Epitaphe pour l’Arriel, le dernier glacier néo-aquitain des Pyrénées
Ecologie 

Epitaphe pour l’Arriel, le dernier glacier néo-aquitain des Pyrénées

Une plaque a été posée ce mercredi par les élus écologistes de Nouvelle-Aquitaine au refuge d’Arrémoulit, à la mémoire du dernier glacier de la région, l’Arriel. Il reste désormais moins de 20 glaciers dans les Pyrénées, il n’y en aura sans doute plus d’ici 2040, à cause du réchauffement planétaire.

« Le glacier d’Arriel, le plus à l’ouest des Pyrénées, a disparu comme 50% des glaciers pyrénéens ces dernières années. Ils disparaîtront tous probablement d’ici 2040. Cette plaque atteste que nous savons ce qui se passe et que nous savons ce qu’il faut faire. Vous seul-e-s saurez si nous l’avons fait. »

Voilà ce qu’on peut lire sur l’un des panneaux que Stéphane Trifiletti et Olivier Cazaux, élus écologistes de la Région Nouvelle-Aquitaine, ont posé ce mercredi 23 octobre au refuge d’Arrémoulit, aux pieds du pic d’Arriel. L’initiative, une première en France, imite une commémoration réalisée cet été en Islande par des scientifiques, en présence des représentants du gouvernement islandais.

« C’est un lieu symbolique, selon Stéphane Trifiletti. Depuis le lac d’Arrémoulit et le refuge, le glacier d’Arriel était encore visible. On ne distingue désormais qu’un névé en train de fondre ».

C’est un effet direct du réchauffement climatique dans les Pyrénées, où la température moyenne a grimpé de 1,2° en 50 ans, soit 30 % de plus que la moyenne mondiale. Le scénario pourrait être celui d’un réchauffement de +7° à +11° par rapport à l’ère préindustrielle, ce qui modifierait totalement l’ensemble des écosystèmes pyrénéens.

Sur la Brèche

« Officiellement, l’Arriel n’est plus un glacier depuis une dizaine d’années car il est déjà passé sous la barre des 2 hectares de superficie, poursuit le conseiller régional vert. Avec ce geste symbolique, nous actons la mort définitive du dernier glacier néo-aquitain », situé à 2420 mètres d’altitude.

Il y en avait 2 dans les Pyrénées-Atlantique sur les 93 recensés dans tout le massif au début du XXe siècle. Selon l’Observatoire pyrénéen du changement climatique, qui se réunit actuellement en colloque à Jaca (Espagne), 20 des 39 glaciers encore comptabilisés en 1984 ont fondu depuis, « soit une perte de surface glaciaire équivalente à 516 ha ».

Et certains étaient « autrement plus emblématiques, comme celui de la Brèche de Rolland, le site le plus fréquenté de toutes les Pyrénées », rappelle le glaciologue Pierre René, notant que le glacier le plus important du versant français (et le deuxième du massif après l’Aneto, en Espagne), l’Ossoue est passé de 70 à 33 ha en 30 ans.

Château de cartes

Avec quelles conséquences ? Pour Stéphane Trifiletti, les glaciers, et plus généralement la chaîne des Pyrénées, sont « un véritable château d’eau permettant de lisser les phénomènes d’étiage de l’Adour et de la Garonne. La ressource n’est pas infinie, cela va avoir des impacts sur la biodiversité, l’agriculture et le tourisme, réinterrogeant nos modèles. »

Le pic de l’Arriel (Wikipedia/CC)

Pierre René tempère et précise :

« L’impact hydrologique des glaciers pyrénéens est négligeable, car ils sont beaucoup plus petits que leurs homologues alpins, notamment. La montagne a bien d’autres réservoirs dans les roches, restitués de façon progressive aux cours d’eau. Avec le réchauffement climatique, les volumes d’eau ne changent pas, c’est le cycle et la distribution qui sont chamboulés. »

Selon le glaciologue, les conséquences de la fin des glaciers « sont surtout paysagères et touristiques, car c’est l’emblème de la haute montagne qui disparaît avec eux ». Non sans dégâts sur la biodiversité de ces écosystèmes « peuplés de bêtes pour la plupart microscopiques et peu étudiées, comme la puce des glaciers » ; mais aussi non sans risque pour les randonneurs, enchaîne Pierre René :

«Aux pics de Vignemale ou de l’Aneto, les glaciers deviennent instables, rendant très délicats les itinéraires d’accès aux plus hauts sommets. Alors qu’ils servaient de marchepieds, il faut désormais escalader, et prendre garde aux blocs de pierre qui se détachent. »

Si le phénomène semble délicat à enrayer, les élus régionaux espèrent que la Nouvelle-Aquitaine prendra sa part dans l’atténuation du changement climatique, via notamment sa feuille de route Néo Terra. Le prochain budget de la région donnera une indication sur sa volonté de mettre le paquet sur la sobriété énergétique dans l’habitat (avec un outil comme Artee), les transports et l’agriculture. L’objectif est pour la Nouvelle-Aquitaine d’atteindre la neutralité carbone en 2040.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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