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Darwin soutient le cacique Raoni contre Bolsonaro devant la cour pénale internationale
Ecologie  Société 

Darwin soutient le cacique Raoni contre Bolsonaro devant la cour pénale internationale

par Walid Salem.
Publié le 23 janvier 2021.
Imprimé le 05 août 2021 à 10:37
1 476 visites. 1 commentaire.

L’idée est née en septembre 2019 lors de la venue du cacique à Bordeaux, invité du festival Climax. Darwin a accompagné Raoni pour s’attaquer au président brésilien devant la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité, avec l’aide de maître William Bourdon. Le fondateur de l’éco-système bordelais Philippe Barre, de retour d’Amazonie, raconte les coulisses de cette initiative.

Pour ceux qui ont suivi son périple sur sa page facebook, Philippe Barre avait tout l’air de faire une escapade sur les rives de la rivière Xingu en Amazonie. Quelques photos le montraient auprès du cacique Raoni, et de nombreux chefs des 16 communautés autochtones qui constituent le peuple Xingu.

En réalité, le fondateur de l’éco-système Darwin, accompagné de Nathalie Bois de Darwin Climax coalition, et Maurice Rebeix, photographe engagé installé au Pays basque, mettait la touche finale à une plainte contre le président brésilien Jair Bolsonaro. Celle-ci a été déposée ce vendredi 22 janvier devant la Cour pénale internationale (CPI) avec l’aide de maître William Bourdon, un avocat proche de Darwin.

« A plusieurs reprises, nous avons parlé avec Raoni des conséquences de l’arrivée de Bolsonaro à la tête du Brésil, raconte Philippe Barre. Cette élection a décomplexé les agressions envers les communautés d’Amazonie qui ont dû subir la politique de la terre brûlée. Le sujet a été évoqué au G7 à Biarritz et lors de rencontres avec des experts à Climax. Pour finir, le 5 décembre 2019, après une discussion dans mon jardin à Bordeaux en présence de Raoni et d’autres personnes de sa délégation, de maître William Bourdon, la décision d’initier cette plainte a été prise. »

« Je suis là pour me battre »

Raoni Metuktire a été l’invité de l’édition du festival Climax en septembre 2019 à l’occasion de laquelle le cacique a reçu la médaille de la ville de Bordeaux. Après de nombreux témoignages poignants de plusieurs représentants de peuples Xingu, le chef brésilien avait déclaré :

« Je suis là pour me battre pour les dernières forêts qui restent, pour le cœur de l’Amazonie. Pour cela, j’ai besoin de savoir si vous pensez comme moi. Ensemble, avec la paix, nous laisserons à nos enfants un avenir. »

Raoni recevant la médaille de la ville de Bordeaux (WS/Rue89 Bordeaux)

« Il nous a demandé de l’aide quand il est venu, complète Philippe Barre. On a balayé les options possibles, il a retenu celle-ci. Il l’a fait en connaissance de cause. A son retour, il s’est assuré que lui et les seins mesuraient bien ce que ça représente. Ils nous ont dit d’y aller. »

Les caciques Raoni et Almir Surui ont ainsi intenté cette action en justice contre le président brésilien « et tout auteur ou complice que l’enquête établira ». Celle-ci « prend la forme d’une communication déposée devant le bureau du procureur de la CPI, qui peut alors décider d’ouvrir une enquête ou de soumettre une demande à la Chambre préliminaire pour l’autorisation d’enquêter », précise la plainte.

L’objectif est également la reconnaissance de l’écocide que subit la forêt amazonienne parmi les crimes internationaux reconnus par la CPI.

Meurtres et persécutions

Selon la plainte déposée, de nombreux meurtres de dirigeants autochtones ont été observés en 2019 (Emyra Wajãpi, la chef du peuple Wajãpi au Brésil ; 4 leaders autochtones Guajajara dont le militant autochtone Paulino Guajajaras ; les dirigeants Firmino Prexede Guajajara et Raimundo Benicio Guajajara ont été assassinés ; et un cinquième dirigeant Zezico Rodriguez Guajajara a été assassiné en 2020.

Par ailleurs, de nombreuses personnes ont été forcées à quitter leurs terres à cause de la monopolisation industrielle et des menaces écologiques, ainsi que la destruction de la forêt amazonienne et la déforestation massive par les incendies.

La persécution des peuples autochtones a également été observée par la suppression de services de santé publique destinés aux peuples autochtones, le démantèlement de l’agence chargée d’approuver les terres autochtones, et le dénigrement des fonctionnaires, scientifiques et ONG environnementales.

La déforestation a doublé

« Les crimes reprochés au président Jair Bolsonaro sont susceptibles d’être qualifiés de crimes contre l’humanité (voir encadré). Cependant, ces crimes contre l’humanité ont été perpétrés dans un contexte plus large de criminalité environnementale. Dans le contexte de surexploitation des ressources naturelles de la forêt amazonienne, les exemples d’écocides sont nombreux », précise la plainte.

Depuis le début de la présidence Bolsonaro, la déforestation de l’Amazonie a atteint son plus haut niveau depuis 2008 comme le rapporte Bastamag : « D’août 2019 à juillet 2020, les incendies volontaires et l’extension des élevages ou des cultures de soja ont fait disparaître plus de 11 000 km² de forêt amazonienne, soit l’équivalent de la région Île-de-France, selon les relevés de l’Institut brésilien de recherches spatiales (INPE). La surface de forêt détruite a quasiment doublé comparé à la déforestation moyenne lors des dix dernières années 2009-2018. »

Lors des consultations avec la cacique Raoni (DR)

« Pendant un an et demi, on a amassé les exactions avec l’appui de d’ONG comme l’Instituto Raoni, Nature Rights, Wild Legal, Amazon Watch, Outro Brazil, continue Philippe Barre. Le travail étant prêt, on est parti pour voir ce que les caciques voulaient qu’on en fasse et s’ils voulaient qu’on lance une initiative internationale. La démarche ne devait pas être divulguée, d’abord pour notre sécurité, mais aussi pour ne pas mettre en danger les communautés elles-mêmes. »

Les caciques attendent dorénavant que le Procureur de la CPI ordonne un interrogatoire préliminaire pour ouvrir l’enquête. Raoni, figure emblématique de la lutte pour la préservation de la forêt amazonienne et de la culture indigène, espère voir une issue de son vivant. Agé de 90 ans environ, l’infatigable cacique a survécu à la covid-19 contractée en juillet 2020. Il lui reste à vaincre Bolsonaro.

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
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