux

par Eloïse Bajou. 2 039 visites. Aucun commentaire pour l'instant.

Dernier appel des Ford avant la fermeture de l’usine de Blanquefort

par Simon Barthélémy. 622 visites. Aucun commentaire pour l'instant.

#StopExpulsions : le hashtag qui veut faire plier la préfète de la Gironde

par Walid Salem. 3 813 visites. 3 commentaires.