Gilets jaunes : forte mobilisation mais pas d’acte 20 « apocalyptique » à Bordeaux
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Gilets jaunes : forte mobilisation mais pas d’acte 20 « apocalyptique » à Bordeaux

Alors que l’appel du maire de Bordeaux à une ville morte a été très suivi, l’apocalypse annoncé n’a pas eu lieu. La mobilisation des Gilets jaunes a réuni 5000 manifestants pour l’acte 20. Quelques heurts et 59 interpellations.

« It’s Oh So Quiet » pourrait dire la chanteuse Björk en passant par le centre-ville de Bordeaux. C’est d’ailleurs ce que s’est dit ce couple de touristes anglais place Pey-Berland :

« La ville est incroyablement calme ! Les “Yellow Vests“, on en avait entendu parler mais on ne s’attendait pas à ça. Il y a des policiers partout. On dirait une guerre civile… »

Ce samedi 30 mars ensoleillé à Bordeaux avait plutôt l’air d’un dimanche de mois d’août. Ou, au mieux, d’une journée sans voitures, mais aussi sans commerces. Même les églises affichaient un avertissement d’une fermeture exceptionnelle.

Devant la mairie, un double cordon de police. Les terrasses du café Rohan et du café Français étaient installées, mais presque inaccessibles. Une « ville morte » pour de vrai, décrétée la veille par le maire de Bordeaux, Nicolas Florian, qui avait laissé comprendre que les commerces et les riverains du centre ville feraient mieux de rester barricadés, suite à un avis de la préfecture qui évoquait la venue de milliers de casseurs.

Des prévisions

Mais alors, pas de Black blocs ? On pose la question à un groupe de policiers devant la mairie. L’un d’eux fait une mou sceptique. Son collègue relativise :

« Les Black blocs, quand on n’en parle pas, ils font des dégâts et on se plaint de ne pas avoir prévenu. Quand on s’y prépare, ils ne sont pas là et on dit qu’on en a trop fait. »

Trop fait ou pas, la mairie de Bordeaux a publié en fin de journée un communiqué :

« La vingtième journée de mobilisation des “gilets jaunes” à Bordeaux n’a pas confirmé les prévisions qui avaient circulé depuis le début de la semaine. […] La mise en garde [de Nicolas Florian, NDLR] a contribué à la gestion très efficace de la manifestation par les forces de police et le contrôle plus facile des nombreux éléments à risque venus à Bordeaux pour se livrer à des actes violents. »

Effectivement, beaucoup de commerces étaient fermés et des voies d’accès contrôlées comme le cours de l’Intendance ou la place Pey-Berland. Là, les badauds cherchant leur chemin se verront vaguement renseignés. « Nous ne sommes pas d’ici » répondent les membres des forces de l’ordre. Des unités de toutes la Nouvelle-Aquitaine ont été appelées en renfort.

Plusieurs avis de fermeture (WS/Rue89 Bordeaux)

« On s’attendait à pire »

Côté Gilets jaunes, ils sont environ 5000. Vers 13h, quelques-uns se retrouvent au « village » en face de la maison éco-citoyenne où l’on pouvait assister à différentes prises de paroles.

Côté force de l’ordre, un dispositif impressionnant est visible à côté de la place des Quinconces et les installations habituelles en place dans le centre-ville : des barrières et des fourgons en haut et en bas du cours de l’Intendance, comme autour de la place Pey-Berland.

Si plusieurs commerces avaient tiré le rideau, d’autres sont ouverts comme à l’accoutumée. Parmi les premiers, l’Apple Store, la Fnac, et même le café des Arts au coin de la rue Sainte-Catherine et cours Victor-Hugo… Parmi les seconds, le café de la Comédie avait sa terrasse bondée en face du Grand Théâtre, et les Galeries Lafayette ouvertes toute la journée avec une sécurité plus renforcée que d’habitude après les incroyables événements de samedi dernier. A propos de la fréquentation, une vendeuse se confie : « On s’attendait à pire. »

Le village des Gilets jaunes sur les quais (WS/Rue89 Bordeaux)

59 interpellations

Vers 14H30, un cortège de Gilets jaunes bien fourni quitte la place de la Bourse. Éric Drouet, Jérôme Rodrigues et le chanteur Francis Lalanne sont là. Direction Saint-Jean où la police contient les manifestants de pénétrer dans la gare. Cours de la Marne, une agence du CIC est saccagée. Des heurts et les premières interpellations ont eu lieu ensuite place de la République après que le cortège ait été empêché de remonter la rue Sainte-Catherine.

En fin d’après-midi, le cortège s’est dispersé. Des groupes de Black blocs se déplacent par dizaine dans les rues pourchassés par les forces de l’ordre. Vers 17h30, des incidents ont eu lieu cours de l’Yser alors que sur la place Pey-Berland le calme règne, « mais la journée n’est pas terminée » lance un policier.

En fin de journée, un groupe de manifestants se retrouve place de la Victoire. D’autres se donnent rendez-vous place de la Bourse. Un long cordon de la police barre les quais de la Garonne jusqu’à la place Jean-Jaurès. Du gaz lacrymogène sur le miroir d’eau et une interpellation vont clore la journée.

Sur Twitter, la préfecture annonce « 59 interpellations à Bordeaux pour détention de matériels offensifs, ports d’armes prohibé, jets de projectiles sur les forces de l’ordre et outrages sur personne dépositaire de l’autorité publique ».

Interpellation et intimidation de journalistes

Un journaliste, qui a préféré garder l’anonymat, témoigne :

« 18h05, le cortège des Gilets jaunes scindé en deux par les forces de l’ordre à l’angle du cours de la Marne et des Capucins. Une partie se dirige vers Nansouty, l’autre vers la gare. Un jeune skateur sur le trottoir insulte les policiers qui avaient serré des mecs. Il était tout seul. Ils sont tombés dessus et l’ont embarqué. J’ai crié en disant que le gamin a rien fait. Là, un policier m’a pointé avec un flashball à bout portant pour me faire reculer. Je suis journaliste je dis. Il me répond : ta gueule, dégage. »

Alors que plus tôt dans la journée, à proximité de la porte de Bourgogne, le vidéaste Krishanorpoo Brun a été interpellé par la police avec son équipe :

« Après deux heures de garde à vue et une heure de déposition, on a été relâché en fin d’après-midi après des excuses et on a pu récupérer la totalité de nos effets. »

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication

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