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Rassemblement des AESH à Bordeaux : « On pallie les manques de l’Education nationale »
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Rassemblement des AESH à Bordeaux : « On pallie les manques de l’Education nationale »

par Kenza Soares El Sayed.
Publié le 9 avril 2021.
Imprimé le 12 mai 2021 à 10:58
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Jeudi matin, une soixantaine de personnels de l’éducation nationale et de soutiens étaient présents au rassemblement des accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH) devant le rectorat de Bordeaux. A l’occasion de cette action nationale, ces derniers réclament la reconnaissance de leur métier à travers la création d’un statut de la fonction publique et l’application des revalorisations salariales par l’académie de Bordeaux.

« On s’occupe parfois de trois, quatre voire cinq élèves quelques heures par semaine alors qu’ils ont besoin de temps et d’attention », déplore Marine Schnegg représentante CGT Educ’Action et accompagnante d’élèves en situation de handicap (AESH).

Ils étaient plus d’une cinquantaine rassemblés devant le rectorat de Bordeaux ce jeudi matin pour demander la revalorisation de leur salaire et la reconnaissance de leur profession. Comme nombre de ses collègues mobilisés, Marie Schnegg met en cause le manque de moyens alloués à l’accompagnement des élèves en situation de handicap :

« Avec la fermeture des établissements d’accueil spécialisés pour les personnes handicapées et le manque de places, les enfants se retrouvent pris en charge par l’école, mais sans aucun suivi adapté. L’inclusion des enfants handicapés en milieu scolaire sert de prétexte aux restrictions budgétaires dans ces établissements. On cherche à les caser en classe parce que cela coûte moins cher mais les moyens n’y sont pas. Cela met en souffrance l’élève, l’enseignant, voire toute la classe. Je ne suis pas contre leur scolarisation, mais ils ont besoin de soins effectués par des professionnels de santé », explique la représentante syndicale.

« Maltraitance organisée »

Plusieurs AESH interrogées dénoncent également des abus sur la charge et la nature des missions demandées.

« On nous fait faire tout et n’importe quoi. On gère des tâches qui sont du travail d’aides-soignantes : les accompagnements aux toilettes, vider des poches urinaires, réaliser des aspirations trachéales pour les élèves qui ont des sondes respiratoires. C’est infernal : on pallie tous les manques de l’Education nationale », explique la représentante CGT Educ’Action et AESH.

Une situation que la crise sanitaire n’est pas venue arranger. Depuis la fermeture des écoles depuis le 5 avril, les accompagnants sont invités à travailler sur la base du volontariat, et les situations sont aussi diverses que les profils de leurs élèves. L’une d’entre elle nous explique travailler dans une école relais pour les enfants des personnels prioritaires comme les soignants. D’autres tentent de maintenir le suivi de leurs élèves à distance, non sans difficulté.

« On a des élèves avec des troubles comportementaux ou physiques, des enfants mal-voyants pour qui il n’est pas possible de suivre un cours à distance. Les situations sont différentes en fonction des élèves dont on s’occupe et de leur handicap », raconte Marine Schnegg.

Des distanciations sociales impossibles

« Je travaille avec des enfants souffrant de troubles du spectre autistique, on a donc l’habitude de faire beaucoup de travaux manuels et visuels : c’est impossible de faire ça par téléphone ou ordinateur, explique une accompagnante en école primaire. Au début de la crise, on n’avait même pas de masques, c’était seulement pour les enseignants. Pourtant on est en première ligne, on est constamment en contact avec les élèves : on les manipule, certains sont trop agités pour garder un masque. Il y a même des collègues qui sont tombés malades. »

Face à cette situation, la CGT Educ’Action, Force Ouvrière et le SNES-FSU réclament des recrutements massifs pour répondre aux besoins des enfants souffrant de handicap et nécessitant un accompagnement, ainsi que la reconnaissance des parcours des AESH pour leur embauche en CDI.

A l’heure actuelle, on nous promet un CDI uniquement après 6 ans de CDD. Mais on n’a pas tous eu ce type de contrat au long de notre carrière. Je connais une collègue qui est AESH depuis dix ans et qui n’a toujours pas de CDI car elle était embauchée en contrat aidé », dénonce Marine Schnegg de la CGT Educ’Action.

Discussions en cours avec le rectorat de Bordeaux

Parmi les revendications figure également l’application de la nouvelle grille de revalorisation salariale, en vigueur depuis septembre 2019 mais non-appliquée par l’académie de Bordeaux.

« Nous avons été reçus ce matin par le rectorat qui dit entendre nos demandes. Il réaffirme vouloir revaloriser nos salaires à partir de septembre 2021, ce qui était déjà prévu », déclare Marie Bloy du syndicat SNES-FSU de Bordeaux.

Les AESH souhaiteraient mettre fin à leur mutualisation entre plusieurs élèves et établissements, permises par les nouveaux dispositifs de pôles inclusifs d’accompagnements localisés (PIAL), chargés de la répartition du personnel auprès des élèves.

« Les accompagnateurs sont dispatchés parfois dans cinq établissements différents, on nous demande d’abandonner le suivi d’un élève du jour au lendemain pour aller ailleurs. Nous avons l’impression d’être des pions. On aimerait avoir deux établissements et élèves maximums pour leur assurer la meilleure prise en charge possible », défend Marie Bloy.

Contacté par Rue89 Bordeaux, le rectorat annonce « une nouvelle grille qui entrera en vigueur au 1er septembre 2021 et qui prévoit un nouveau pallier de revalorisation à partir de trois ans » au lieu de six, palier fixé en 2018. Cependant, la mobilisation des AESH devrait continuer.

L'AUTEUR
Kenza Soares El Sayed
Kenza Soares El Sayed
Etudiante en journalisme à Sciences Po Bordeaux. Mordue d'enquêtes politiques, sociales ou économiques, j'aime les grandes histoires et les petites.

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