Des soldes en mode S.O.S pour des commerçants bordelais en détresse
Economie 

Des soldes en mode S.O.S pour des commerçants bordelais en détresse

Peur, chiffre d’affaires en chute libre, risques de faillite et de chômage partiel… Alors que les soldes d’hiver débutent, les commerçants bordelais tirent la sonnette d’alarme sur l’impact du mouvement des Gilets jaunes sur leurs enseignes. 5000 emplois seraient directement menacés.

« Il y a une règle dans le monde du commerce : ce qui est perdu est perdu. On rattrape un petit peu, mais jamais à 100%. »

Le constat est sans appel pour Christian Baulme, président de La Ronde des quartiers. Ce jeudi lors d’une conférence de presse, cette association de commerçants de Bordeaux (1200 adhérents sur les 5000 commerçants de la ville), accompagnée d’autres représentants du secteur, a appelé les Gilets jaunes à cesser les violences et la paralysie du centre.

Depuis le début des manifestations, en novembre, leur fréquentation globale a chuté de 20% soit 400 000 visiteurs de moins que l’année dernière. La période, qui aurait dû être fructueuse grâce aux achats de Noël, a été difficile pour les commerçants, voire même chaotique. Les chiffres d’affaires sont en berne : jusqu’à -50% les samedis par rapport à 2017.

« Psychose ambiante »

Pour tenter de rattraper le manque à gagner, les professionnels ont du s’adapter en ouvrant exceptionnellement leurs portes le dimanche ou en nocturne. Et dans ce cas là, les petits commerçants ne comptent plus le temps passé au travail : une ouverture 7 jours sur 7, à raison d’une dizaine d’heures par jour.

« La courbe des ventes du mois de décembre est linéaire, alors que normalement on devrait avoir des pics les samedis, explique Colas Michard, chausseur de la rue Sainte-Catherine. Là, le samedi est comme les autres jours de la semaine. On a des appels incessants pour savoir si on est ouvert le dimanche, on sait très bien que les gens ne viendront plus le samedi. Il y a une psychose ambiante. Donc on doit s’adapter en changeant nos horaires. »

Mais les efforts mis en place et les achats de dernières minutes avant les fêtes n’ont pas suffi à rattraper la saison. Économiquement, cela se traduit par une embauche inexistante et pour certaines enseignes, la possibilité de se mettre au chômage partiel si les chiffres ne remontent pas. Et psychologiquement ?

« C’est dur, confie Sandy Hébert, commerçante indépendante de la rue Saint-James, qui ne se verse plus de salaire. C’est compliqué de se dire qu’en 8 semaines, tout ce qu’on a construit depuis 4 ans s’écroule. »

« Des recettes ? On y pense même pas »

Le coup d’envoi officiel des soldes a eu lieu mercredi 9 janvier, mais dans certains magasins cela fait plusieurs jours que les rabais ont débuté. Les grandes enseignes avaient déjà appliqué les promotions des « ventes privées », réservées à la clientèle fidèle. Les petits commerçants n’ont pas eu d’autres choix que de s’aligner.

Au premier jour des soldes, les clients ne se bousculaient pas dans les magasins, malgré des réductions de -50% à -70%, dignes d’une deuxième démarque. La journée de samedi sera décisive, explique Sandy :

« On espère que les soldes vont relancer l’engouement des gens pour les boutiques et nous permettre de payer les factures de la saison d’hiver. Il n’y aura pas de recettes, on n’y pense même pas, ce sera juste de la trésorerie. »

Une atmosphère maussade pèse sur la ville. Les derniers samedis, dès 13h, le tram a cessé de circuler empêchant ainsi la clientèle extérieure de venir et dès 17h, une grande partie des commerçants a été contrainte de baisser leurs grilles au fur et à mesure que les manifestants progressaient. Alors, les clients désertent les magasins et préfèrent plutôt les achats en ligne. Déjà qu’Internet cause du tord aux commerces indépendants (aux librairies par exemple), en cette période difficile c’est un coup dur supplémentaire pour eux.

Dos au mur

« Aujourd’hui, cours Alsace-Lorraine, les habitants et commerçants ont peur du samedi. Qui aurait pensé un jour, en étant habitant, commerçant, avoir peur ? s’interroge Jérôme Bianchi, représentant des commerçants du secteur. On vous demande de cesser. Nous n’en pouvons plus. Qui va payer nos charges ? La casse ? Le manque à gagner ? »

N’ayant pas suffisamment de trésorerie pour payer leurs charges, les commerçants ont obtenu des reports de paiement : une aide temporaire qui décale de quelques semaines la sentence. Pour faciliter ces démarches administratives adressées à l’URSSAF, la CCI de la Gironde a mis en place un numéro (05 56 79 50 00) et comptabilise une soixantaine de dossiers depuis la fin du mois de novembre.

Les petites communes du département ont elles aussi été touchées par les mouvements de contestation : Langon, Saint-André-de-Cubzac et surtout Sainte-Eulalie. Dans cette commune, un groupe de gilets jaunes très actif occupe le rond point de la zone commerciale Grand-Tour où certaines enseignes ont vu leur chiffre d’affaire diminuer de 70%.

10% des emplois en sursis

À Bordeaux, les 5 000 commerces actifs recensés représentant 50 000 emplois directs et 100 000 emplois indirects. Le nombre d’entre eux qui ne pourront pas surmonter cette période et qui devront mettre la clé sous la porte d’ici quelques semaines, est estimé à 10%. Les commerces nouvellement installés (moins de 5 ans) sont les plus fragiles.

Les semaines à venir vont donc être capitales pour l’avenir des commerçants bordelais. Pour la braderie annuelle de La Ronde des quartiers, qui a lieu au début du mois de février, les organisateurs songent déjà à un plan B. Pour éviter la journée du samedi, l’événement pourrait être déplacé au mercredi, jeudi et vendredi.

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L'AUTEUR
Lisa Douard
Journaliste en formation, en licence des sciences de l'information et de la communication de l'université Bordeaux Montaigne.

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