Au collège Aliénor d’Aquitaine, « ce n’est pas 10 élèves en plus mais 40 de trop ! »
Education  Société 

Au collège Aliénor d’Aquitaine, « ce n’est pas 10 élèves en plus mais 40 de trop ! »

actualisé le 27/06/2020 à 14h55

Des parents d’élèves et professeurs du collège Aliénor de Bordeaux se sont réunis ce vendredi matin devant l’entrée de l’établissement pour dénoncer les sureffectifs d’élèves. Ils critiquent l’inaction de l’éducation nationale.

En manifestant ce vendredi, les parents d’élèves et enseignants d’Aliénor d’Aquitaine mettent la pression sur la DSDEN (Direction des Services Départementaux de l’Éducation Nationale en Gironde). Motif : son refus signifié en janvier d’installer un collège provisoire sur le site Brascassat, dans le secteur du futur collège « Belcier », projet pourtant validé le 18 novembre par le Conseil départemental.

C’était la suggestion faite par les parents, soutenus par le chef d’établissement, M. Govignon, pour désengorger le collège qui accueille 832 élèves, soit 32 de plus que le nombre recommandé. Ce dernier a accompagné ce jeudi Agnès Doherty et Cyriac Moniez, deux représentants des parents d’élèves, pour exposer à François Coux, directeur académique des services départementaux de l’éducation nationale (DASEN) le bien fondé du projet et l’incompréhension des parents face à son abandon total.

« Nous sommes en colère face à la mauvaise foi du DASEN lors de la réunion d’hier [jeudi, NDLR], peste Agnès Doherty. On nous reproche un manque d’anticipation pour le projet alors que nous en parlons depuis 2018 ! Après tout cet investissement, on a l’impression de repartir à zéro et on se retrouve ce 26 juin sans aucune solution pour la rentrée prochaine. »

François Coux ne constate pas de problème imminent pour 2020, où les élèves ne devraient être que dix de plus au collège. La FSPE dénonce des chiffres trompeurs ne prenant pas en compte les élèves en classe ULIS (Unités localisées pour l’inclusion scolaire) et UP2A (Unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants).

Ce que réfute le directeur académique rappelant avoir proposé le transfert des élèves en UP2A dans une autre école. Proposition refusée, notamment pour ne pas briser la continuité pédagogique chez des enfants rencontrant déjà des difficultés.

Des répercussions sur élèves et professeurs

En plus du soucis matériel que représente l’augmentation du nombre de collégiens, ce sont aussi des problèmes pédagogiques et sécuritaires qui se posent :

« Le premier critère de réussite dans une classe, c’est l’effectif, explique Karim Ghanmi, professeur d’histoire-géo au collège Aliénor. Il est beaucoup plus difficile de gérer les élèves perturbateurs dans une classe à trente et le suivi personnel de chacun s’avère impossible. Les conditions de réussite des 4e, niveau le plus difficile, est compromis. Résultat : on empiète toujours sur l’investissement personnel des profs, frustrés par cette situation. Les sureffectifs ne permettent également pas d’inclure les élèves issus des groupes ULIS alors qu’ils ont le niveau pour être intégrés et devraient donc l’être, hors les conditions ne sont pas réunies pour leur épanouissement scolaire. Il y a aussi des problématiques sécuritaires, par rapport à l’aménagement des salles avec le Covid-19. »

A cet égard, il déplore le refus du ministère de l’Éducation d’adopter des seuils, laissant la possibilité d’entasser toujours plus les élèves. Selon lui, ceux-ci devraient être au maximum 25 par salle. Mais profs et parents sont unanimes : ce sont tous les locaux qui commencent à être saturés, réfectoire, gymnase, cour de récréation, etc.

« Nous ne voulons pas que nos enfants soient de plus en plus pressés pour manger, sous la pression de faire passer tout le monde. La pause du midi doit être un moment de détente pour eux », ajoute Cyriac Moniez.

S’adapter à la croissance démographique bordelaise

Olivier Cazaux, ancien président de la FCPE au collège Aliénor et favorable à un collège provisoire, pointe aussi la responsabilité de la Métropole qui selon lui ouvre grand la porte aux promoteurs immobiliers sans forcément adapter les services publics.

François Coux se réjouit lui de cette hausse démographique, cette aubaine pour les enseignants puisqu’elle crée de nouveaux postes. Mais cette croissance doit être accompagnée, nuance t-il, considérant toutefois que pour la rentrée 2020 « ça passe » et qu’il faudra trouver des solutions à moyen terme, les prévisions étant de 926 collégiens en 2025.

Il se dit conscient des difficultés rencontrées par les professeurs et soutient qu’il est urgent de mettre tout le monde autour de la table (représentants d’élèves, département, professeurs, DSDEN…)  avant les vacances d’été.

« Notre ligne de conduite se fonde sur trois choses: discussion, concertation et anticipation » décrit-il.

Les parents d’élèves estiment que ces trois étapes ont déjà été franchies et attendent maintenant des solutions concrètes de la part des instances publiques.

L'AUTEUR
Marie Piquet
Journaliste en formation au CFPJ

En BREF

La France condamnée pour protection insuffisante des dauphins du Golfe de Gascogne

par La Rédaction. 467 visites. Aucun commentaire pour l'instant.

Menacé de mort en Guinée, réfugié à Bordeaux, le journaliste Marcel Tolno craint d’être expulsé

par Marie Piquet. 731 visites. Aucun commentaire pour l'instant.

« Décrocheurs » : un militant écologiste de nouveau poursuivi en justice à Bordeaux

par Marie Piquet. 2 771 visites. Aucun commentaire pour l'instant.