Fermé cause coronavirus, Yoyo Vidéo s’inquiète pour ses prochains « bonyour »
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Fermé cause coronavirus, Yoyo Vidéo s’inquiète pour ses prochains « bonyour »

Jean-Luc Peyre tient Yoyo Vidéo dans le quartier du Grand Parc depuis 1984. Dernier vidéo club de Bordeaux, il est l’un des rares ayant survécu en France à internet et à la location VOD. Avec le confinement imposé pour lutter contre le coronavirus, il craint avoir tiré son rideau pour toujours. Une cliente a lancé une cagnotte pour le soutenir.

« Bonyour », ça vous parle ? Si vous êtes de plus en plus nombreux à succomber à Netflix et autres plateformes pour regarder un film à la maison, sachez que ce salut résonne encore dans le quartier du Grand Parc à Bordeaux. Et c’est le patron de Yoyo Vidéo, Jean-Luc Peyre, qui le lance pour vous accueillir dans sa boutique de location de films, la dernière du genre à Bordeaux et une des rares toujours en activité en France.

Depuis 1984, Jean-Luc Peyre loue des films. Des vidéo cassettes d’abord, ensuite des DVD, suivent les Blu-ray, et les Blu-ray Ultra-HD 4k. Sa clientèle fidèle – « des gens qui n’ont pas internet, mais aussi des gens qui ont tout » –, a transformé Yoyo Vidéo en Yoyoland, habités par des Yoyolandais qui se saluent avec des Bonyour. Yoyoland est devenu pour le streaming et le téléchargement ce qu’un certain village peuplé d’irréductibles Gaulois était pour les Romains en l’an 50 avant Jésus-Christ.

De nos jours, Yoyoland doit faire face à une nouvelle menace : le Coronavirus. Il ne s’agit pas du mystérieux pilote de char romain qui porte le même nom dans Astérix et la Transitalique, mais bien de l’épidémie qui frappe l’Hexagone et qui impose au vidéo club de baisser le rideau.

« C’est une boutique qui vit au jour le jour. Elle rapporte quelques centaines d’euros par semaine, de quoi payer les frais : l’électricité, le loyer, c’est tout. Je prends un salaire quand je peux, 300 à 400€, et je compte sur la retraite de ma femme pour le reste. Je n’ai pas de dettes. Je suis serein et confiant dans mon activité. Mais là ! Une fermeture complète et obligatoire, c’est la fin. »

Jean-Luc Peyre craint que le rideau de son magasin soit baissé pour toujours (DR)

Frédérique Lacoste est yoyolandaise et elle tient à son « Yoyo national » :

« Yoyo Vidéo n’est pas un simple vidéo club, c’est un lieu de rencontre convivial, d’entraide, de solidarité, d’échange au cœur de la cité ! […] On peut louer des films, échanger des bouquins, boire un café, taper la causette avec Mamie Juana, organiser une chaîne de solidarité pour aider un SDF à sortir de la rue, rencontrer des artistes de tous poils… un bouillon de culture… »

Elle a décidé de lancer une cagnotte sur Leetchi qui a collecté 780€ pour l’instant et elle compte bien « ne pas laisser ce putain de corona nous enlever ce lieu mythique ».

Toujours au Grand Parc

C’est dire combien Jean-Luc Peyre est passionné et à quel point il sait partager sa passion. Comme il dit : « Je pars le matin et je suis content d’aller travailler. » Et c’est comme ça depuis 1991. Presque chaque jour.

« Mes dernières vacances datent de 1991. J’avais pris 15 jours. Depuis, rien ! Je travaille tous les jours, même le dimanche, sauf les dimanche de juillet et d’août. »

1991, l’année de la guerre du Golfe et aussi celle où l’âge d’or de la location de vidéo a flanché. Depuis, entre le VHS et le numérique, Yoyo Vidéo n’a eu de cesse que de s’adapter grâce à la ténacité de Jean-Luc Peyre.

Ce natif du Grand Parc, 57 cours de Luze et à 4 ans au bâtiment H devenu Résidence Haendel, « photographe dans l’âme » qui n’a jamais quitté son quartier, se souvient :

« J’ai toujours aimé la photo et le cinéma. A l’âge de 8 ans, pour une photo d’identité, j’étais fasciné par le photographe, son matériel, sa chambre. Je me suis dis : “je veux faire ça.” A 15 ans, je me trouve une place d’apprenti. CAP photo et puis EFA (examen de fin d’apprentissage artisanal), je fais tout pour faire l’armée comme photographe ; poste que j’occupe à l’École des troupes aéroportées à Pau. »

Toute une vie de quartier chez Yoyo Vidéo (DR)

Le dernier vidéo club de Bordeaux

Après l’armée, en 1978, quelques « démarrages de projets laborieux » se succèdent. En 1981, il ouvre un atelier de retouche photo à côté des Capucins – « on appelle ça Photoshop maintenant ». De cette affaire, il hérite d’une dette et décide de se lancer dans autre chose : la location vidéo.

« Je choisis de revenir au Grand Parc ! Mais ce n’était pas simple. On me prenait pour un gars de la mafia. On a cru que j’allais ouvrir un sex shop. C’est compliqué de démarrer quand tout le monde te regarde de travers ! »

Depuis, des milliers de cassettes VHS sont passées d’une main à une autre : 19000 DVD, 3000 Blu-ray, 200 Blu-ray Ultra-HD 4k. En 2016, Yoyo Vidéo s’installe dans un local plus confortable et plus petit, 91 m2 contre 130 m2 : « on a juste enlevé le rayon X qui ne marchait plus avec internet ».

Entre 2010 et 2017, le nombre de vidéoclubs passe de 4000 à 1500, et aujourd’hui à 50, « si on compte ceux qui font de la vapote ».

« A Lyon, il y en a plus. A Bordeaux, je suis le dernier. Je résiste grâce à la vente de DVD en ligne et aussi étant un relais de La Poste. Je rends aussi des petits services gratuits. En ce moment par exemple, je viens à la boutique tous les jours pour imprimer des attestations de sortie pendant le confinement pour les gens du quartier ! »

Un comble pour celui que le confinement contraint à fermer boutique. Mais c’est bien pour ces petites services rendus, mais aussi « parce qu’on veut accéder à des films sans être obligé d’engraisser les plateformes qui se blindent, parce qu’on veut continuer à boire un café avec Mamie Juana, à refaire le monde au comptoir de chez Yoyo ! » que les Yoyolandais se mobilisent.

Pour soutenir Yoyo Vidéo, lien vers la cagnotte

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
Une idée lui traverse l'esprit en 2013 et voilà que vous y êtes. Il espère faire de vous un fidèle abonné (le lien est dessous).

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