Grève pour le climat : ils ne veulent plus « polluer, consommer et fermer leur gueule »
Ecologie  Société 

Grève pour le climat : ils ne veulent plus « polluer, consommer et fermer leur gueule »

Plusieurs centaines de collégiens, lycéens et étudiants ont défilé ce vendredi à Bordeaux lors de cette journée de grève pour le climat. Mais ce n’est pas toujours facile de convaincre leurs camarades et leurs établissements de sécher pour défendre la planète…

« Pollue, consomme, et ferme ta gueule. C’est quoi l’message qu’on donne aux jeunes ? » Le slogan percutant est entonné à l’approche de la place Pey-Berland, peu avant 16h. Ils sont près de 1000 collégiens, lycéens et étudiants à avoir raté les cours ce vendredi pour participer à la grève mondiale pour le climat – une mobilisation moins importante que celle du 14 mars dernier, mais davantage que la précédente, le 24 mai.

« C’est pour que les politiques se rendent compte qu’on bouge, et qu’on est capables d’être nombreux », glisse Anouk, en 3e au collège Paul-Emile Victor de Branne, non loin de Castillon-la-Bataille.

Une petite trotte pour venir à Bordeaux, mais Anouk et son amie Eva sont venue exprès, en train, accompagnées par leurs grands-parents. Elles sont sans doute les seules de leur établissement :

« Quand on en parle autour de nous, il y en a qui rigolent, d’autres qui disent que ce n’est pas ça qui va faire changer les choses. »

En marche vers Pey-Berland (SB/Rue89 Bordeaux)

Incollables sur le climat

« Il faut un changement drastique, et ça commence par être présent à des actions comme celle-ci », estime Timber, en prépa au lycée Montaigne de Bordeaux. C’est la troisième fois qu’il manifeste, et est prêt à recommencer. Mais dans sa classe, sur 50 élèves, il se sent un peu isolé.

« La plupart vivent dans leur monde de riche. Certains ont conscience de la catastrophe environnementale, mais ils disent qu’ils privilégient leurs études pour pouvoir ensuite tenter de changer les choses. On a même un prof qui nous affirme que manifester ne sert à rien… »

« C’est la rentrée, les gens ne veulent pas trop rater leurs cours », estime Léonie, militante de Youth for climate.

Elle signale que dans d’autres établissements, les « grèvistes » étaient menacés d’heures de colle. Alors l’élève en première au lycée bordelais de Magendie avait demandé au proviseur que l’après-midi soit banalisée, c’est à dire que les participants à la manif ne puissent pas être sanctionnés.

« Il était d’accord, à condition que d’autres lycées le fasse, mais on a pas pu lui prouver que c’était le cas, déplore Simon, également en première à Magendie. Or beaucoup de parents ne laissent pas leurs enfants aller en manif… »

La manifestation des jeunes pour le climat, vendredi 20 septembre 2019 (SB/Rue89 Bordeaux)

Des enjeux sous-traités

Les deux jeunes gens doutent de l’utilité des éco-délégués, récemment élus mais dont les missions ne sont selon eux pas claires :

« On a eu aucune réunion spécifique pour débattre de leurs actions, le gouvernement veut juste prouver qu’il fait quelque chose », poursuit Simon.

« Il faudrait déjà que certains profs arrêtent de faire des photocopies sans arrêt, ou fassent au moins des recto-verso », ajoute Capucine, du lycée Pape Clément de Pessac.

Plusieurs jeunes indiquent ne pas se sentir franchement soutenus, voire simplement informés par les adultes de leur entourage. Aussi, 80 dirigeants d’établissements d’enseignement supérieur, dont plusieurs bordelais, suivis de 80 députés de tous bords, ont demandé que soit renforcée l’éducation sur le climat et l’énergie.

« Les jeunes sont aujourd’hui volontaires pour jouer leur rôle dans la transition énergétique et écologique, mais ils en seront incapables si leurs formations ne leur confèrent pas le savoir et les compétences nécessaires, indique la tribune publiée dans le JDD. Et pourtant la place accordée à l’enseignement des enjeux climatiques et énergétiques dans les formations du supérieur en France est encore très insuffisante – moins d’un quart des formations abordent le sujet, selon une étude du Shift Project portant sur 34 établissements du supérieur. »

Ce samedi, tous ceux qui se sentent préoccupés par le sujet pourront à nouveau s’exprimer lors d’une marche pour le climat.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

En BREF

Le bordelais Christophe Hutin choisi pour représenter la France à la Biennale d’architecture de Venise

par Walid Salem. 879 visites. Aucun commentaire pour l'instant.

Pierre Hurmic, candidat de l’urgence climatique à la mairie de Bordeaux

par Simon Barthélémy. 1 209 visites. Aucun commentaire pour l'instant.

Chérot, le projet du métro à Bordeaux tombe à l’eau

par Walid Salem. 1 042 visites. 7 commentaires.