Le plastique, ennemi public N°1 à Bordeaux et Pessac
Ecologie 

Le plastique, ennemi public N°1 à Bordeaux et Pessac

Exit les barquettes et les pichets en plastique de la cantine, bonjour les mugs au bureau et les couches compostables dans certaines crèches : le conseil municipal de Bordeaux votera ce mercredi la démarche zéro plastique à usage unique de la Ville. Bien, mais peut mieux faire, estiment le collectif pour une cantine sans plastique et les écolos. Dans la métropole, la mairie de Pessac relève aussi le gant.

« Les gens sont convaincus qu’il faut changer nos façons de vivre et de consommer, c’est le rôle d’une collectivité d’être avant-gardiste là dessus. »

Alors qu’en France moins du quart des plastiques sont recyclés, et que la moitié finit dans la nature, Nicolas Florian en est convaincu : après avoir renoncé à la vaisselle en plastique des cantines scolaires en 2018, Bordeaux est selon son maire à la pointe avec sa démarche zéro plastique à usage unique. 

Son plan d’action, présenté ce lundi à la presse dans la réfectoire d’une école de la ville, avant un vote mercredi en conseil municipal, retranscrit certaines obligations de la loi « Agriculture et Alimentation » (elle-même déclinaison nationale d’une directive européenne) : les collectivités doivent notamment bannir en 2020 les bouteilles d’eau en plastique des cantines scolaires, ainsi que les touillettes et les pailles en plastique.

Touillette or not touillette

Mais Bordeaux assure vouloir aller plus loin, à travers 8 axes « engageant l’ensemble des activités de la collectivité ». La Ville veut ainsi « proscrire les produits plastiques à usage unique dans les achats publics (vaisselle jetable, bouteilles, barquettes, capsules, touillettes, etc.) » et « conditionner les aides financières versées notamment aux associations à un engagement dans une démarche zéro plastique ». 

Les adjointes Emmanuelle Cuny et Anne Walryck avec une barquette en cellulose (SB/Rue89 Bordeaux)

Elle compte agir dès maintenant pour les marchés publics qui doivent être contractés, et au plus tard dans les trois ans pour ceux-qui l’ont été récemment. Quant à l' »éco-conditionnement », il sera inscrit dans les dossiers de demandes de subvention à déposer avant le 5 juillet 2020. 

Une autre action vise à « promouvoir les solutions alternatives (emballages réutilisables, vente en vrac et consigne) », par exemple en expérimentant « un service de prêt de vaisselle réutilisable pour les évènements et manifestations culturelles de la ville ».

Remettre le couvert

« Le mairie autorise et fait des préconisations pour 2000 évènements organisés chaque année à Bordeaux, de la kermesse d’une école à la Fête du fleuve, en passant par des concerts dans l’espace public, cela donne de vrais leviers pour encadrer la démarche », estime Fabien Robert, premier adjoint.

Ce plan d’action de la ville s’inscrit dans la ligne du « zéro plastique dans les cantines ». Le psychodrame des assiettes a en effet eu un impact positif : la vaisselle des cantines scolaires avaient été achetées puis retirées du service suite à une mobilisation des parents parce qu’elles contenaient du bisphénol A, pour être remplacées par de la vaisselle en verre trempé.

Cette décision prise, Alain Juppé avait promis d’en finir également avec les barquettes, elles aussi en plastique, dans lesquelles sont livrés et réchauffés les 23000 repas quotidiens préparés par le Sivu (la cuisine collective de Bordeaux et Mérignac).

Ce lundi, Emmanuelle Cuny, adjointe en charge de l’éducation, a confirmé que les 12000 à 15000 barquettes seront tous en cellulose compostable, 50% plus chères que le plastique – le coût pour le Sivu passe ainsi de 300000 à 500000 euros par an -, soit 70 tonnes de plastique économisées chaque année. Le service intercommunal va par ailleurs remplacer progressivement la cuisson sous vide des aliments par des contenants en inox. 

Le SIVU cuit dans leurs emballages plastiques – ici, du poulet – une grande partie de ses plats (SB/Rue89 Bordeaux)

Des plastiques pas si bio

Bordeaux est de ce point de vue en avance par rapport aux objectifs de la loi Alimentation, qui fixe à 2025 l’interdiction des contenants alimentaires de cuisson, de réchauffe et de service en plastique en restauration collective.

« On se félicite que la mairie ait pris conscience des problèmes posés par l’usage massif du plastique, réagit Magali Della Sudda, du collectif bordelais pour une cantine sans plastique. Nous déplorons cependant qu’au niveau de la restauration scolaire tout soit encore réchauffé sous plastique. Car les nouvelles barquettes sont du plastique, même dit biosourcé, la cellulose/PLA (acide polylactique), avec toujours un filament plastique utilisé pour les sceller. » 

Le collectif est opposé à ces barquettes car elles génèrent des résidus importants, et « parce qu’il est totalement absurde d’utiliser des terres agricoles pour faire des contenants jetables ». Surtout, Magali Della Sudda rappelle que les bioplastiques sont aussi visés par la loi, et devront donc être bannis en 2025 :

« Bordeaux aurait pu choisir de déployer tout de suite des bacs en inox, comme cela a été fait à Montrouge et à Strasbourg, de façon à être prête pour cette échéance. Le Sivu risque de se retrouver ensuite au pied du mur, à devoir aménager des postes de travail dans ses locaux pour la récupération et le lavage des bacs. »

Les barquettes en plastique bientôt bannies du Sivu (Thomas Sanson / Mairie de Bordeaux)

Barbare ou gourde

C’est l’option qu’a d’ailleurs choisi la mairie de Pessac, engagée elle aussi depuis le mois de février dans une démarche « zéro plastique ». La Ville a demandé à son délégataire, qui prépare 5000 repas par jour, d’utiliser des « bacs gastro » en inox, finançant de son côté du matériel de lavage.

Autre  investissement réalisé par la voisine de Bordeaux : l’achat de gourdes pour ses CM1-CM2, avant d’élargir l’an prochain à tous les scolaires de la ville, soit 3200 élèves, indique Jérémie Landreau adjoint au maire de Pessac en charge de la transition écologique :

« 800 enfants l’ont réclamé pour l’instant ; autant sont ensuite allés demander à leurs parents pourquoi ils achetaient de l’eau en bouteille alors que celle du robinet est de très bonne qualité. De même, « éco-conditionner » la subvention à notre club de hand a poussé la fédération française, qui demandaient de donner une bouteille de 1,5 litre par joueur à chaque match, à exiger désormais des gourdes réutilisables ! »

La mairie de Bordeaux table aussi sur ce principe d' »éducation inversée », où les citoyens montrent la voie à leurs dirigeants. Pour permettre la diffusion des bonnes pratiques dans l’espace public, elle compte par exemple doter les rues de davantage de fontaines.

Un conseil qui s’annonce pétillant

« Il faudrait déjà arrêter de couper l’eau dans celles existantes entre novembre et avril », raille Delphine Jamet, élue écologiste de Bordeaux, qui souligne qu’à Paris, 60 fontaines sont ouvertes toute l’année.

Si la conseillère municipale d’opposition se réjouit des avancées de la Ville, elle critique « le manque de vision globale » sur la question du plastique.

« On a tout et son contraire. Le pompon, ironise-t-elle c’est qu’à l’ordre du jour du conseil municipal de mercredi, la question du plastique à usage unique sera précédée d’une délibération sur le mécénat d’Abatilles au CAPC. Grâce à cet accord, la société arcachonnaise d’eau minérale fournira au musée pour ses manifestations publiques 930 bouteilles… en plastique ! Et il y a encore beaucoup à faire sur le conditionnement sous plastique des aliments donnés dans les crèches, ou sur le subventionnement de terrains de sport en gazon synthétique. »

Si certains plastiques vont être proscrits en 2020, la saison des tacles ne fait elle que commencer.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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