Municipales : l’écologie à Bordeaux, plus vert que moi tu meurs
Politique 

Municipales : l’écologie à Bordeaux, plus vert que moi tu meurs

Comment la thématique phare de cette campagne est traitée dans les programmes des candidats en lice pour le deuxième tour ce dimanche à Bordeaux.

« Je vous mets au défi de trouver un sujet sur lequel on serait moins ambitieux que les écologistes », lance Thomas Cazenave. Ce vendredi 19 juin, l’ex tête de liste République en marche, rallié à Nicolas Florian, anime avec le maire de Bordeaux un point presse thématique consacré à la transition écologique depuis les locaux d’Elise, une entreprise de recyclage des papiers de bureau à Brazza.

Le N°2 de l’Union pour Bordeaux ne goûte guère que les alliances passées par les macronistes avec Les Républicains pour faire barrage aux écologistes dans les grandes villes (Strasbourg, Lyon, Bordeaux…) soient présentées par EELV comme un « front anti-climat » (elles ont depuis été aussi critiquées par des écologistes comme Cohn-Bendit et Nicolas Hulot) :

« C’est une lecture fausse et choquante, estime Thomas Cazenave. Nous considérons que la transition écologique n’est pas un parti, c’est une exigence et qu’on veut la réussir sauf qu’une condition est pour cela nécessaire : travailler ensemble. » 

Monopole

Pour Nicolas Florian, ce sujet est « un pilier essentiel d’une politique publique qui a permis à nos deux projets d’avoir une vraie convergence ». Le maire a ainsi repris l’idée de parc urbain à Mériadeck de Renouveau Bordeaux.

« Vous n’avez pas le monopole de l’écologie », lance-t-il ce mardi à son rival Vert lors d’un débat télévisé, mettant en avant certaines ambitions de son programme comme l’objectif Zéro Déchet d’ici 2030.

Philippe Poutou défend une écologie qui ne peut être qu’anticapitalise (interdiction des pesticides de synthèse, de l’accostage des bateaux de croisière) et sociale (gratuité des transports en commun, d’un certain volume d’eau), sous contrôle public. Ses rivaux défendent une vision « pragmatique », s’appuyant sur les entreprises locales – le maire sortant évoque par exemple son projet d’éoliennes urbaines avec une société talençaise, ou sa volonté de booster la filière hydrogène autour des batteries de Saft.

L’alliance des écologistes et des communistes met en avant son souhait de redynamiser l’économie du fleuve et du port, représentant 15000 emplois directs et indirects, ou les filières du recyclage à l’image du site choisi ce mercredi par Pierre Hurmic pour une rencontre avec la presse… l’entreprise Elise.

Idées recyclées

Plusieurs projets de l’Union pour Bordeaux sont même identiques à ceux de Bordeaux Respire : celles d’une convention citoyenne locale sur le climat (avec 100 Bordelais tirés au sort) ou encore d’une Cité de la transition écologique.

« Les propositions de nos concurrents, c’est du copié-collé, tacle le candidat écologiste, les autres listes ont sorti leurs programme après le notre et ont repris certaines propositions à la virgule près. Sauf que l’écologie ce n’est pas qu’un question de slogan ou de programme, mais aussi de volonté politique à les appliquer. Les amis de Thomas Cazenave sont au pouvoir depuis trois ans et ne se sont pas distingués par leurs mesures écolos. Et ce que propose Nicolas Florian va à l’encontre de ce qu’il a fait jusqu’à présent à Bordeaux. »

Le conseiller municipal d’opposition en veut pour preuve l’exemple du Zéro Déchet :

« Bordeaux Métropole a déjà cet objectif et ne l’a pas atteint, au contraire, elle a encouragé la production de déchets en multipliant les collectes, au rythme d’une par jour dans le centre. Cela incite les gens à jeter au lieu de faire du compostage, par exemple. On n’y arrivera pas sans tarification incitative, et appui au travail de pédagogie et de prévention énorme des associations, qui n’est actuellement pas assez encouragé. »

Pierre Hurmic suggère donc de s’engager plus rapidement dans un système que d’autres villes appliquent déjà avec succès. Le maire de Bordeaux s’y est aussi dit favorable à remplacer la TEOM (taxe d’enlèvement des ordures ménagères), calculée sur la taille des logements, par une telle redevance incitative, faisant payer les habitants à la quantité d’ordures ménagères produites. Il y met toutefois des conditions sociales pour ne pas léser les ménages modestes, s’en remettant aux conclusions de l’expérimentation en cours dans plusieurs quartiers de la métropole.

Comme dans le champ des transports, une telle mesure dépend en outre des compétences de la métropole, et nécessitera un accord avec les maires de l’agglo.

Affiches des candidats au deuxième tour à Bordeaux (SB/Rue89 Bordeaux)

Bio et auto

Allumé par le Réseau action climat avant le premier tour pour son manque de propositions en matières de rénovation énergétique et de structuration de la filière agricole durable, Nicolas Florian insiste beaucoup sur ces points depuis la reprise de la campagne et la révélation pendant le confinement de l’importance des circuits courts. Il s’est ainsi fixé l’objectif de rénover 10000 logements et bâtiments publics d’ici fin du mandat, ou celui de 75% de produits bios et locaux dans les cantines.

« Irréalisable » selon Delphine Jamet, de Bordeaux Respire : « Il n’y a pas assez de surface agricole utile en bio en Nouvelle-Aquitaine pour atteindre cet objectif. Pour le coup, les écologistes sont donc plus modeste dans leurs ambition, avec un minimum de 50% bio (contre 30% actuellement) et local dans les cantines scolaires, mais 100% dans les crèches. Ils veulent par ailleurs de mettre fin à la précarité énergétique pour les 13000 foyers concernés à Bordeaux…

La différence tient-elle dans la volonté d’imposer des mesures potentiellement contraignantes à la population ou à l’économie, l’agite Nicolas Florian, parlant d’écologie « liberticide ». « Pierre Hurmic veut décapiter les gens », a même osé le maire sur France 3.

Nicolas Florian, lui, n’envisage pas de changer radicalement d’orientation, mais d' »accélérer » les mesures prises. Pas question notamment de brider outre mesure la place de la voiture : sur la rocade, l’Union pour Bordeaux propose une quatrième voie pour les transports en commun et au covoiturage. La vitesse devrait certes être limitée à 70 km/h pour circuler sur des bandes restreintes, mais leurs capacités s’en verraient ainsi accrues. Et le maire sortant défend toujours un contournement autoroutier pour les camions à l’est de Bordeaux.

Par ailleurs, Nicolas Florian et Thomas Cazenave ne précisent pas s’ils comptent supprimer des places de stationnement pour planter les milliers d’arbres annoncés sur la commune. Reprochant au maire de Bordeaux de « n’avoir rien engagé depuis la canicule de l’été 2019 pour commencer à végétaliser les places de Bordeaux », Pierre Hurmic entend quant à lui réduire l’espace dédié à l’automobile dans tous les aménagements urbains.

Clivages

Pour ce dernier, la mesure la plus clivante est le zéro artificialisation des sols à Bordeaux. Lors du dernier débat sur TV7, le candidat écologiste a à nouveau demandé à Nicolas Florian de mettre un terme immédiat à tous [ses] programmes immobiliers s’il voulait vraiment réaliser la transition énergétique ». Le maire a taxé en retour son opposant de tenant de la « décroissance ».

« Nous ne défendons pas l’écologie des planteurs d’arbre à Mériadeck, une vision environnementaliste, plaide l’avocat bordelais. Pour nous il n’y a pas d’écologie qui ne soit sociale et solidaire ».

Avant le premier tour, le Réseau action climat donnait plutôt un satisfecit au candidat écologiste dans son approche pour lutter contre le réchauffement climatique. Mais il déplorait l’absence dans tous les programmes des candidats bordelais de « mesures suffisamment ambitieuses pour réduire la place des véhicules polluants ». Exit ainsi toute référence à une zone de faible émission, à l’exception dans le programme de Thomas Cazenave (repris par l’Union pour Bordeaux) de l’interdiction des camionnettes de logistique polluantes dans le centre.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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