Un collectif d’associations bordelaises : « Nous planterons une forêt à la Jallère »
Tribune 

Un collectif d’associations bordelaises : « Nous planterons une forêt à la Jallère »

Le projet d’aménagement de la Jallère à Bordeaux inquiète de nombreuses associations concernant les conséquences sur l’environnement. Pour évoquer le sujet et défendre la proposition d’une forêt urbaine, elles ont rencontré ce mardi Nicolas Florian, le maire de Bordeaux. Estimant ne pas avoir été entendues, elles signent une tribune pour annoncer la plantation de la forêt cet automne.

A proximité du nouveau stade Matmut, au nord de Bordeaux, un quartier de 95 ha porte le nom de la Jallère.

A côté, d’une partie urbanisée avec des bureaux de la Caisse des dépôts ou le GAN se trouve une friche urbaine de 40 ha sur laquelle on a entreposé le fond du lac de Bordeaux et les boues de la Garonne pendant des années. Depuis plusieurs décennies, restée tranquille, la nature y a doucement repris ses droits : des cerisiers, des pruniers, des saules blancs poussent ; des oiseaux, des insectes, des animaux sauvages s’y promènent ; des chasseurs s’y sont même installés.

Cet espace, appartenant à Bordeaux Métropole et à 20 min du centre ville en tram, est convoité depuis plusieurs années par des promoteurs immobiliers. On imagine déjà des panneaux publicitaires nous vantant l’achat d’un appartement ou d’une maison dans un superbe éco quartier, car c’est bien dans cette direction que le projet d’aménagement du quartier se dirige : 2000 logements et de nouveaux locaux d’activités finiront d’artificialiser un des derniers espaces naturels urbains de la commune de Bordeaux.

Un simulacre de démocratie

Le 20 mars, à l’occasion de la clôture de Bordeaux Métropole 2050, nous avons prévenu : les projets d’urbanisation ne peuvent plus se concevoir comme autrefois. L’érosion des ressources (eau, air), l’effondrement de la biodiversité, l’indispensable objectif du maintien à 1,5°C de réchauffement de la température terrestre, les effets sur la santé et les plus pauvres, tout converge vers la nécessité d’un changement radical.

A la Jallère, le processus de concertation sur l’aménagement du quartier est un simulacre de démocratie :

  • L’étude du projet d’aménagement urbain initial a été financé à hauteur de 1 163 000€ par la métropole tandis qu’un projet alternatif de forêt urbaine doit se concevoir avec des bouts de ficelle
  • Les réunions de concertation sont animées par le Maire de quartier, qui n’est pas neutre vis-à-vis du projet
  • Les ordres du jour sont conçus de telle sorte que le projet ne peut être remis en question
  • Aucune information sur le planning de la concertation n’est disponible, les dates de réunion changent.

Plus un mne peut être bétonné

Mais surtout, au vue des urgences écologiques, l’artificialisation de si grandes surfaces ne devrait même plus faire l’objet de débat : pas un mètre carré de terre, si polluée soit-elle, ne peut être bétonné.

Le projet de forêt de 50 000 arbres, de forêt comestible et ferme urbaine proposé par le groupe écologiste nous semble être le seul projet d’aménagement répondant parfaitement à ces enjeux globaux indispensables à notre survie à court terme. Les 40 ha de la friche urbaine ne doivent pas être artificialisés : ils doivent être dépollués et devenir le nouveau poumon vert de notre ville. Les intérêts sont multiples :

  • La santé des métropolitains : aujourd’hui les études scientifiques ont prouvé qu’implanter des arbres et espaces verts dans les villes permettait de réduire significativement la pollution aux particules fines[8] responsables de 48 000 décès par an en France par maladies respiratoires et cardiovasculaires
  • Un bel espace de captation de CO2 (qui limitera le changement climatique)
  • La Jallère deviendrait un réservoir de biodiversité connecté avec la réserve naturelle de Bruges
  • Le rayonnement de la métropole : cette forêt urbaine donnera l’image d’une ville moderne et connectée avec les nouveaux enjeux.
  • Elle sera la vitrine d’un nouveau pacte social basé sur la construction de biens communs écologiques, plutôt que sur la privatisation et la marchandisation de l’espace

Nous n’opposons pas social et écologique

Nous sommes conscient des enjeux sociaux à Bordeaux. Contrairement à une certaine « écologie » de ministère, nous n’opposons pas social et écologique.

Concernant les nouveaux logements, nous avons bien à l’esprit la nécessité d’héberger de nouvelles familles, toutefois des solutions de bon sens existent en utilisant mieux les 22 473 logements vides de la métropole.

Pour les locaux d’activités promis dans le projet d’aménagement (dont le projet de super ressourcerie IKOS), les espaces déjà urbanisés du quartier qui sont vides suffiront largement à accueillir tout le monde. Plus globalement, nous remettons en cause des choix d’aménagement du territoire qui concentrent sur les métropoles la plupart des services et des emplois, vidant les zones rurales et les petites villes.

Considérant la partialité et la lenteur du processus de concertation, l’urgence de répondre aux enjeux de ce siècle, nous serons audacieux dans la forme et innovants dans le fond : nous planterons cette forêt urbaine sur le quartier de la Jallère en automne de cette année avec l’énergie collective qui nous caractérise.

Non, monsieur le Maire, nous n’avons pas le temps

Nous le ferons sans violence, ni dégradation, en respectant l’écosystème en place et dans une ambiance conviviale et familiale, après tout : nous ne ferons que planter des arbres. Nous commencerons la régénération de la zone le vendredi 3 et samedi 4 mai 2019, où nous invitons tous les bordelais à un nettoyage géant.

Ce mardi 30 avril, Nicolas Florian, le maire de Bordeaux, nous a invité à un dialogue, dans son bureau. Il a longuement été question de cette opération de nettoyage et il a choisi l’option de la coopération : nous avons l’autorisation et des bennes pour la collecte des déchets. Quant à la suite, l’échange fut plus nébuleux. Il nous a assuré que nous avions le temps de rediscuter, d’approfondir la concertation.

Non, monsieur le Maire, nous n’avons pas le temps.

Chaque jour, presque 100 d’espèces d’animaux ou de plantes disparaissent pour toujours, menaçant un peu plus le château de cartes de la vie de s’effondrer. Chaque jour, 100 millions de barils de pétrole sont extraits du sol, ajoutant autant de CO2 dans l’atmosphère, de plastique dans l’océan et de pesticides dans les sols.

Nous n’avons plus le temps d’attendre. C’est aujourd’hui que nous devons nettoyer cette zone et planter cette forêt. Parce que demain, nous devrons faire de même ailleurs.

A cette occasion, nous invitons tous les Bordelais à participer à ce nettoyage et à nous aider à planter cette forêt urbaine à l’automne. Nous invitons également la mairie à nous apporter son aide. Mais si elle refuse de nous l’accorder, nous nous en passerons.

ANV-COP21 Gironde,
Youth For Climate Bordeaux,
Greenpeace Groupe local de Bordeaux,
Les Jeunes écologistes Bordeaux Aquitaine,
Aux Arbres Citoyens,
Nous voulons des coquelicots,
et tous les planteurs et planteuses qui sont prêt·e·s pour l’automne.

L'AUTEUR
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