Projets pour Bordeaux 2/4 – Economie, social : vers une ville attractive… pour ses habitants
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Projets pour Bordeaux 2/4 – Economie, social : vers une ville attractive… pour ses habitants

Comment faire en sorte que la croissance de la Ville ne laisse pas les Bordelais au bord de la route et soit au service de la transition écologique ? Les programmes des quatre candidats en tête des sondages tentent plus ou moins de résoudre cette délicate équation, et se distinguent par leurs degrés d’intervention publique dans les domaines économique et social.

Bordeaux magnétique, stop ou encore ? Ce slogan de la Ville incarne pour Pierre Hurmic le côté obscur de sa « success story » économique – 13000 emplois créés l’an dernier, contre un rythme de 7000 par an jusqu’en 2017.

Car la volonté d’attirer les entreprises et les actifs se ferait aussi au détriment des autres territoires, mais aussi de l’emploi local, rappelait le collectif Bordeaux Maintenant au début de la campagne, et au prix de l’exclusion des catégories populaires : du fait de la spéculation immobilière liée à l’attractivité retrouvée de la Belle Endormie, celles-ci ont de plus en plus de difficultés à trouver des logements abordables dans la métropole, où se créent pourtant la plupart des emplois (11000 sur les 13000 créations nettes en Gironde en 2018).

Tous les candidats insistent donc sur la nécessité d’une politique volontariste permettant de faire baisser les coûts du logement. Pour le Rassemblement national, cela passe par la « démétropolisation » de Bordeaux, un argument brandi notamment dans ces communes périurbaines où vivent nombre de salariés contraints de venir travailler tous les jours dans l’agglo, et dont le candidat Bruno Paluteau (Réveil bordelais, RN) voudrait inciter fiscalement les entreprises à s’exiler, sans plus de précision (son programme local est introuvable en ligne).

Dans la mesure des moyens limités laissés aux communes sur les sujets économiques, les quatre candidats à la mairie de Bordeaux en tête dans les sondages, proposent quant à eux des solutions pour favoriser l’emploi local – du soutien classiques aux entreprises préconisé par Nicolas Florian ou Thomas Cazenave, à celui des salariés ayant repris leur boîte, proposé par Philippe Poutou.

Si tous souhaitent davantage d’activités en lien avec l’écologie, seul Pierre Hurmic conditionne l’intervention à des engagements des entreprises contre le dérèglement climatique. A noter enfin qu’aucun des ces projets n’est pour l’heure chiffré.

Nicolas Florian pour « une ville d’entrepreunariat »

Nicolas Florian considère pour sa part qu’il faut « apaiser » la compétition territoriale, « notamment au sein de l’aire urbaine », en rééquilibrant l’attractivité. Comment ? Instruit par la crise des Gilets jaunes, le maire plaide pour « une politique d’aide à l’implantation structurée par filière et en coopération avec tous nos territoires voisins » :

« Je n’ai plus vraiment besoin de convaincre les investisseurs de venir à Bordeaux, ils veulent déjà venir, déclare-t-il à La Tribune Bordeaux. L’enjeu maintenant c’est de leur présenter les autres territoires comme les portes du Médoc ou l’Entre-deux-mers, par exemple. »

Le successeur d’Alain Juppé reste sur la même ligne que l’ancien Premier ministre. Dans son programme pour « une ville d’initiatives économiques », il entend ainsi « valoriser la marque “Bordeaux” au service de nos entreprises et de nos filières d’excellence » – vin aéronautique et aérospatial, numérique, santé… – et soutenir les « filières d’avenir » (économie circulaire, bois, recyclage, économie sociale et solidaire, hydrogène), à l’instar de l’aide apportée à ADV-Tech pour ses éoliennes urbaines.

Welcome to the hôtel artisanat

Ce soutien passerait par plusieurs lieux que compte mettre en place le maire s’il est reconduit : une « maison de l’entrepreneur », un « hôtel de l’artisanat », vitrine en centre-ville des métiers de ce secteur, une Cité de l’alimentation autour du marché d’intérêt national (dédiée à l’innovation alimentaire, aux circuits courts, à la lutte contre le gaspillage…)….

Il prône également des structures virtuelles : une « banque de l’emploi » du conjoint pour l’homme ou la femme d’un.e salarié.e muté.e à Bordeaux ; une « plateforme de livraison décarbonée des achats effectués chez les commerçants bordelais » ; ou encore un « Conseil Bordelais pour l’Action Internationale » pour coordonner les actions de promotion de Bordeaux à l’export.

Côté social, le programme est moins étoffé. Nicolas Florian souhaite que Bordeaux candidate au dispositif « territoire zéro chômeur de longue durée ». Il propose de « doubler, au cours de la mandature, le nombre de services civiques (de 100 à 200) pour lutter contre l’isolement, contre le gaspillage et pour l’économie des ressources », ou encore de créer un « pack bien vieillir » pour les séniors et leurs aidants, afin de les aider dans leurs démarches (adaptation du logement, pré-inscription en EHPAD…).

Thomas Cazenave pour relocaliser la croissance

Selon la profession de foi du candidat marcheur, « l’attractivité économique de Bordeaux est indéniable, mais nos problématiques d’emplois sont loin d’être résolues ». Soulignant que la Ville compte 30 000 demandeur d’emploi, « quand en même temps 52% de nos entreprises ont des difficultés pour trouver les compétences nécessaires à leur développement », Thomas Cazenave préconise de « changer de méthode » :

« Notre territoire a besoin d’une croissance endogène parce que faire venir uniquement des bouts d’entreprises avec des cadres bien souvent déjà recrutés, en quoi ça répond à ma problématique d’emploi localement ? Je pense fondamentalement qu’il faut davantage aider nos entreprises à croître, à se développer et à recruter. »

A l’instar de la maison des entrepreneurs de Nicolas Florian, Thomas Cazenave propose ainsi de créer un service public dédié : « un interlocuteur unique » chargé de répondre à tous les besoins du quotidien des entreprises – « des démarches administratives au raccordement à la fibre, ou à la gestion des déchets ». Il veut aussi « mobiliser les services de la mairie (garde d’enfants, logement, pépinières d’entreprises) pour soutenir l’entrepreneuriat féminin ».

Rue Bordelaise sans issue

En bon macroniste, en même temps de gauche et de droite, le candidat de Renouveau Bordeaux se rapproche plutôt de Nicolas Florian pour sa « politique active de promotion » des « filières d’excellence » sur les marchés nationaux et internationaux ; ou encore par son concept de « Cité de la transition écologique », un « pôle d’excellence national, associant entreprises, chercheurs, citoyens et étudiants formés aux métiers de demain ». Il propose en outre de créer « plus de marchés » pour offrir des débouchés aux agriculteurs locaux.

En revanche, Thomas Cazenave penche du côté du candidat écologiste Pierre Hurmic ou de Philippe Poutou lorsqu’il demande « un moratoire sur l’ouverture de grandes zones commerciales », dont le projet de la Rue Bordelaise, controversé mais validé par la commission départementale d’aménagement commercial (CDAC). Le chef de file d’En Marche ! veut également créer un label « Acteurs de la Ville » censé « valoriser les efforts des entreprises qui s’engagent pour adapter leurs activités aux défis environnementaux et sociaux », mais dont les contours et les obligations restent assez floues.

Le marcheur s’alarme enfin que 30% des moins de 30 ans soient en situation de pauvreté à Bordeaux. Au nom de « la Ville pour tous », il veut « doubler le nombre d’ouverture de places de crèche (passer de 300 à 600 places) et réserver davantage de places aux personnes en transition professionnelle (entretiens d’embauche, formations, immersion en entreprise) ». Il propose également de créer un « Pass transport jeunes métropolitains plus abordable à 12€/mois » ou d’offrir « une solution d’accompagnement (formation, alternance, stage ou emploi) à chaque jeune de moins de 26 ans qui rencontre des difficultés ».

Pierre Hurmic mène bataille contre le dérèglement climatique

Le fil rouge de l’action en la matière de Bordeaux Respire !, c’est l’adaptation au changement climatique, dans laquelle Pierre Hurmic souhaite « accompagner les acteurs économiques ».

Il veut utiliser pour cela le levier de l’incitation fiscale pour les entreprises locales qui font des efforts pour décarboner leur activité, en modulant, allégeant voire même en les exonérant temporairement de CET (contribution économique territoriale, un impôt local composé de la cotisation foncière des entreprises (CFE) et de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE)). Cela supposerait toutefois que les écologistes soient majoritaires à la métropole, à laquelle est reversée cette CET.

Côté communal, Pierre Hurmic souhaite « encourager les activités de proximité » : en maîtrisant les prix du foncier, il entend favoriser le « retour en ville des artisans, des commerces et des acteurs de l’économie sociale et solidaire », et « l’installation de Boutiques-Ateliers dans chaque quartier, regroupant épicerie sociale et solidaire, ressourcerie et artisanat ». Objectifs : « favoriser le réemploi, la réparation et le pouvoir d’achat ».

« Nous soutiendrons et adhérerons à la monnaie locale (MIEL) pour renforcer les commerces de proximité et permettrons son utilisation pour payer les services publics municipaux », ajoute le programme de Bordeaux Respire !, seul à mentionner ce système des monnaies alternatives.

Comme le maire sortant, qui en a fait un des axes de sa campagne, et Renouveau Bordeaux, les écologistes veulent « mettre en œuvre une nouvelle économie du fleuve, par le soutien à l’activité portuaire, la multiplication des navettes fluviales et le développement des transports des déchets et marchandises par voie fluviale ».

Tarifs réduits

Pierre Hurmic a également déclaré à la Tribune vouloir utiliser « les premiers tramways tôt le matin pour le transport de marchandises ». Il compte proposer, « en lien avec la Chambre de commerce et d’industrie, d’effectuer la livraison du dernier kilomètre en vélo cargo ou en véhicule léger électrique ».

« Cela aurait dû déjà être fait à Bordeaux ! Il faut y consacrer du foncier, pour mailler la ville de lieux de stockage », déclare-t-il.

D’après le programme de Bordeaux Respire !, « la bataille contre le dérèglement climatique ne pourra aboutir sans une cohésion sociale forte » : « L’urgence sociale est avérée : le prix des logements explose, la pauvreté s’aggrave… Près d’un.e Bordelais.e sur 5 vit avec moins de 1000 €/mois. » Outre les actions en faveur du logement (déjà analysées par ailleurs), la liste de la gauche et des écologistes propose « des tarifs de service public en fonction des revenus, (transports, piscine, sports, musées, spectacles…) pouvant aller jusqu’à la gratuité ».

Philippe Poutou veut réquisitionner des biens et rendre gratuits des services

Le programme de la liste Bordeaux en Luttes, où figurent des militants politiques (NPA et France insoumise), syndicaux, associatifs et des Gilets jaunes, n’a pas de chapitre « économie » à proprement parler. Ses mesures concernant l’activité sont rangées dans la partie « une ville qui aide les salarié.e.s », dans la rubrique « social ».

Selon l’argumentaire de Philippe Poutou, « Bordeaux dispose de ressources mais ces dernières sont mal gérées, mal arbitrées voire gaspillées ou détournées dans les caisses des capitalistes ».

« Nous utiliserons tous les moyens disponibles pour empêcher les licenciements, les plans d’austérité et les coupes budgétaires », prévient donc le leader cégétiste et salarié de Ford Blanquefort, en passe d’être licencié dans le cadre de la fermeture de l’usine.

Plusieurs propositions s’inspirent de ce désastre économique, dont la « suppression des aides publiques aux multinationales qui licencient » et la « réquisition et l’expropriation des entreprises qui licencient pour mettre l’outil de production sous contrôle démocratique des salarié·e·s ». L’équipe de Philippe Poutou propose par ailleurs de « subventionner l’activité des salarié·e·s ayant repris leur outil de production pour assurer leur indépendance et leur pérennité ».

Au delà du légal

Le même volontarisme se retrouve dans les propositions logement du candidat NPA :

« Nous mettrons à disposition les bâtiments publics inutilisés afin de loger des personnes sans logement ou mal logées et notamment les étudiant·e·s. Nous réquisitionnerons les milliers de logements laissés vacants par les grands propriétaires fonciers pour que plus personne ne soit contraint de dormir à la rue. Nous mettrons en place un plan de rénovation des logements insalubres, sécurisé par un encadrement des loyers (indexés sur le revenu). »

Cette dernière mesure – l’indexation des loyers privés sur les ressources des ménages – parait très complexe à mettre en place, pour ne pas dire illégale comme d’autres (la réquisition des entreprises) pouvant porter atteinte à la propriété privée, un droit constitutionnel choyé par la justice, comme les Ford en ont fait les frais.

« La légalité, l’illégalité, ça dépend de qui en décide, et dans beaucoup de dossiers on ira au delà des lignes de la légalité, c’est évident », a prévenu Philippe Poutou lors de la présentation du programme. « La priorité c’est de défendre les gens, et si on doit aller pour cela en justice, on le fera, comme dans le cas des arrêtés anti-pesticides. »

Au nom de l’écologie, Bordeaux en luttes préconise ainsi plusieurs mesures contraignantes, dont l’interdiction de l’accostage des bateaux de croisière, de l’usage des pesticides de synthèse, des panneaux publicitaires et de nouvelles grandes surfaces afin de limiter l’artificialisation des sols. La liste anticapitalise veut aussi « taxer lourdement les gaspillages à grande échelle, dont l’industrie est notamment responsable ».

Parallèlement, l’équipe Poutou veut étendre la gratuité : aux crèches et cantines publiques ; aux centres de loisirs et de vacances publics ; aux moyens de contraception et aux protections périodiques pour les adultes en situation précaire ; à un certain volume d’eau potable (dont la gestion serait basculée en régie publique) par habitant ; et bien sûr aux transports en commun, dès 2023 avec le retour en régie publique de TBM. Ce qui nécessitera des arbitrages budgétaires importants et, accessoirement, une majorité au conseil de métropole.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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