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Justice restaurative : à Bordeaux, des parrainages pour panser les peines
Société 

Justice restaurative : à Bordeaux, des parrainages pour panser les peines

par Victoria Berthet.
Publié le 2 septembre 2021.
Imprimé le 24 septembre 2021 à 19:55
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Le Service pénitentiaire d’insertion et de probation (Spip) de la Gironde met en place un dispositif de parrainage à destination de personnes condamnées par la justice. Bordeaux est la troisième ville française à développer ce dispositif de justice restaurative, inscrit dans une perspective de réinsertion sociale et de prévention de la récidive. Et le Spip cherche des bénévoles prêts à devenir parrains.

Mardi 25 août, à 18h, les couloirs de l’immeuble qui abrite le SPIP de la Gironde, barrière de Pessac, se vident. Sauf au quatrième étage, où une dizaine de personnes ont répondu présent à la réunion d’information.

Autour de la table, les âges et profils sont variés. Certains connaissent le milieu carcéral, pour être visiteurs de prison, travailler dans le domaine de la justice, ou avoir eu un proche détenu. D’autres sont là simplement par « curiosité » et par envie « d’aider l’autre ».

Face à eux, trois conseillères pénitentiaires d’insertion et de probation du SPIP venues expliquer le dispositif de parrainage de désistance, qui permet à des bénévoles d’accompagner des personnes condamnées en milieu ouvert.

Reconstruction sociale

L’idée de parrainer une personne placée sous main de justice (PPSMJ), à savoir un individu suivi par l’autorité judiciaire et condamné mais pas nécessairement incarcéré, a vu le jour au SPIP de la Drôme en 2016. Il s’agit d’une déclinaison de programmes de justice restaurative nés au Canada à la fin des années 90. Un autre dispositif de parrainage de désistance a été mis en place à Roanne, dans la Loire, en février dernier.

À Bordeaux, lors de la réunion, Adélaïde Moncomble, conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation, a détaillé le dispositif aux potentiels parrains et marraines :

« La reconstruction sociale est nécessaire pour des personnes placées sous main de justice. Souvent isolées, elles sont confrontées à des difficultés de la vie courante, comme ne serait-ce que faire un CV… Elles portent leur condamnation comme un poids et s’éloignent de la vie en société. Le dispositif de parrainage recréer ce lien d’égal à égal. Le bénévole est hors du cadre police/justice, comme un psychologue ou un avocat, qui sont là aussi pour apporter une aide, mais dans un cadre judiciaire. »

Limiter les récidives

Si le parrain ou la marraine s’extirpe du cadre du suivi socio-judiciaire, un contact permanent est maintenu avec le SPIP de Gironde :

« Des réunions mensuelles vont avoir lieu avec les parrains/marraines et les filleuls. Ce sera l’occasion d’échanger sur le dispositif, de soulever les éventuelles problèmes, en groupe. L’important est de communiquer. »

Dans une perspective de réinsertion et de rétablissement de la paix sociale, le dispositif de parrainage de désistance vise également à limiter les risques de récidive. Un objectif de prévention inhérente à la mission du SPIP, qui assure le suivi et l’accompagnement de personnes condamnées, suivies dans le cadre d’un mandat judiciaire.

Un dispositif opérationnel fin 2021

Pour l’heure, à Bordeaux, deux premières réunions d’information ont eu lieu pour faire connaître le dispositif. Une prochaine réunion similaire est prévue le 7 septembre prochain. À l’issue de ces rencontres avec le SPIP, une liste de bénévoles sera dressée, après des entretiens individuels. Le nombre de volontaires n’est pas limité. Une formation est d’ores et déjà prévue le 15 novembre pour les futurs bénévoles, notamment avec Erios, l’unité de l’hôpital Charles-Perrens spécialisée dans la prise en charge des délinquants sexuels.

Ce n’est qu’après le recrutement des bénévoles, et la formation de ces derniers, que les rencontres avec les personnes placées sous main de justice auront lieu. Si le SPIP n’a pas encore trouvé le lieu pour ces rencontres mensuelles, l’antenne girondine espère que le dispositif sera entièrement mis en place d’ici la fin de l’année :

« Nous voulons trouver un lieu dans la ville, car c’est important que ces échanges se déroulent au cœur de la cité. Qui plus est, les personnes suivies judiciairement ont souvent peu de moyens de transports individuels, c’est primordial que le lieu soit accessible à tous. »

Contrat de parrainage

Dans la salle des réunion, quelques interrogations sont soulevées par les intéressés, dont celles du passé judiciaire, voire carcéral, des personnes qui vont être parrainées. Les membres du SPIP ont tenu à rassurer les potentiels volontaires.

« Les personnes placées sous main de justice vont passer des entretiens individuels avant d’intégrer le dispositif, indique Julie Barré, conseillère d’insertion et de probation à Bordeaux. Un individu pervers ou instable psychologiquement ne pourra, bien évidemment, pas faire partie du parrainage. Vous serez au courant de ce que la personne a commis, ça fait partie du cadre. C’est pour éviter toute forme de rejet, et puis aussi parce que c’est important qu’un lien de confiance se crée. »

Ce n’est pas le SPIP qui « attribue » un parrain à un filleul. C’est lors de la première réunion que les personnes suivies judiciairement et bénévoles se « choisiront ». À l’issue de cette rencontre, un contrat est signé sur une durée de 4, 6, ou 8 mois renouvelable. Pendant cette durée, le bénévole s’engage à appeler au moins une fois par semaine la personne suivie. Des rencontres peuvent avoir lieu dans l’espace public, jamais dans un lieu privé.

Une population souvent esseulée

Une manière solidaire de récréer du lien et de la confiance au sein d’une partie de la population souvent esseulée. Lors de la réunion de mardi soir au SPIP, un visiteur de prison a fait part de son expérience :

« Une fois, dans un centre de détention, un groupe de jeunes m’a interpellé. Ils m’ont demandé ce que je faisais là. Ils ne comprenaient pas qu’on puisse venir les voir comme ça, en prison, bénévolement. Ils m’ont simplement remercié. Je crois que l’on va vivre la même chose avec ce parrainage. Pour eux, qui souvent rejetés et seuls, c’est important de leur montrer le contraire. »

À l’issue de la réunion, les participants bordelais ont été invités a donné leur réponse par mail. Avant la fin, un court film tourné au SPIP de la Drôme, à l’initiative du dispositif de parrainage de désistance, a été projeté. Parrains et filleuls témoignent, face caméra, de leur expérience. On voit ainsi Elie, la vingtaine, filleul et heureux « d’avoir quelqu’un sur qui compter, hors de la famille, à qui on ne doit rien ». Des paroles pour soulager un passé troublé, des coups de fil pour se donner des nouvelles et éviter de « retomber ».

Contact SPIP de la Gironde : justice-restaurative.spip-gironde@justice.fr / 05 56 56 99 00

La justice restaurative : une justice qui répare

En France, cette forme de justice a été introduite, pénalement, par la loi du 15 août 2014 (aussi appelée loi Taubira). La justice restaurative intervient après un procès ou une condamnation. Le Canada a été le pays pionnier en la matière, à la fin des années 90, en instaurant des lieux de paroles entre victimes et auteurs. Selon une étude de la Sécurité publique canadienne de 2003, les programmes de justice restaurative (ou réparatrice) auraient entraîné une baisse de 3% du taux de récidive.

La justice réparatrice vise à gérer les conséquences concrètes pour les deux parties (auteur et victime) afin de maintenir le contrat social au sein de la communauté. Pour les victimes, il s’agit, souvent, des séquelles du traumatisme. Pour les auteurs, l’attention se porte sur le sentiment de culpabilité. Cela peut se traduire par des rencontres entre victimes et auteurs, toujours sur la base du volontariat. L’objectif : permettre aux victimes de se reconstruire et aux auteurs d’éviter la récidive.

À Bordeaux, le SPIP de la Gironde a déjà mené une première expérience de justice restaurative, à l’été dernier, en organisant des échanges entre des victimes d’agressions et des personnes condamnées pour violence.

L'AUTEUR
Victoria Berthet
Étudiante à l'IJBA, en alternance à Rue89 Bordeaux. Du terrain, des faits et de la nuance.

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