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« On peut rien faire pour vous madame » : des victimes de viol dénoncent l’accueil au commissariat de Mériadeck
Société 

« On peut rien faire pour vous madame » : des victimes de viol dénoncent l’accueil au commissariat de Mériadeck

par Victoria Berthet.
Publié le 21 octobre 2021.
Imprimé le 01 décembre 2021 à 21:45
1 437 visites. 2 commentaires.

Lancé par des militantes et journalistes féministes sur Twitter, le hashtag #DoublePeine dénonce la prise en charge des plaintes pour violences conjugales et sexuelles par la police. Un site a été crée à la suite de la vague de témoignages recensé sur le réseau social. À Bordeaux, plus d’une dizaine concerne le commissariat central de Mériadeck.

Léane était au lycée, à Bordeaux, au moments des faits. C’était en 2016. Avec deux autres de ses amies, elles ont été victimes du même agresseur. Ses amies se rendent au commissariat de Mériadeck pour porter plainte. Elles sont reçues par une policière :

Aucune plainte ne sera déposée. Découragée par l’expérience de ses amies, Léane n’ira pas signaler son viol à la police. 5 ans plus tard, comme des milliers d’autres femmes, elle a témoigné sur Twitter avec le hashtag #DoublePeine.

Léane, créatrice du podcast Mécréantes, vit aujourd’hui à Paris. Avec notamment Anna Toumazoff, militante féministe, Constance Vilanova, journaliste, les collectifs #NousToutes, Paye Ta Shneck, et le compte Instagram Balance Ton Agency, elle a lancé le site doublepeine.fr.

À ce jour, plus de 400 témoignages accablent des commissariats, partout en France, dénonçant les défaillances d’accueil et de prise en charge des victimes de violences conjugales ou sexuelles. Plus d’une dizaine concerne le commissariat central de Mériadeck. Deux autres témoignages impliquent le commissariat des Capucins et celui de Talence.

« Pas là pour régler des disputes de couple »

Plaintes déboutées ou refusées, dissuasion, banalisation des faits, remarques humiliantes et sexistes… À Bordeaux, les témoignages se suivent et dénoncent des défaillances diverses. Plusieurs témoignages font état d’un refus net et catégorique d’un dépôt de plainte, comme le montre la capture d’écran ci-dessous :

(Capture écran)

Sur un autre post, une femme décrit s’être rendue au commissariat de Mériadeck, prenant son « courage à deux mains ». Depuis plusieurs mois, elle subit des violences conjugales :

« J’arrive au commissariat avec des bleus et autres traces de violence bien visibles. Ça n’a pas empêché qu’on me réponde qu’ils ne sont pas là pour régler les disputes de couple. »

D’après la femme qui témoigne, la plainte a été refusée.

Sans suites

Toujours au commissariat de Mériadeck, une femme raconte vouloir déposer plainte contre un homme qui la harcèle depuis plusieurs semaines, l’ayant déjà « frappé et envoyé des menaces de mort par SMS » :

« La policière m’explique à la vue d’un message que je reçois devant elle : « Il dit que vous passerez la porte pour la dernière fois quand vous rentrerez, mais ça n’est pas illégal de vous attendre devant chez vous ». »

Là encore, le dépôt plainte est refusé, tout comme la main courante. Le harcèlement, lui, ne s’est pas arrêté d’après la femme qui témoigne.

Entre 2009 et 2011, une femme relate avoir tenté de déposer plusieurs plaintes contre son ex-conjoint violent. Malgré des preuves de harcèlement par SMS montrées à la police, seule une main courante est déposée :

« Cet ex-conjoint s’est de nombreuses fois vanté d’avoir des contacts dans la police de ce commissariat (dont un beau-frère). Je sais que toutes ses ex-copines ont été harcelées et battues comme je l’ai été. Je ne sais pas si elles sont, elles aussi, allées porter plainte mais je sais que toutes les plaintes que j’ai déposées n’ont jamais abouti. »

Humiliation et culpabilisation

À Bordeaux, une femme relate son agression à l’arrêt d’un tram. Elle a 18 ans, un homme s’approche d’elle et de son amie. S’ensuive des attouchements, les jeunes femmes montent à bord du tram, l’agresseur les suit :

« Dans le tram je me débats, il me met un flingue sur la cuisse, me dis de la fermer. Je sors grâce à un mouvement de foule, il me suit mais des policiers sont là. Je cours vers eux, tente d’expliquer. Ils ricanent, refusent de me croire, l’un d’eux me lâche un « C’est normal vous êtes jolie » et ils se barrent, nous laissant seules. »

Un propos sexiste et culpabilisant auquel à été confronté une autre femme venue porter plainte au commissariat central :

(Capture écran)

Le 5 mars 2021, le collectif #NousToutes lançait un appel à témoignages avec le hashtag #PrendsMaPlainte suite à la parution d’un audit gouvernemental réalisé en 2020, selon lequel 90% des femmes ayant porté plainte pour violences conjugales se disaient satisfaites de l’accueil par les forces de l’ordre.

Or, d’après l’enquête menée par #Noustoutes, 66% des femmes interrogées font état d’une mauvaise prise en charge dans les commissariats ou gendarmeries. À l’instar des témoignages recueillis sur le site #DoublePeine, l’enquête du collectif féministe observe des propos humiliants, culpabilisants, banalisants, sexistes.

À Bordeaux, de nouvelles mobilisations sont prévues, notamment à l’approche du 25 novembre, journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.

Réaction d’un syndicat de police

Contactée par Rue89 Bordeaux, la DDSP 33 ne souhaite pas s’exprimer sur le sujet. En revanche, le syndicat de police Alliance a publié un communiqué en réaction au rassemblement féministe qui s’est tenu devant le commissariat de Mériadeck, samedi 16 octobre.

Dans ce dernier, le syndicat « dénonce fermement les propos visant à porter des accusations de négligence contre les policiers », et « demande expressément un apport d’effectifs pour la création d’un groupe spécialisé conséquent de 20 policiers sur les thématiques de violences intrafamiliales au sein de la DDSP33 ». D’après Alliance, plus de 350 dossiers liés à des violences intrafamiliales seraient en cours de traitement dans l’agglomération bordelaise.

L'AUTEUR
Victoria Berthet
Journaliste, diplômée de l'IJBA. Du terrain, des faits et de la nuance.

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