En campagne pour l’après Juppé, Nicolas Florian cherche ses marques
Politique 

En campagne pour l’après Juppé, Nicolas Florian cherche ses marques

Le maire de Bordeaux est officiellement entré ce lundi en campagne, entouré de sa garde rapprochée. Nicolas Florian a présenté ses soutiens dont celui d’Isabelle Juppé, une lettre aux Bordelais, et dévoilera en janvier son programme et sa liste. Pour le successeur d’Alain Juppé, l’enjeu est de défendre le bilan des 25 dernières années, tout en se présentant comme un homme neuf. Il promet une liste renouvelée de moitié par rapport à l’actuelle majorité municipale. 

Est-ce pour continuer à tenir le haut du panier que Nicolas Florian avait donné rendez-vous aux Halles de Bacalan ? Pressé d’entrer en campagne après le sondage le donnant (il y a déjà deux mois) talonné par les écologistes, le successeur d’Alain Juppé a en effet choisi le marché couvert des Bassins à flot pour sa première conférence de presse en tant que candidat-maire aux municipales (mais pas une première en tant que maire-candidat…).

 « C’est un lieu de vie et de mixité, un trait d’union entre le Bordeaux des Chartrons et de Bacalan, un symbole de cette évolution lancée par Alain Juppé en 1995 avec l’idée d’étendre le centre-ville », justifie le maire. 

« Alain Juppé a métamorphosé notre ville. Nous pouvons être satisfaits de ce que nous avons réalisé ensemble », écrit encore Nicolas Florian dans la lettre diffusé aux Bordelais. Celle-ci comporte une liste de soutiens, avec en tête de ceux-ci… Isabelle Juppé, la femme du désormais Sage de la rue Montpensier.

Nicolas Florian lance ce lundi 16 décembre sa campagne pour les municipales depuis les Halles de Bacalan (SB/Rue89 Bordeaux)

Dans les pas du mentor

Dans un livret de 28 pages actuellement distribué massivement, le maire dresse un bilan flatteur de l’action conduite depuis 2014 par l’actuelle équipe municipale, dont il était l’adjoint aux finances avant de succéder en mars dernier à Alain Juppé.

Nicolas Florian s’inscrit dans les pas de son mentor, tout en tâchant de s’en démarquer. il affirme aussi « mesurer les réussites, mais aussi les difficultés des Bordelais », notamment pour se déplacer et habiter à Bordeaux, à cause du « logement trop cher ».

Et il rappelle ses « marques » posées pour répondre à « quatre défis » – démocratique (à l’image de la concertation sur les boulevards, climatique (à l’image de sa volonté de végétaliser Bordeaux), cohésion sociale et démographique, « pour accompagner et maîtriser la croissance de la Ville ». « Mon ambition est d’avoir une ville humaine », indique le maire.

Les nouveaux visages

Comment ? Mystère pour l’instant. Le candidat-maire promet que son programme sera dévoilé en janvier. C’est Julia Mouzon, un des nouveaux visages de cette campagne qui en est en charge. La jeune femme de 35 ans affirme aller pour cela « à la rencontre des habitants dans le but d’identifier leurs besoins », afin que leurs idées enrichissent le projet de Nicolas Florian. Un « atelier de campagne » est aussi ouvert au public rue Vital Carles.

Polytechnicienne, Julia Mouzon a lancé en 2012 la plateforme Elueslocales.fr, une start-up dédiée à la formation des femmes en politique, qui lui a permis de se rapprocher de l’équipe municipale bordelaise. Directeur de campagne de Nicolas Florian, Patrick Espagnol, 68 ans, n’est quant à lui pas un perdreau de l’année, même s’il mène aujourd’hui sa première campagne.

La « team » de Nicolas Florian (CL/Rue89 Bordeaux)

Préfet honoraire, ancien directeur de la sécurité du groupe EDF, cet ancien haut fonctionnaire a aussi été délégué départemental du syndicat des commissaires de la police nationale. Pour « donner plus de sens à [son] quotidien et de [s]’investir dans la chose publique », le jeune retraité a rejoint la commission permanente du conseil de quartier de Caudéran, où il a rencontré Nicolas Florian.

« Il cherchait un manager d’équipe, le savoir-faire d’un préfet finalement », souligne-t-il.

Bénévole, il aura la lourde tâche de susciter l’adhésion de tous, et de fédérer les anciens des campagnes Juppé et les novices en politique. Car Nicolas Florian assure qu’il va renouveler « au moins 50%, peut-être 60% » de son actuelle majorité.

Grognards

Certains fidèles sont partants certains pour la prochaine joute. C’est le cas du Premier adjoint, et président du Modem Gironde, Fabien Robert, de la sénatrice Nathalie Delattre, secrétaire générale du Mouvement Radical, d’Alexandra Siarri, adjointe à la cohésion sociale, de Pierre De Gaétan Njikam Mouliom, adjoint chargé des partenariats avec l’Afrique et de la francophonie, de Ludovic Martinez, directeur de cabinet du maire et président du parti Esprit Bordeaux, ou encore de Marik Fetouh.

Ce dernier, adjoint en charge de l’égalité et de la lutte contre les discriminations, est aussi le seul poids lourd membre de la République en marche (LREM). Après avoir hésité à rallier Thomas Cazenave, il reste donc dans la majorité municipale.

Les Marcheurs divisés

Après le soutien réaffirmé de Marik Fetouh à Nicolas Florian, celui d’un autre marcheur, Benoît Simian, illustre les tiraillements en cours au sein du parti du président.

« Comme pour le retraites, il est encore temps pour tout le monde de se mettre autour de la table et de discuter », plaide le député (ex PS) du Médoc, qui juge « illisible » la stratégie conduite dans la métropole bordelaise.

Contre la position des deux députées En Marche ! de Bordeaux, qui soutiennent Thomas Cazenave, Benoît Simian invoque la « jurisprudence de Toulouse » : dans la Ville Rose, LREM a finalement retiré son candidat pour se ranger derrière le maire (LR) sortant, Jean-Luc Moudenc.

Le prochain sondage à Bordeaux, attendu jeudi, devrait montrer si l’implantation de Thomas Cazenave a quelques chances de porter ses fruits. Le marcheur était crédité de 13% des voix dans le sondage de la Tribune, contre 33,5% pour Nicolas Florian.

Ce ne sera bientôt plus le cas de quelques grognards de l’ère Juppé. Elizabeth Touton, adjointe chargée de l’urbanisme, Didier Cazabonne et Pierre Lothaire maire adjoint du quartier de Caudéran, ont d’ores et déjà annoncé qu’ils ne se représenteraient pas.

Elu depuis 1989, Jean-Louis David, en charge des politiques de proximité, a quant à lui claqué la porte de l’Hôtel de Ville avant la fin de son mandat, arguant d’un « désaccord avec les orientations, le fond et la forme de la campagne électorale de Nicolas Florian », sans vouloir en dire davantage.

« Elus frileux »

Michel Duchène, conseiller municipal délégué auprès de Nicolas Florian pour l’innovation urbaine, tourne également la page, « un peu épuisé par rapport à l’action menée pendant de nombreuses années. » Cet ancien membre des Verts acte aussi certains désaccords…

« J’estime la transformation de Bordeaux est une belle réussite, mais celle-ci est remise en cause par des décisions, des orientations qui ne sont pas les miennes. Depuis quelques années je trouve qu’on a tendance à reculer, alors que justement nous devons prendre des décisions aussi fortes que dans les années 1995-2000. Il n’y a plus de projets. Ceux en cours en ce moment, je ne m’y reconnais pas vraiment. »

Le toujours vice-président de Bordeaux Métropole déplore notamment la politique trop timide à l’égard de la voiture en ville, illustrée par les atermoiements sur l’instauration d’une zone à faible émisssion (ZFE).

« Les élus sont devenus extrêmement frileux, ils ont peur de leur ombre et n’ont pas le courage et la volonté de dire clairement aux électeurs et aux citoyens « si nous ne changeons pas radicalement de politique, de culture, alors nous allons à la catastrophe, l’humanité ne s’en sortira pas ». Ce n’est pas de planter des arbres place Pey-Berland qui va sauver Bordeaux et la planète. »

Pour élargir sa base municipale, Alain Juppé était allé piocher chez les Verts. Nicolas Florian devra se démener pour montrer qu’il ne mange plus de fraises en hiver, et pas seulement aux Halles de Bacalan.

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