Dossier #34 : Le « monde d’après » peut s’effondrer (et c’est pas triste)
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Dossier #34 : Le « monde d’après » peut s’effondrer (et c’est pas triste)

Des avions cloués au sol. Des rayons de supermarchés vidés en quelques heures. Des consommateurs à la recherche de fruits et légumes locaux. Des déplacements limités, voire interdits par des couvre-feux. L’épidémie de Covid-19 et le confinement imposé à la moitié du monde pour l’endiguer ont donné un avant-goût grandeur nature de fin d’un monde qui, selon certains, nous attend à plus ou moins brève échéance.

Les collapsologues pronostiquent l’effondrement (collapse, en anglais) de notre civilisation thermo-industrielle, fondée sur les énergies fossiles, mondialisée à outrance, et n’ayant pour ressorts que la consommation et la croissance.

Depuis le rapport au Club de Rome, ces prophètes de malheur démontrent que ce système va dans le mur, s’appuyant notamment sur les conclusions du GIEC et des climatologues sur les conséquences du réchauffement planétaire et sur les études attestant de l’extinction massive du vivant et de l’explosion des inégalités.

Effet papillon

L’effondrement pourrait être lent et progressif si la communauté internationale prend rapidement des mesures drastiques pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Ou au contraire rapide et brutal si les points de bascule provoquant l’emballement du réchauffement climatique sont vite atteints, ou si des zoonoses plus virulentes que le Covid-19 se multiplient. Dans « Comment tout peut s’effondrer » (Seuil, 2015), un Pablo Servigne soulignait ainsi l’effet domino qu’une pandémie, aussi bien qu’un krach financier, est susceptible de générer.

Les « effondristes » prêchaient plutôt dans le désert. Jusqu’à ce qu’un battement d’aile de chauve-souris en Chine fasse en quelques semaines davantage de morts aux États-Unis que toutes les guerres menées par ce pays depuis 1945, et ne provoque la plus grave crise dans le monde depuis 1929. Certes, le coronavirus n’a pas sapé notre civilisation aussi sûrement que la variole importée par l’envahisseur espagnol a contribué à la fin des empires aztèque et inca.

« Mais c’est comme si la crise sanitaire, devenue économique et sociale, avait levé un voile, démontrant que ce qu’on explique depuis des années n’est pas un fantasme, estime Clémence Marque, vice-présidente de l’association Adrastia et docteur en pharmacie. Les interdépendances et vulnérabilités de notre système se sont en effet matérialisées aux yeux de beaucoup de gens, comme le fait que 80% de nos médicaments sont fabriquées en Inde ou en Chine, ou que notre agriculture dépend des travailleurs étrangers. »

Apocalypse soon ?

Comme de plus en plus de membres de sa génération, la jeune Bordelaise a changé de voie, quittant une grande entreprise pharmaceutique pour mener une vie compatible avec ses convictions. Aujourd’hui, elle consacre une grande partie de son temps à sensibiliser le public, via son association ou des groupes tels que Transition 2030 Gironde – Collapso Bordeaux (534 membres).

« On ne croit pas à l’apocalypse absolue, reprend Clémence Marque. L’effondrement n’est pas un évènement soudain, mais un processus insidieux. On a l’impression que ce système résiste mais il est à chaque coup plus affaibli. Beaucoup d’entreprises vont s’en sortir, d’autres auront un tel coup dans l’aile qu’elle ne traverseront pas une deuxième crise. »

En Nouvelle-Aquitaine, plusieurs acteurs (que vous découvrirez dans un prochain article de ce dossier), dont Sorry Children, sont sollicités par des collectivités comme par des entreprises privées. Leurs missions : éclairer leurs dirigeants, salariés, administrés… sur le « choc » ou au « stress systémique », selon les différents termes employés, leur présenter les alternatives, et les accompagner dans la voie de la « résilience », de la « transition » ou de la « décroissance ».

Retour à la terre

La prise de conscience ne conduit pas à l’ « aquoibonisme » ou au chacun pour soi généralisé, au contraire, observent ces ONG et sociétés mobilisées : elle se traduit par davantage d’engagement, de coopération, d’entraide.

« Quand on a compris la situation, il y a deux options, indique Grégory Poinsenet, de Sorry Children : soit on se cherche des excuses, soit on réagit radicalement pour atténuer notre impact sur la planète, et pour commencer à s’adapter et à reconstruire sur des bases différentes. Et Charles Darwin l’avait noté : dans la nature, ce sont les individus les plus coopératifs qui survivent le mieux. »

C’est dans cet esprit collectif que se créent des écolieux un peu partout en France, dont celui de Lespiet, dans le sud Gironde, objet du premier article de ce nouveau dossier de Rue89 Bordeaux. Nous irons également à la rencontre de Bordelais qui envisagent sérieusement un retour à la terre, mais collectif et solidaire. Nous verrons aussi à travers différents entretiens que, comme dans L’An 01 de Gébé, on peut tout arrêter et réfléchir, sans que cela soit triste.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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