Bruno Canard, chercheur virologue, démonte les rumeurs sur la Covid-19
Société 

Bruno Canard, chercheur virologue, démonte les rumeurs sur la Covid-19

Rue89 Bordeaux a soumis à un spécialiste du coronavirus une série d’ « informations » qui circulent au sujet du virus : origine, mutation favorable, inefficacité du masque ou du test… Si certaines nécessitent plus de recul pour y répondre, Bruno Canard en dément formellement plusieurs et affirme que « l’urgence est d’essayer de casser la dynamique de l’épidémie ».

Bruno Canard (DR)

Bruno Canard est directeur de recherche CNRS à Aix-Marseille. Spécialiste des coronavirus, il est responsable de l’équipe « Réplicases virales : structure, mécanisme et drug-design », dans le laboratoire « Architecture et fonction des macromolécules biologiques » de Marseille. Celle-ci, soutenue par la Fondation pour la Recherche Médicale, travaille sur trois virus émergents, dont le coronavirus.

Intervenant lors de la conférence « Covid-19 : Science, Médecine et Société » du Festival des Nouvelles explorations dont Rue89 Bordeaux est partenaire, il a bien voulu passer en revues les rumeurs sur le coronavirus, particulièrement nombreuses depuis la reprise de l’épidémie et la crainte d’une deuxième vague.

Le virus est une invention française de l’institut Pasteur

– FAUX –

On connaît aujourd’hui l’endroit exact d’où le virus a émergé. Il s’agit d’une fosse dans la mine de Mojian dans la province du Yunnan, dans le sud-ouest de la Chine. En 2013, six mineurs étaient chargés de débarrasser les déjections de chauves-souris de cette fosse. Ils ont développé une forte fièvre et une toux sèche. Trois d’entre eux en sont morts.

L’analyse de leur infection, de type pneumonie, a révélé une signature génétique qui a ensuite été retrouvée à Wuhan. Ce qui reste à comprendre c’est comment le virus a été retrouvé à 1500 km de cette fosse. On ne sait pas si le virus a été transporté par un autre intermédiaire. Depuis, le pangolin a été mis hors de cause et il a été prouvé que le marché de Wuhan n’était pour rien dans le déclenchement de l’épidémie. On y a certes découvert les premiers patients, mais par la suite d’autres patients ont été identifiés qui n’étaient pas passés par ce marché.

On ne sait pas non plus comment le virus s’est adapté à l’homme. On sait qu’il est passé de la chauve-souris à l’homme via une adaptation, mais on ne sait pas comment.

Le virus faiblit

– INCERTAIN –

Jusqu’à présent, cette observation semblait vraie dans la mesure où il y a beaucoup de cas mais peu de personnes gravement malades [une tendance en train de s’inverser, comme s’en inquiète notamment le CHU de Bordeaux, NDLR]. Il est vrai qu’on teste plus de gens, ce qui n’était pas le cas en mars et avril passés. Les chiffres aujourd’hui modifient les statistiques. Mais peut-être que si on avait autant testé à l’époque, on aurait eu les mêmes conclusions et on aurait découvert que le virus est plus répandu que ce que l’on pensait.

Le virus mute

– INCERTAIN –

A supposer qu’il ait connu une mutation, devient-il pour autant moins virulent ? Ce n’est pas sûr. Il n’est en tous cas pas moins contagieux. Certes, on n’observe pas d’augmentations de cas graves. Mais comme dit plus haut, cela ne suffit pas pour dire réellement qu’il est affaibli.

Quand vous allez vous faire tester, la présence d’anticorps au virus peut dire tout et n’importe quoi. Le test PCR recherche le matériel génétique du virus pour permettre aux chercheurs de le mettre en culture et procéder à un séquençage du génome. C’est un travail lourd au niveau du stockage des données pour établir ce qu’on appelle une bio-banque. Celle-ci permettrait de corréler la présence d’une mutation selon les informations disponibles.

Pour être le plus complet possible, il faut séquencer davantage de virus. Il faut tester beaucoup plus de personnes et avoir leurs résultats plus rapidement, sinon on ne contiendra jamais l’épidémie. Il y a donc du travail à faire pour aller plus vite et surtout avoir les moyens de tester, de traiter, pour ensuite tirer des conclusions intéressantes pour contrôler la maladie.

Il faut tester beaucoup de personnes et avoir leurs résultats plus rapidement, sinon on ne contiendra jamais l’épidémie.

Il y a moins d’hospitalisations, donc c’est moins grave

– FAUX –

C’est un peu prématuré de confirmer une telle conclusion. On est juste à un stade où on constate une transmission active du virus. Bien qu’on puisse imaginer qu’il y a simplement des cas positifs car on teste davantage, une tendance certaine se dessine : il y a beaucoup de gens positifs.

Une possibilité est que les cas positifs décelés sont majoritairement chez les enfants, les jeunes et les adolescents. C’est une population parmi laquelle se déclarent moins de cas graves, ce qui a été remarqué très tôt, mais elle contribue à la circulation du virus.

C’est inutile de porter le masque

– FAUX –

Un masque bien porté protège, c’est connu et documenté. Dans les pays asiatiques, où l’on trouve beaucoup d’adeptes du port du masque, les statistiques prouvent son utilité.

La première vague a connu un certain désordre dans les consignes. A cette époque où l’on ne savait pas vraiment beaucoup de choses sur le virus, une conjonction de facteurs politiques, logistiques et scientifiques incertains ont mené à des décisions qui ne se sont pas toujours avérées les meilleures. Rétrospectivement, tout est toujours plus facile. Mais maintenant que les choses sont claires, certains se contentent de croire ce qui les arrange.

Le test PCR n’est pas fiable

– FAUX –

Je vous donne un exemple simple. Vous savez où aller ramasser des champignons dans une forêt. Il vous arrive pourtant d’y aller et de ne pas en trouver, parce qu’ils ont poussé à un endroit caché. C’est pareil. Lors d’une contamination, il y a des stades où le virus est présent dans les tissus prélevés, et parfois non. Suivant le moment où vous allez chercher le virus vous allez tomber dessus ou pas. Selon le stade d’infection, il est attaqué par le système immunitaire et peut disparaître.

(cc Fernando Zhiminaicela/Pixabay)

L’immunité collective est la solution

– INCERTAIN –

C’est compliqué de compter dessus. Premièrement, la contamination doit être très forte, or on n’en est pas à ce stade, on est même dans le bas du tableau puisqu’on cherche à contenir l’épidémie. Deuxièmement, la possibilité de réinfection est prouvée, l’immunité pouvant durer 3 ou 4 mois.

Ce sont les vacanciers qui ont fait grimper le nombre d’infectés en Gironde

– VRAI –

C’est un fait, et ça concerne tous les vacanciers. Il y a des personnes qui sont venues passer leurs vacances en Gironde. D’autres sont parties et revenues en Gironde. Elles ont interagi. Les paternes de transmission ont été plus importantes.

Toutes les régions de destinations de vacances ne sont pas devenues rouges pour autant. Il faudra une étude épidémiologique rétrospective pour l’expliquer.

Le virus a un lien avec la 5G

– FAUX –

Je ne vois vraiment pas comment.

La deuxième vague est passée

– FAUX –

On ne peut pas dire qu’elle soit passée. On ne peut pas dire non plus qu’elle est à venir. Pour l’heure, l’urgence est d’essayer de casser la dynamique de l’épidémie. Et c’est mal parti.

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
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